Volés il y a 45 ans et retrouvés par hasard, deux cabinets du XVIIIe siècle regagnent le Domaine de Chantilly

Les équipes du Domaine de Chantilly les croyaient perdus à jamais. Ils ont pourtant été retrouvés le 26 avril dernier, lors d’enchères organisées à Doullens, dans la Somme. Ces deux cabinets japonais en laque, présentant des décors très élaborés en feuille et poudre d’or, ont été volés lors du cambriolage survenu au Domaine de Chantilly dans la nuit du 12 au 13 août 1975, aux côtés de plusieurs autres objets. Le reste du larcin est toujours porté disparu. Les deux petits meubles feront l’objet de nouvelles expertises scientifiques et seront montrés au public lors de l’exposition « La Fabrique de l’Extravagance. Porcelaines de Meissen et de Chantilly », prolongée jusqu’au 29 août.

Redécouverte surprise

Dans la nuit du 12 au 13 août 1975, alors que l’un des gardiens est en vacances, des cambrioleurs réussissent à pénétrer dans le Domaine de Chantilly en camionnette. Ils traversent le parc boisé et atteignent la maison de Sylvie sans grande difficulté, dont ils déjouent les alarmes. Construite au XVIIe siècle, cette annexe du château a notamment accueilli le poète Théophile de Viau et contient nombre de pièces d’art et d’artisanat asiatique. Les voleurs se saisissent donc de 4 vases japonais, des deux cabinets en laque et de deux tapisseries des Gobelins. Le reste du mobilier, trop lourd ou trop encombrant, est déplacé mais finalement laissé sur place. Malgré les indices et une enquête poussée, les malfaiteurs ne sont jamais identifiés et leur butin disparaît avec eux.

A l’extérieur, les cabinets présentent des décors dorés très ouvragés et japonisants. A l’intérieur, une pagode disposant de tiroirs semble avoir un lien avec le système d’offrandes shintoïste © Domaine de Chantilly

C’est donc avec grande surprise que, le 26 avril dernier, les conservateurs du musée Condé, situé sur le Domaine de Chantilly, reçoivent une alerte de vente aux enchères à Doullens (Somme) pour deux cabinets asiatiques « fin XVIIIe », apparentés à la maison d’Orléans. Les deux petits meubles sont étrangement ressemblants à ceux volés en 1975. Ils présentent deux vantaux ornés de montagnes, végétaux et bâtiments à la feuille dorée, qui s’ouvrent chacun sur une pagode. Dans celles-ci, des petits tiroirs permettent de placer des offrandes, ce qui semble indiquer que ces cabinets ont un lien avec le culte shintoïste. Après des examens plus poussés, le doute n’est plus permis : il s’agit des cabinets volés. Rapidement, le vendeur retire ses biens de la vente et les rapporte aux équipes de Chantilly. De nouvelles études devraient être conduites prochainement pour dater précisément ces deux pièces exceptionnelles, qui regagnent donc leur lieu d’origine, après près de 50 ans d’absence.

C’est notamment cette ancienne photographie qui a permis d’identifier les cabinets volés lors de la vente aux enchères dans la Somme © Domaine de Chantilly

Une histoire très documentée

D’après les documents conservés à leur sujet, le premier propriétaire de ces deux cabinets pourrait être Louis-Henri de Bourbon-Condé, principal ministre de Louis XV entre 1723 et 1726 et grand amateur d’objets asiatiques. L’inventaire de ses collections évoque notamment deux « petits cabinets de laque ancien Japon carré à pagodes en relief dorés » qui ont de fortes chances de correspondre aux deux meubles retrouvés. On les retrouve ensuite dans la collection de Louis-Henri-Joseph, son petit-fils et dernier prince de Condé. Cela est confirmé par leur provenance à leur entrée dans les collections du Domaine de Chantilly, le 23 juillet 1843. Les deux cabinets arrivent en effet du Palais-Bourbon, la propriété du prince. Des traces écrites montrent qu’en 1879, les deux petits meubles sont exposés dans le vestibule et l’escalier d’honneur du château de Chantilly, et non dans la maison de Sylvie, où ils seront plus tard déplacés. À l’occasion de l’exposition, « La Fabrique de l’Extravagance. Porcelaines de Meissen et de Chantilly », qui présente également un certain nombre de pièces de la collection de Louis-Henri de Bourbon-Condé, les deux cabinets retrouveront leur importance d’antan et seront présentés au public avec force détails. Espérons que cet heureux événement signe le début d’un retour progressif de l’ensemble du larcin de 1975.

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