Vente aux enchères : La chasse aux objets préhistoriques

Est-ce le syndrome Jurassic Park qui explique cet engouement soudain pour les fossiles, les silex, les bifaces et autres naturalia échappés de la Préhistoire ? Longtemps réservé à un cercle d’érudits et de scientifiques, le marché séduit de plus en plus de nouveaux amateurs attirés par le caractère éminemment décoratif de certaines pièces monumentales, dignes de rivaliser avec des installations de Jeff Koons. De l’artiste britannique Damien Hirst à l’acteur hollywoodien Leonardo di Caprio, nombreuses sont les stars qui succombent ainsi à cette « fièvre dinosaurienne ». Conscientes de cet engouement, les maisons de vente multiplient les ventes de grandes fossiles, comme Aguttes qui a créé en janvier 2019 un département exclusivement consacré à la Préhistoire. Mais que le néophyte se rassure ! L’offre est suffisamment riche pour séduire toutes les bourses.

Les dinosaures en tête d’affiche

C’est assurément la vedette de cet automne parisien. Big John, pour les intimes, est un magnifique squelette de tricératops vieux de plus de 66 millions d’années, découvert en mai 2014 par le géologue Walter W. Stein Bill dans une ancienne plaine inondable du Dakota, aux États-Unis. Avec son crâne complet à 75 % et son squelette conservé à plus de 60 %, c’est un petit miracle de la nature, restauré avec maestria par l’atelier Zoic installé à Trieste. Mais pour s’offrir cette merveille échappée de la nuit des temps, il faudra casser sa tirelire car Big John est estimé entre 1 200 000 € et 1 500 000 € ! Accourus du monde entier (de Russie, de Chine, ou des États-Unis), les amateurs de fossiles vont sans doute se livrer un combat titanesque pour acquérir cette icône de la Préhistoire dont la reconstitution et la préparation du squelette ont nécessité des milliers d’heures de travail.

Le tricératops Big John est exposé à Paris jusqu’au 15 octobre. ©courtesy Binoche et Giquello

« Disposant d’une licence d’exportation mondiale, nous avons une dizaine d’acheteurs potentiels », assure Maître Alexandre Giquello, qui orchestrera la vente aux enchères « Naturalia » le 21 octobre prochain à l’Hôtel Drouot, avec l’aide de l’expert Iacopo Briano. Pour le commissaire-priseur, qui a déjà vendu une tête de tricératops en 2017, il convient cependant d’observer certaines règles de prudence : « Il faut avant tout se fier à la documentation scientifique et éviter d’acquérir des assemblages hétéroclites, tels ceux réalisés au XIXe siècle. Les pièces doivent être connectées entre elles, appartenir au même animal. Comme pour l’archéologie et les arts premiers, il faut également se méfier des faux qui circulent sur le marché. Certains préparateurs de squelettes abusent de restaurations en résine. Heureusement, elles sont souvent visibles à l’œil nu ! ».

Plus accessibles, les silex et des bifaces

Pour Daniel Lebeurrier, qui a assuré l’expertise de la collection François Bigot mise en vente par Auction Art les 28 et 29 septembre à Drouot, le profil des amateurs d’artefacts préhistoriques a sensiblement évolué. « On rencontre aussi bien des industriels internationaux que de jeunes collectionneurs de 25-30 ans attirés par la poésie de ces objets qui les fait rêver. Il existe de plus une palette de prix très large. On peut ainsi commencer sa collection en achetant des petites haches polies du néolithique pour 200€ ou 300 €, acquérir un biface acheuléen pour 300 € ou 400 €. Bien sûr, un biface exceptionnel peut atteindre les 30 000 €, la même somme que pour une hache polie taillée dans une pierre semi-précieuse, comme le très bel exemplaire en jadéite qui vient d’être préempté par le musée des Antiquités nationales », explique l’expert.

De gauche à droite : silex beige, biface subtriangulaire, Acheuléen récent, H. 14 cm, France, inscription « Pré Verneuil – Avre » ; hache à bords plats de type carnacéen, jadéite, Néolithique final, L. 21 cm, France, inscription « Soubise Charente-Maritime » ; silex orange marbré, biface amygdaloïde, Acheuléen récent, France, inscription à l’encre blanche « Ballastière d’Hauterive, Pont d’Arcy Aine » ©Courtesy Auction Art

Les os gravés, rares et chers

Parmi les vestiges les plus fascinants de la Préhistoire, figurent également ces fragments d’os portant des représentations d’animaux gravés datés du Magdalénien, témoignages émouvants d’un geste artistique remontant à 17 000-12 000 ans avant notre ère. « Les os gravés n’ont pas réellement de cote car on en voit passer très peu sur le marché, mais certains fragments gravés peuvent monter jusqu’à 200 000 € », prévient Daniel Lebeurrier. L’un des critères retenus par les collectionneurs est souvent le régionalisme : un acheteur du Pays basque achètera ainsi une pièce provenant de sa région. Preuve que la collection est toujours affaire de cœur et de sentiments…

Os gravés, point de harpon à double rangée de barbelures, Magdalénien, L. 13,5 cm, France
©Stéphane Briolant/Courtesy Auction Art.

Vente « Naturalia » par Binoche et Giquello à Drouot, 9, rue Drouot, 75009 Paris, le 21 octobre.

Cet article Vente aux enchères : La chasse aux objets préhistoriques est apparu en premier sur Connaissance des Arts.