Un dessin inédit de Dürer vient-il d’être redécouvert dans une bibliothèque en Allemagne ?

Nos bibliothèques recèlent de trésors insoupçonnés. Ce ne sont pas les chercheurs de la Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg (Allemagne) qui diront le contraire. Mardi 21 juin, ceux-ci ont présenté ce qui pourrait bien être un dessin en couleurs d’Albrecht Dürer (1471-1528), oublié dans un livre du XVIe siècle qui dormait dans les rayons de l’institution allemande depuis plus de 230 ans. Lors d’un inventaire de la collection Aldinen, considérée comme l’une des archives les plus précieuses de l’imprimerie ancienne en Europe, les chercheurs ont découvert ce frontispice coloré. Une analyse complémentaire doit confirmer l’hypothèse mais la bibliothèque a d’ores et déjà déclaré qu’elle était convaincue qu’il s’agissait d’un original de Dürer et l’expose au public jusqu’au 16 juillet.

Un dessin pour un ami proche de Dürer ?

Mesurant 16,5 sur 6 cm, la miniature représente deux chérubins perchés au-dessus de créatures marines fantastiques, semblables à des dauphins, dont les langues se croisent pour former les armoiries de Willibald Pirckheimer (1470-1530), érudit de Nuremberg et ami proche de Dürer. Ce délicat dessin orne la première page d’un texte en grec ancien du IIe siècle publié par l’imprimeur vénitien Alde Manuce (1449-1515) en 1502, acquis peu de temps après par Willibald Pirckheimer. Il a certainement été créé après 1504, l’année de la mort de la femme de Pirckheimer, en raison de l’absence de ses armoiries.

La miniature est sur la première page d’un ouvrage en grec ancien. ©Torsten von Reeken/Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg

La bibliothèque soutient mordicus que cette petite œuvre a été exécutée de la main de Dürer car une source historique précise que les livres de Pirckheimer contenaient des frontispices du même ordre réalisés par la main du maître de la Renaissance allemande. En effet, en 1634, les héritiers de l’érudit vendent 14 livres contenant des miniatures de Dürer, connus pour sa pratique de la peinture, de la gravure mais aussi du dessin. Aujourd’hui, il n’en reste plus que six identifiées, les spécialistes de la bibliothèque pensent donc que cet ouvrage serait le septième à avoir réussi à traverser les siècles pour arriver jusqu’à nous.

Des recherches complémentaires et une étude comparative en cours

En 1634, les héritiers de Pirckheimer vendent le livre conservé aujourd’hui à la bibliothèque d’Oldenbourg à un collectionneur hollandais. D’après les recherches réalisées par le directeur de l’institution Matthias Bley, l’ouvrage aurait ensuite rejoint la collection de Hieronymus de Wilhem, un ecclésiastique issu d’une riche famille de marchands d’Amsterdam, qui aurait commandé entre 1747 et 1752 une reliure en cuir maroquin rouge avec gaufrage en or à Leyde. En 1769, le bibliophile Georg Friedrich Brandes achète le volume lors d’une grande vente aux enchères à La Haye. Après sa mort, en 1791, le livre rejoint la collection de la Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg.

L’équipe de la Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg avec de gauche à droite : le directeur Matthias Bley, la bibliothécaire en cheffe Corinna Roeder, le ministre Björn Thümler, et les chercheurs Detlef Haberland, Matthias Bollmeyer et Sven Behnke. ©Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg

« Cette découverte sensationnelle prouve que nous abritons des collections extraordinaires et montre quels trésors non découverts dorment dans nos bibliothèques », a déclaré Björn Thümler, ministre des Sciences de Basse-Saxe, dans un communiqué. Pour confirmer l’hypothèse des équipes de la Bibliothèque d’État de Basse-Saxe à Oldenbourg, des recherches supplémentaires vont être réalisées sur l’origine de l’œuvre ainsi qu’une étude comparative avec d’autres dessins de Dürer.

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