Sur l’île de Porquerolles, une mythologie rêvée de Niki de Saint Phalle à Miquel Barceló

Sur l’île de Porquerolles (Var), la Fondation Carmignac a convoqué Ulysse pour son exposition d’été (jusqu’au 16 octobre). À moins que ce ne soit Dédale tant l’image du labyrinthe et le ciel sont présents dans ce parcours où Yves Klein et Niki de Saint Phalle côtoient Roy Lichtenstein et Louise Bourgeois. Pour « Le songe d’Ulysse », Carmignac propose à ses visiteurs de parcourir une aventure librement inspirée de l’Odyssée d’Homère. Dans son errance le héros grec aurait touché au rivage de Porquerolles avant de combattre et terrasser l’Alycastre​​, monstre envoyé par Poséidon et sculpté par l’artiste Miquel Barceló à l’entrée de la villa.

Naufrage au centre

Ne cherchez pas un parcours fidèle de Troie à Ithaque à l’image de celui suivi par Ulysse et ses compagnons. « Le songe d’Ulysse », montée par Francesco Stocchi, est une invitation au voyage avec, au centre du dispositif labyrinthique, un naufrage monumental. Jorge Peris réussit l’exploit d’évoquer le bateau d’Ulysse avec un amas de voiles méditerranéennes.

Heroes boca a bajo (2022) de Jorge Peris, présenté dans l’exposition « Le Songe d’Ulysse », Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

Parcours libre

Le commissaire de l’exposition laisse aux visiteurs le plaisir de se perdre parmi les cimaises blanches et les faux escaliers voulus par la scénographe Margherita Palli. Des perspectives aveugles conduisent à quelques raretés comme ce Combat de dragons (1912) de Willem Adriaan van Konijnenburg ou l’impressionnant Faire et défaire Pénélope That’s the rule (1966) de Martial Raysse, que la Fondation Carmignac vient d’acquérir.

Faire et défaire Pénélope That’s the rule (1966) de Martial Raysse, présenté dans l’exposition « Le Songe d’Ulysse », Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

Des illustrations mythiques

Certaines pièces sont des illustrations directes de l’épopée d’Ulysse, l’Odyssée. Ram with Human (2021) d’Olivier Laric raconte précisément le moment où Ulysse et se compagnons se cachent sous les moutons du cyclope Polyphème pour lui échapper. Un peu plus loin, près de maelström de lignes et de couleurs de Willem de Kooning, les visages Pop des deux tableaux gémeaux de Martial Raysse ressemblent aux sirènes ou aux menaçants Charybde et Sylla du détroit de Messine.

Ram with Human (2021) d’Olivier Laric, présenté dans l’exposition « Le Songe d’Ulysse », Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

Passions et trahisons

« Une succession ininterrompue d’événements, de passions, de trahisons et d’actes de bravoure font de cette épopée la première fiction à épisodes de l’histoire de l’humanité, une force qui montre que ce récit n’a rien perdu de son actualité », explique Francesco Stocchi. D’où les dessins de violence et de colère de Carol Rama. D’où ce visage de Méduse, pris dans un nuage bleu, de Francesco Clemente. D’où ce tunnel infini, sans doute, comme le laborieux voyage d’Ulysse.

Lincoln Tunnel (Blue) de Adam McEwen et Fifty One Days on Mount Abu XXXVI Sky (1995) de Francesco Clemente, présentés dans l’exposition « Le Songe d’Ulysse », Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

Paysage insulaire

Le grand paysage de Alessandro Piangiamore, constitué de blocs de pierre compactée et de sables multicolores, a été fait in situ. L’artiste a collecté les sables jaunes, oranges et même violets aux quatre coins de l’île. Il rappelle ainsi les vents qui ont éloigné Ulysse de son rivage mais il reconstitue également le paysage insulaire de Porquerolles sous tous ses aspects, même les plus mystérieux. On aimerait voir cette pièce poétique en un format plus monumental.

The Wind that Blows (2021-2022) de Alessandro Piangiamore, présenté dans l’exposition « Le Songe d’Ulysse », Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

Un complément en extérieur

L’île de Porquerolles, comme Ithaque, se prête au voyage et à l’errance. Il faut donc se laisser tenter par le parcours extérieur au milieu des sculptures du parc. Têtes souriantes d’Ugo Rondinone, visages énigmatiques de Jaume Plensa, géant de poirier noirci de Wang Keping. Cette année, un étrange bison d’Adrian Villar Rojas a envahi la prairie et expose les très nombreux animaux morts qu’il porte sur son dos.

The most beautiful of all Mothers (XIII) (The Bison) (2015) d’Adrian Villar Rojas, Fondation Carmignac, Porquerolles ©Guy Boyer.

« Le songe d’Ulysse »
Villa Carmignac, île de Porquerolles
www.fondationcarmignac.com
Jusqu’au 16 octobre

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