Street Art : en Corse, des collages monumentaux subliment les églises

Le 29 mai dernier, les habitants du village de Luri, en Haute-Corse, se sont réveillés sous de bons auspices grâce à Julien de Casabianca. En recouvrant les parois d’une église et d’une confrérie avec des représentations bibliques de grande taille, le Street Artiste corse retourne à ses racines et offre une expérience artistique hors du commun aux habitants. Reprenant un tableau de la peinture flamande et une petite icône trouvée dans l’église en question, il a ainsi mêlé beaux-arts et œuvres plus modestes pour rendre l’art plus accessible aux zones rurales corses, dans le cadre du festival Popularte.

Immense Van der Weyden

Les deux collages de Julien de Casabianca animent les monuments du village de Luri. Sur le côté de l’église San Petru, il a apposé, grâce à une colle respectueuse de la pierre et avec l’accord des architectes des bâtiments de France, une Marie de Cléophas de 15 mètres de haut, extraite de La descente de croix (1435-1438) de Rogier Van der Weyden (1400-1464), un primitif flamand ayant notamment travaillé pour les ducs de Bourgogne. Sainte Femme présente à la crucifixion du Christ, Marie de Cléophas est éplorée et sèche ses larmes avec un linge blanc.

Julien de Casbianca met cette œuvre d’un primitif flamand à la disposition des ruraux corses © Julien de Casabianca – Instagram

Face à elle, sur la façade d’une confrérie, se trouve un Cœur immaculé de Marie de 5 mètres de hauteur, issu d’une icône trouvée au sein de l’église de Luri. Contacté par « Connaissance des Arts », Julien de Casabianca explique : « C’était un petit tableau quelconque, accroché dans un coin mal éclairé, mais c’était le seul tableau local ». Dans ce collage, la Vierge tend la main vers le spectateur, comme pour l’inviter à la prière et au recueillement. Peut-être cherche-t-elle également à consoler sa consœur ?

« Je rentre dans un musée comme dans un magasin de peinture, et j’en ressors avec de la peinture », commente Julien de Casabianca

Transmission du savoir

Ces collages monumentaux ont été réalisés en l’espace de cinq jours dans le cadre du festival Popularte, qui a lieu tous les ans dans la campagne corse. Son but est de rendre accessible l’art aux zones rurales de l’île, mal pourvues en espaces culturels. En faisant ainsi sortir les œuvres des murs, les habitants de l’île de Beauté ont pu admirer un détail d’un tableau du musée du Prado de Madrid. Le Street Artiste, qui explique être très sensible à la puissance minérale des églises, a par ailleurs rencontré successivement des enfants de classes de primaire et de collège de la région, dans une démarche de transmission et d’éducation. Les autorités corses se sont, quant à elles, dites très satisfaites de cette opération.

Rogier van der Weyden, La Descente de croix, vers 1430-1435, huile sur bois, 220 × 259 cm, Madrid, musée du Prado © Frans Vandewalle – Flickr

Julien de Casabianca, artiste international et prolifique

L’artiste, qui a aussi réalisé des films, n’en est pas à son coup d’essai. Originaire de corse, il avait déjà apposé un collage représentant Sainte Élisabeth sur la façade de l’église du petit village de Lozzi l’année dernière et décoré la cathédrale de Calvi. Il a par réalisé d’autres œuvres dans de très nombreuses villes du monde, comme Berlin, Los Angeles, Zagreb ou encore Varsovie. Nombre de ses réalisations couvrent également des murs français, de Bayonne à Paris en passant par Montargis. Et il ne compte pas s’arrêter là… Actuellement lancé dans une série de collages sur des lieux de culte chrétiens, il travaillera à partir du jeudi 17 juin sur la façade de l’église Saint-Pierre d’Auchel, dans le Pas-de-Calais. Les plus curieux pourront donc aller voir l’artiste à l’œuvre en train d’installer une Vierge, tirée d’un tableau du Palais des Beaux-Arts de Lille.

Seul artiste à présenter ses œuvres à même des édifices religieux, il estime que ses productions constituent un retour aux sources, comme à l’époque où les façades des églises étaient peintes. Pour lui, il s’agit, grâce au « paysage » de pierre que forment les églises, de créer un nouveau décor pour les œuvres de maître, en les rendant accessibles à tous. « Mon travail consiste à prendre des œuvres d’un musée local et à les mettre sur les murs. C’est aussi de prendre dans un quartier riche pour coller dans les quartiers populaires », nous explique-t-il. Cette démarche altruiste, qui n’est pas sans rappeler celles de Banksy ou de JR, interroge sur l’accessibilité de l’art pour les publics dits « empêchés », en particulier en cette période de pandémie.

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