Sainte-Sophie dégradée par une opération de nettoyage : le débat sur la préservation de l’édifice relancé

Joyau chéri par la communauté chrétienne et musulmane à Istanbul (Turquie), Sainte-Sophie est l’un des plus grands exemples d’architecture de l’ère byzantine et de syncrétisme religieux. Construite au VIe siècle par l’empereur romain d’Orient Justinien Ier, elle est convertie en mosquée en 1453 puis en musée en 1935. Classée au classé au patrimoine mondial de l’Unesco, elle a été de nouveau rendue au culte en 2020, modifiant considérablement les moyens mis dans sa préservation. La semaine dernière, des engins lourds, utilisés dans une opération de nettoyage, auraient brisé plusieurs carreaux de marbre du sol de l’édifice.

Du musée à la mosquée : la transition de trop ?

Tout au long de son histoire, Sainte-Sophie a connu de nombreuses dégradations. D’innombrables reliques et mosaïques ont été perdues, volées ou endommagées. Depuis sa reconversion en mosquée, des rapports ont fait état de nouveaux dommages, notamment sur la porte impériale, construite au VIe siècle. L’Association turque des historiens de l’art a documenté les actes de vandalisme commis sur cette porte de 7 mètres de haut, dont le bois a été lourdement détérioré en avril dernier, quelques jours avant la dégradation d’un réservoir d’eau présent dans le monument.

La porte impériale avait été vandalisée en avril dernier ©️Twitter/@SanatTarihiSTD / Association turque d’histoire de l’art

Ces incidents ont ainsi soulevé des questions sur la manière dont le site est préservé depuis qu’il a été rouvert au culte religieux régulier. Depuis sa reconversion en mosquée, la fréquentation quotidienne de Sainte-Sophie a doublé. L’augmentation du nombre de visiteurs et le manque des mesures de protection débouchent sur de probables dégradations, volontaires ou accidentelles. Comme tout monument fréquenté, Sainte-Sophie n’échappe pas aux comportements imprévisibles des visiteurs ou des fidèles.

Un laisser-aller des autorités

En reprenant son statut de mosquée en 2020, le bâtiment est passé du contrôle du département des antiquités à celui des affaires religieuses. Ce changement tutélaire représente pour certains l’abandon politique des autorités d’un site pourtant classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Sainte-Sophie est dans le viseur de plusieurs autorités politiques et religieuses qui débattent sur son véritable statut. ©️pixabay/sofdoug

De nombreuses critiques soulignent ainsi un certain laisser-aller de la part des autorités : « La basilique Sainte-Sophie a été convertie d’un musée en une mosquée fonctionnelle en 14 jours, sans consulter des experts qui auraient pu enquêter, évaluer et élaborer un plan de gestion durable à long terme du site », a précisé Tugba Tanyeri-Erdemir, chercheur non-résident à l’Institut du Moyen-Orient. La préservation de Sainte-Sophie est d’autant plus compliquée que le personnel du musée qui surveillait quotidiennement le site à la recherche de signes de dégradation a été supprimé en 2020. « Lorsque Sainte-Sophie était un musée, les visiteurs avaient beaucoup de respect. Maintenant, c’est comme la foire », a déclaré un guide touristique du site au quotidien turc « Cumhuriyet ».

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