Redécouverts dans les réserves du Louvre, les calques du Palais de Mari révèlent la splendeur des décors mésopotamiens

Fruit d’une collaboration entre le département des Antiquités Orientales du musée du Louvre et le Laboratoire de recherche et de restauration des musées de France (le C2RMF), des calques des peintures murales du Palais royal de Mari (ancienne cité mésopotamienne située au sud-est de la Syrie actuelle) retrouvent tout leur éclat grâce à une intense campagne de restauration. Une renaissance d’autant plus précieuse lorsque l’on connaît le sort tragique de ce site maintes fois éventré par les soubresauts de l’Histoire.

Une redécouverte fortuite

On imagine aisément l’émotion de Sophie Cluzan, archéologue et conservatrice au Département des Antiquités orientales du musée du Louvre, lorsqu’on lui a appris, à la fin de l’année 2019, que de grands rouleaux de calque de la mission conduite par l’archéologue français André Parrot dans le Palais Royal de Mari avaient resurgi fortuitement des réserves. Ces documents précieux, que l’on croyait irrémédiablement disparus, avaient en effet été malencontreusement rangés au milieu de rouleaux et de plans iraniens et sommeillaient dans la pénombre et l’oubli depuis plusieurs décennies !

La restauratrice Blandine Durocher devant les calques du palais royal de Mari © C2RMF/CJames

« C’est une redécouverte émouvante à plus d’un titre. Le Louvre est très attaché à la figure d’André Parrot, son premier directeur, qui dégagea en 1935-36 le Grand Palais royal de Mari dans son état de 1759 avant notre ère, soit juste avant sa destruction par Hammurabi, le roi de Babylone. Sous la dynastie des Shakkanakku (dont le nom signifie « gouverneurs »), Mari était alors un royaume très puissant qui contrôlait la route des matériaux et dominait toute la région du Moyen Euphrate. Son palais recouvrait une surface de 110 hectares. C’est, en outre, le seul édifice royal du début du IIe millénaire que l’on connaisse intégralement », explique ainsi Sophie Cluzan.
Pour se faire une petite idée des fastes de la cité mésopotamienne, il faut alors admirer, dans leur éclat retrouvé, les relevés sur calque des peintures qui ornaient originellement la chapelle 132 dédiée à Ishtar, la déesse de la guerre et de l’amour, grande protectrice du royaume de Mari.

Calque du registre médian du décor de la chapelle 132 du palais royal de Mari : figurant la déesse Ishtar trônant (avant restauration) ©C2RMF

Calque du registre inférieur du décor de la chapelle 132 du palais royal de Mari : • Au registre inférieur : une libation est versée devant le grand dieu Sin (la Lune) ©C2RMF

 Des documents à valeur d’originaux

Si les premiers relevés sur cellophane grandeur nature ont été effectués sur le terrain dans les années trente par Paul François et Raymond Duru, leur mise au net n’a été réalisée par Paul Hamelin, à Paris, qu’une vingtaine d’année plus tard, en 1957 : ce sont précisément les calques du Louvre, miraculeusement réapparus !
À la joie d’avoir retrouvé ces documents d’un intérêt scientifique indéniable, s’ajoute l’émotion d’être en face d’œuvres qui ont désormais valeur d’originaux. À l’instar des moulages effectués au Cambodge à la fin du XIXe siècle par Louis Delaporte sur les temples khmers, les calques du Louvre sont la mémoire d’œuvres probablement réduites au néant par les fracas de l’Histoire… Outre leur iconographie parfois déconcertante (on ne peut que s’extasier devant ces processions de figures divines ou royales aux grands yeux écarquillés et cet atlante vu de face supportant la voûte céleste), ces deux rouleaux aux allures de rideaux de scène subjuguent désormais par la fraîcheur de leurs couleurs.

La restauratrice Blandine Durocher et Nathalie Coural, responsable Arts graphiques du C2RMF, filière Restauration
©Bérénice Geoffroy-Schneiter

Outre leur iconographie parfois déconcertante (on ne peut que s’extasier devant ces processions de figures divines ou royales aux grands yeux écarquillés et cet atlante vu de face supportant la voûte céleste), ces deux rouleaux aux allures de rideaux de scène subjuguent désormais par la fraîcheur de leurs couleurs.

Cette figure d’atlante soutenant une voûte étoilée est une image rare. Détail du décor peint de la chapelle 132 du palais royal de Mari ©C2RMF/ Philippe Salinson

« Nous avons dû faire face à plusieurs difficultés. Le calque est un support qui jaunit, s’oxyde et s’abime très vite. Il réagit très fort aux variations atmosphériques.  De plus, en raison de leurs dimensions, les rouleaux n’étaient pas d’un seul tenant. Les feuilles ont été scotchées entre elles, des petits morceaux ont été rajoutés. Les bandes adhésives des années cinquante ont terriblement jauni et aggravé les déformations. Il faut les remplacer par des bandes de papier japonais. Une autre de nos préoccupations est la gouache, qui adhère mal au calque. On rencontre ainsi des problèmes d’écaillage et de pertes de matières. Il faut refixer la couche picturale », explique ainsi Blandine Durocher, restauratrice indépendante qui s’attèle depuis 18 mois à cette tâche délicate, au sein des ateliers du C2RMF de Versailles.
Un seul petit regret : le fruit de ce travail éblouissant ne devrait être montré au public qu’en 2023, à l’occasion d’une grande exposition consacrée à Mari au Musée royal de Mariemont, en Belgique. L’attente risque d’être longue !

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