Pourquoi investir dans l’Art brut ?

Définies par l’artiste Jean Dubuffet dès 1945 comme « des productions présentant un caractère spontané et fortement inventif, aussi peu que possibles débitrices de l’art culturel, ayant pour auteurs des personnes obscures, étrangères aux milieux artistiques professionnels », les créations de l’Art brut regroupent trois sources : l’art asilaire, l’art médiumnique et l’art de certains marginaux inspirés. Le paradoxe veut que ces œuvres que les Anglo-Saxons qualifient d’outsider art, créées clandestinement avec des moyens de fortune, dans des hôpitaux psychiatriques ou dans les marges de la société, soient devenues un segment du marché de l’art en forte croissance.

Un engouement général

L’engouement pour ces créations hors-normes est porté par les institutions : « Depuis quelques années, de grands musées comme le MoMA et le Met à New York et le Centre Pompidou à Paris ont commencé à collectionner et à exposer l’Art brut, et il n’est plus seulement du ressort d’institutions spécialisées comme l’American Folk Art Museum à New York ou la Collection de L’Art Brut à Lausanne. Son inclusion dans des expositions internationales comme la Biennale de Venise en 2013, et des ventes dédiées dans de grandes maisons de ventes aux enchères ont contribué à l’expansion de ce marché », note Sofía Lanusse, directrice d’Outsider Art Fair Paris qui fêtera ses dix ans en septembre.

Joseph E. Yoakum (1891-1972), Grizzly Gulch Valley Ohansburg Vermont, stylo-bille et aquarelle sur papier, 20 x 25,1 cm, exposé par la galerie Fleisher/Ollman à l’Outsider Art Fair New York, du 3 au 6 mars. Photo: Robert Gerhardt.

Les stars des enchères

Ces dernières années ont vu se multiplier les records aux enchères, Adolf Wölfli en tête avec un dessin à 795 000 $ (691 199 €) chez Sotheby’s en octobre 2018. « En janvier 2020 chez Christie’s, un dessin de l’artiste autodidacte Bill Traylor est parti pour 507 000 $ (457 155 €). Dans les années 1970, son œuvre se vendait à peine 300 $. En janvier 2016, la sculpture d’un boxeur de William Edmondson s’est envolée à 785 000 $ (721 807 €) et en 2014 chez Christie’s à Paris, un dessin d’Henry Darger a atteint 601 500 € », rappelle Sofía Lanusse.

Josep Baqué (1895-1967), Trois monstres, aquarelle, gouache et encre sur traits de crayon, 25 x 32,5 cm, vendu 4 708 € par Ader, le 11 avril 2013. ©Ader

Chez les opérateurs de vente français, seules subsistent aujourd’hui les ventes dédiées « Art & utopie » chez Ader qui regroupent art brut, art naïf, art singulier et Lettrisme. « L’art brut est encore l’un des derniers domaines où l’on peut découvrir un artiste intéressant, comme Josep Baqué dont les dessins de « monstres, merveilles et phénomènes rares » se vendent à partir de 900 €, un ensemble de 454 planches étant parti à 130 000 € en 2013 », s’enflamme Xavier Dominique de la maison Ader. Tajan intègre des pièces d’art brut dans ses ventes d’art moderne, tout comme Rouillac qui propose le 20 mars un chef d’œuvre historique de l’art asilaire d’Eugène B., estimé 15 000 €.

Eugène B., dit « Le délirant chronique » (né en 1872), Le symbole de mon histoire ou Filiation de la locomotive, vers 1927-1933, dessin et collage avec inscriptions à la plume en patois alsacien, 96,5 x 130 cm, estimé 15 000€. ©Rouillac

Un art sous-coté

Il ne faudrait pas croire pour autant que l’art brut est onéreux : « Aujourd’hui encore, l’art brut est sous-coté. Cela a permis à des pionniers, avec des revenus modestes, de constituer des petites collections qui ont pris de la valeur. Ainsi, l’une de mes clientes m’a contacté pour connaître les valeurs d’assurance de ses œuvres. Elles avaient été multipliées par cinq en dix ans », souligne le galeriste Christian Berst, dont la spécificité est d’exposer dans des foires d’art contemporain (Fiac, Paris Photo) des découvertes du monde entier, à l’instar de la cubaine Misleidys Castillo Pedroso ou du péruvien John Ricardo Cunningham, dont les gouaches se vendaient en 2018 entre 1500 et 2000 € et valent aujourd’hui le double.

Misleidys Castillo Pedroso, Sans titre, vers 2017, gouache sur papier, 31,4 x 23 cm. Courtesy Christian Berst Art brut

Par ailleurs, il est possible d’acheter à des prix raisonnables des « classiques » de l’art brut à la galerie Ritsch-Fisch, à l’image de ce rare dessin de Willem Van Genk qui sera présenté à 17 000 € à Art Paris, au côté de pièces historiques de Carlo Zinelli (25 000 € à 30 000 €). Des prix peu élevés pour un artiste présent dans plusieurs collections muséales.

Willem Van Genk, A fantasy on the Groningen Regional Day, vers 1950, dessin à la plume et à l’encre, 27,5 x 21,1 cm. ©Galerie Ritsch-Fisch

À voir :

L’Outsider Art Fair New York, au Metropolitan Pavilion de New York, du 3 au 6 mars, et l’Outsider Art Fair Paris, à l’Atelier Richelieu, du 15 au 18 septembre, www.outsiderartfair.com

L’exposition « Josef Karl Rädler (1844-1917), la clé des champs », Galerie Christian Berst, 3-5, Passage des Gravilliers, 75003 Paris, jusqu’au 27 mars, christianberst.com.

La J.P. Ritsch-Fisch galerie, 6, rue des Charpentiers, 67000 Strasbourg, du 7 au 10 avril,
www.ritschfisch.com, expose à Art Paris, au Grand Palais Ephémère.

« Vente Tableaux & dessins Modernes », par Rouillac, rue Albert Einstein, 41100 Vendôme, le 20 mars, www.rouillac.com.

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