Portraitiste inégalé de la femme Belle Époque, Boldini fait des étincelles au Petit Palais

La dernière rétrospective Boldini à Paris avait eu lieu il y a plus de 60 ans. Voici le grand retour du plus parisien des Italiens de la capitale au Petit Palais (Paris, VIIIe arrondissement). Fils d’un artiste obscur, Giovanni Boldini (1842-1931) a dès l’enfance divisé le monde en deux catégories, les riches et les pauvres. Il optera pour la première… À Florence, il fréquente les artistes modernistes du groupe des « Macchiaioli » mais délaisse la bohème pour la haute société. Ses portraits mettent en scène ses modèles dans leurs riches intérieurs.

Boldini au diapason de la vie moderne

 À ce « Boldini avant Boldini » succède le peintre de genre. Installé à Paris en 1871, il fignole de petites scènes « espagnoles », prétexte à faire briller des costumes chamarrés. S’il n’est pas tenté par la touche impressionniste, l’artiste montre une grande sensibilité à la lumière dans ses paysages d’Étretat. À Paris, terrasses de café, omnibus à cheval, fêtards du Moulin Rouge ou spectateurs au théâtre révèlent un Boldini au diapason de la vie moderne, empruntant parfois à l’ami Edgar Degas un cadrage audacieux. Cependant, « il maestro » cherche encore sa voie. Il piaffe. Fragment d’une vaste composition inachevée, ses Deux Chevaux blancs effrayés sont emportés par un mouvement irrésistible. Tentative sans lendemain.

Giovanni Boldini, Scène de fête au Moulin rouge, vers 1889, huile sur toile, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

La haute société cosmopolite

Dans les années 1880, Boldini renoue avec le portrait. Mais cette fois, il trouve son style, reconnaissable entre tous, et son terrain de jeu exclusif : la haute société cosmopolite. Il peint presque exclusivement les femmes, en grand format, réduit sa palette, détache ses modèles sur un fond neutre qui met leur teint en valeur. Ses envois à l’Exposition universelle de 1889, dont l’exquis Portrait d’Emiliana Concha de Ossa au pastel, gris et blanc, lui valent la reconnaissance.

Giovanni Boldini, Portrait d’Emiliana Concha de Ossa, vers 1888, pastel sur papier marouflé sur toile © Collection particulière

Célèbre, irascible, le peintre tyrannise ses modèles, choisit leur robe, les force à tenir de longues poses douloureuses… Se faire « boldiniser » est un privilège qui se paie cher ! Figure du Tout-Paris, Boldini s’impose comme l’un des interprètes les plus étincelants de cette haute société qui donne à Marcel Proust la matière de son œuvre. Certains portraits trop décolletés sont refusés par les maris, comme celui de la princesse Marthe Bibesco, à l’épaule entièrement nue. Poses provocantes, robes chiffonnées, les audaces sont aussi celle du pinceau qui fouette la toile comme on cravache un cheval.

Giovanni Boldini, Feu d’artifice, vers 1890, Gallerie d’art moderne et contemporain, Musée Giovanni Boldini, Italie, Ferrare ©Ferrara, Gallerie d’art moderne et Contemporain / Luca Gavagna

Alignant plus d’une douzaine de grands portraits, la galerie qui conclut l’exposition est un véritable feu d’artifice. Feu d’artifice est d’ailleurs le titre d’une des œuvres les plus célèbres de l’artiste. Prêtée par le Museo Boldini de Ferrare, associé à l’exposition, elle témoigne d’une fièvre moderniste qui électrise ses plus belles réussites.

« Boldini (1842-1931). Les plaisirs et les jours »
Petit Palais
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris
www.petitpalais.paris.fr
Du 29 mars au 24 juillet

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