Pologne : des archéologues découvrent des centaines de preuves d’un massacre nazi dans la Vallée de la Mort

Des archéologues de l’Institut d’archéologie et d’ethnologie de l’Académie des sciences polonaise ont découvert en Pologne des centaines d’ossements humains et d’effets personnels appartenant aux victimes d’un crime de masse perpétré par les nazis en 1945. Cette mise au jour a été effectuée dans la périphérie nord de la ville de Chojnice, sur un site tristement surnommé la « vallée de la mort ». Il est situé dans la province de Poméranie, qui fut plus largement le théâtre de nombreuses tueries de masse en 1939 et en 1945, faisant plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Des victimes abattues à bout portant

L’étude du site a permis aux archéologues de mettre au jour des tranchées creusées par l’armée polonaise, ensuite utilisée par les nazis pour exécuter les victimes et dissimuler les cadavres. Ils y ont trouvé près de 350 objets : des balles, des douilles, des bijoux, des médailles, des boutons, des montres. Après avoir examiné les balles et les douilles, un expert en balistique a conclu qu’elles correspondaient à des revolvers utilisés par la Gestapo et les unités de police allemande de l’époque. Les victimes de ce crime auraient été abattues à bout portant les unes après les autres. Elles auraient ensuite été empilées puis brûlées afin d’être dissimulées ; cette hypothèse, corroborée aujourd’hui par la découverte d’ossements humains et de fragments de bois brûlés, est issue d’un témoignage de l’époque.

Vue aérienne de la Vallée de la mort en juillet 2020. ©D. Frymark

Un site en attente de recherches depuis la Seconde Guerre mondiale

Un témoignage d’époque faisait état d’un crime qui aurait eu lieu à cet endroit en janvier 1945, faisant environ 600 victimes dont les corps auraient été brûlés à la fin de l’opération. Or, une mission de recherche effectuée en automne 1945 n’avait permis d’exhumer que 168 corps. « Il était communément admis que tous les charniers de 1939 n’avaient pas été trouvés et exhumés et que la fosse contenant les personnes tuées en 1945 ne l’avait pas été non plus », a expliqué Dawid Kobiałka, archéologue de l’Institut d’archéologie et d’ethnologie de l’Académie des sciences polonaise. Il semble donc que les découvertes récentes corroborent ce témoignage.

L’alliance de la résistante polonaise Irena Szydłowska a été retrouvée lors des recherches. ©A. Barejko

Une première victime identifiée

« Nous espérons pouvoir dire à certaines des familles ce qu’il est arrivé à leurs proches qui ont disparu à Chojnice en janvier 1945 », ont déclaré les archéologues. Une première identification a pu être effectuée grâce à une alliance ; il s’agirait de celle d’Irena Szydłowska, une résistante polonaise messagère de l’Armia Karjowa, plus important mouvement de résistance de Pologne sous l’occupation allemande. Des analyses poussées des corps devront être menées pour espérer identifier d’autres défunts. Après ces examens, les restes seront réenterrés dans la Vallée de la mort et le site deviendra un cimetière de guerre officiel.

Un détecteur de métaux a été utilisé pour les investigations. ©D. Frymark

Des techniques de fouille non-invasives

Les archéologues ont mobilisé sur ce site des techniques dites « non-invasives » ; elles permettent aux chercheurs d’optimiser leur travail et de ne pas effectuer de fouilles systématiques. Ici, les chercheurs ont d’abord mené l’enquête dans les archives (plus de 1000 pages de documentation relative aux crimes nazis à Chojnice ont été consultées), avant de faire des recherches ethnographiques, des recherches archéologiques au-dessus du sol, des recherches non-invasives sous le sol, et des exhumations « test ».

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