Photographie : Édouard Taufenbach, l’hirondelle pour animal-totem

Porte-bonheur, les hirondelles annoncent le printemps. Mais à la fin de l’été, avant de gagner les côtes africaines, elles traînent en bande, perchées sur les fils électriques de nos villes. Édouard Taufenbach connaît bien leurs manies. Enfant, il en épiait les parades, les faux-départs, les envols soudains. Il y a de l’ écho entre le peuple migrateur et la musique contemporaine, qu’il aime aussi : « Les compositions de Debussy, Messiaen, Grisey ou Dutilleux ont quelque chose d’anxiogène. Elles sont très arythmiques, avec des dissonances, des accélérations, de grands silences. J’y vois de vraies analogies avec le vol de l’hirondelle qui, à la manière d’un insecte, utilise tout l’espace, négocie les virages comme un avion de chasse miniature ».

Chorégraphies azimutées

Supersonique, l’oiseau pourrait bien être l’animal-totem de Taufenbach, dont les images accordéons, faites de lamelles ultraminces découpées au scalpel dans d’autres images, celles-là empruntées, opèrent une sorte de carottage visuel, synthèse des chronophotographies de Muybridge et des toiles lacérées de Lucio Fontana. C’est aussi une histoire de vitesse que raconte son dernier album, conçu à quatre mains – six, si l’on compte celles de Bastien Pourtout avec lequel il forme désormais un duo – : sur une bande originale du compositeur Régis Campo, les hirondelles défilent, furtives, dans Le Bleu du ciel de Rome, de Paris, de Bretagne ou des Vosges. Neige, gris, layette, azur, orange sanguine… sa palette est changeante, comme les chorégraphies azimutées de ce long plan séquence, débuté à la Villa Médicis, en plein confinement : « Toutes les personnes associées à ce projet ont redécouvert les hirondelles qu’elles pensaient disparues. Je ne crois pas beaucoup à l’idée que la nature ait repris ses droits. Plutôt à un regain d’attention aux choses ordinaires : il suffit de lever le nez pour en voir partout ».

Edouard Taufenbach, LBDC 18024001, 2020, série Le Bleu du ciel, Prix Swiss Life à 4 mains, © Edouard Taufenbach & Bastien
Pourtout

1988
Naissance d’Édouard Taufenbach à Neufchâteau (Vosges)

2014
Master II en arts et médias numériques (Sorbonne, Paris)

2015
Participe à la Nuit blanche avec l’installation vidéo Sfumato. Exposition à la galerie Intuiti (Paris, Bruxelles) et Spazio Nuovo Gallery (Rome) avec Hommage2, sorte d’album de famille cubiste.

2017
Cinéma : histoires domestiques, au festival Circulations et au salon Approche.

2018
Exposition à la galerie Binôme avec Spéculaire, collages d’après la collection d’images anonymes du réalisateur Sébastien Lifshitz.

2020
La Méthode, à la galerie Binôme, décline en cyanotype et palladiotype Homage to the Square de Josef Albers. Début du travail en duo avec Bastien Pourtout (né en 1982).

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