Photo, Pissarro et architecture japonaise : 5 expositions à visiter à Paris ce weekend

Ce weekend, abritez vous de la pluie avec les différentes expositions de la capitale. Vous aimez la photographie ? Les autoportraits éclectiques de Samuel Fosso sont mis à l’honneur à la Maison européenne de la photographie. Si vous préférez la peinture, le musée Cernuschi présente les peintures et calligraphies de moines et lettrés des dynasties Ming et Qing. Vous pouvez également vous laisser surprendre par l’étonnante architecture japonaise de la fin du XXe et le début du XXIe siècle, à la Maison de la Culture du Japon. Nous avons sélectionné pour vous 5 expositions à visiter à Paris ce weekend.

1. Géographie physique et mythique

Actuellement la tentation est grande de se retirer du monde. Pour prendre de la hauteur, mieux vaut s’abîmer dans la contemplation des peintures et calligraphies exceptionnelles réunies par le collectionneur chinois Ho Iukwong (1907-2006), une collection de quelque cent chefs-d’œuvre nommée Chih Lo Lou, « le pavillon de la félicité parfaite ». Cet ensemble exposé pour la première fois en Europe présente des œuvres datées de la période de transition entre les dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1912), une époque troublée au cours de laquelle de nombreux lettrés ont fait le choix de se retirer « hors du monde ». De délicats dessins de l’école de Wu témoignent de cette aspiration à la vie retirée au sein de paysages sublimes, tel L’Ermitage aux fleurs de pêcher de Tang Yin (1470-1523). Des albums accompagnés de calligraphies évoquent des paysages rêvés ou réels, comme celui de Huang Xiangjian (1609-1673) qui a parcouru six mille kilomètres pour illustrer son Voyage à la recherche de mes parents. D’autres peintres refusant de faire allégeance à la dynastie mandchoue des Qing se sont réfugiés dans les Huangshan (Monts jaunes) dont ils restituent sur papier les pics vertigineux et les mers de nuages, de Hongren (1610-1664) à Shitao (1642-1707). Mis en regard avec les images célestes du photographe Marc Riboud, leurs dessins restituent l’atmosphère méditative de ces paysages, entre géographie physique et mythique.

« Peindre hors du monde, moines et lettrés des dynasties Ming et Qing », musée Cernuschi, 7 Av. Velasquez, 75008 Paris, www.cernuschi.paris.fr, jusqu’au 6 mars

Tang Yin (1470-1523), L’Ermitage aux fleurs de pêcher (détail), non daté ©Musée d’art de Hong Kong

2. Samuel Fosso, magistral

Photographe majeur du continent africain contemporain, Samuel Fosso est à l’honneur à la Mep avec près de deux cents œuvres, réparties sur les deux étages des galeries d’exposition. Né en 1962 à Kumba (Cameroun), il a 10 ans lorsqu’il découvre la photographie à Bangui (Centrafrique) où il a rejoint son oncle, après avoir survécu à la guerre civile du Biafra et vaincu une paralysie des jambes. À 13 ans, il ouvre son propre studio et, entre deux commandes, réalise ses premiers autoportraits avec des chutes de pellicules, qu’il envoie à sa grand-mère. Puisant dans les magazines de pop-culture diffusés dans Bangui, il se photographie en couleurs dans des tenues qu’il fait confectionner par ses amis. Le succès vient en 1994 lors de la première édition des Rencontres photographiques de Bamako. Pleins d’humour, mordants ou faussement ingénus, ses autoportraits en chef de tribu, en pape, en golfeur ou en femme libérée se jouent des clichés occidentaux, notamment dans l’irrésistible série réalisée en 1997 à l’occasion des 50 ans de la marque parisienne Tati. « La photo est pour moi une façon d’échapper à moi-même pour rejoindre les autres », dit-il en rendant hommage aux grandes figures de la lutte contre le racisme, Angela Davis, Nelson Mandela… Ou en se livrant, sans fard ni costume, dans sa série en Polaroid SIXSIXSIX, réalisée après les conflits en Centrafrique en 2014. Sobres, dépouillés, ces six cent soixante-six autoportraits livrent une exceptionnelle galerie « d’émotions enfouies que nous créons nous-mêmes […] afin « d’exorciser [mon] ressentiment face à cette situation », résume le grand photographe. Magistral.

« Samuel Fosso », Maison européenne de la photographie, 5/7 Rue de Fourcy, 75004 Paris, www.mep-fr.org, jusqu’au 20 mars

Samuel Fosso, Autoportrait, Série « Tati », Le Golfeur, 1997 © Samuel Fosso / Courtesy Jean-Marc Patras / Paris

3. Les tissus rêvent et racontent

Développée durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, la toile de Jouy s’inspira de récits divers pour créer des tissus à scènes animées destinés à l’habillement et au décor intérieur. C’est ce rapport étroit qui nous est conté à Jouy, la maison de Chateaubriand s’attachant à évoquer plutôt l’intérêt des écrivains pour le textile.

« Les étoffes dans la littérature, la littérature dans les indiennes du XVIIIe au XIXe siècle », musée de la Toile de Jouy, 54 Rue Charles de Gaulle, 78350 Jouy-en-Josas, www.museedelatoiledejouy.fr,  jusqu’au 27 mars et « Les étoffes dans la littérature au XIXe siècle », Maison de Chateaubriand, 87 Rue de Chateaubriand, 92290 Châtenay-Malabry, www.vallee-aux-loups.hauts-de-seine.fr, jusqu’au 24 juillet

Vue d’ensemble de l’exposition « Les étoffes dans la littérature, la littérature dans les indiennes du XVIIIe au XIXe siècle » au musée de la Toile de Jouy © MTDJ / Pauline Pirot

4. Architectes contemporains japonais

Couvrant l’ensemble de l’archipel et plusieurs générations d’architectes, l’exposition présente trente-cinq agences d’architecture dont les projets aux formes originales et créatives s’intègrent harmonieusement à leur environnement. Sont mis en lumière les architectes ayant débuté leur carrière au début des années 1990, après l’éclatement de la bulle spéculative au Japon, ainsi que de jeunes talents émergents.

« Quand la forme parle. Nouveaux courants architecturaux au Japon 1995-2020», Maison de la Culture du Japon, 101 bis Quai Jacques Chirac, 75015 Paris, www.mcjp.fr, jusqu’au 19 février

Katsuhiro Miyamoto, Temple Chushinji, quartier des moines, Nagano, 2009, détail ©TAKUMI OTA.

5. Dans la famille Pissarro : Ludovic-Rodo

Cinq des enfants du peintre Camille Pissarro (1830-1903) eurent des carrières liées à l’art et, parmi eux, Ludovic-Rodo (Rodolphe ; 1878-1952) tient une place centrale. Voué plus particulièrement à la gravure, Ludovic-Rodo eut une vie féconde et anarchisante partagée entre Paris, l’ouest de la France ainsi que divers pays d’Europe. Riche d’achats et de dons, le musée évoque cette vie féconde en privilégiant l’exploration des quelque deux cents carnets de dessins conservés au musée.

« Les carnets de dessins de Ludovic-Rodo Pissarro », musée Camille-Pissarro, 17 Rue du Château, 95300 Pontoise, www.ville-pontoise.fr, jusqu’au 27 février

Ludovic-Rodo Pissarro, Autoportrait, 1915, bois, 7,6 x 6,6 cm, Pontoise, musée Camille-Pissarro

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