Paris : exposés en France pour la première fois, 8 tableaux préraphaélites arrivent au Petit Palais

Aficionados de Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), Edward Burne-Jones (1833-1898) et John William Waterhouse (1849-1917), foncez au Petit Palais ! Le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Paris, VIIIe arrondissement) vient d’annoncer l’arrivée de huit tableaux préraphaélites inédits dans ses salles du rez-de-chaussée qui présentent ses collections permanentes. Pendant cinq ans, l’institution parisienne expose cet exceptionnel prêt d’une collection particulière étrangère pour compléter ses collections XIXe siècle, dépourvues jusqu’alors d’œuvres britanniques de cette envergure. Montrées pour la première fois en France, ne manquez pas l’occasion de contempler (gratuitement) des chefs-d’œuvre tels qu’Un chant de Noël (1867) de Rossetti, Lamia (vers 1909) de Waterhouse ou encore La Preuve d’amour de Lawrence Alma-Tadema (1836-1912).

Un nouvel élan à l’art anglais du XIXe siècle

Les huit chefs-d’œuvre prêtés au Petit Palais, Un chant de Noël de Rossetti, Le Sauvetage (vers 1890) et Lamia de Waterhouse, La Preuve d’amour d’Alma-Tadema, Le Roi Cophetua et la mendiante de Burne-Jones, Murmures (vers 1881) de Frederic Leighton (1830-1896) et La Douce Oisiveté (1866) de William Holman Hunt (1827-1910), s’inscrivent tous dans l’art préraphaélite. Fruit d’une confrérie fondée en 1848 à Londres par Hunt, Rossetti et John Everett Millais (1829-1896), alors tous trois étudiants à la Royal Academy, le préraphaélisme a pour ambition de libérer l’art des conventions académiques anglaises et de la moralité victorienne en créant une nouvelle peinture inspirée des primitifs italiens, prédécesseurs de Raphaël (1483-1520), selon les préceptes de l’influent théoricien et critique d’art John Ruskin (1819-1900).  Malgré sa dissolution hâtive, cette confrérie offre un nouvel élan à l’art anglais du XIXe siècle. « À l’image d’Oscar Wilde, figure emblématique du mouvement, les artistes vont petit à petit considérer que l’art doit servir un seul idéal, le beau. » explique le Petit Palais dans un communiqué.

Edward Burne-Jones, Le Roi Cophetua et la mendiante, huile sur bois, collection particulière.

À la recherche du beau idéal

Dans les pas de la confrérie, une nouvelle génération d’artistes se lance dans une quête de l’harmonie des couleurs et des formes tout en refusant de donner un sens moral à leurs œuvres, préférant s’éloigner des canons classiques et observer la nature. Puisant leurs sources d’inspiration dans la littérature anglaise, l’histoire et la mythologie (notamment gréco-romaine), l’Orient fantasmé, mais aussi l’art médiéval et la Première Renaissance, les artistes peignent des toiles aux coloris intenses, au réalisme exacerbé en mêlant savamment des références culturelles entre religion, littérature et poésie. Avec au premier plan des figures féminines mises en scène et bien souvent représentées de manière sensuelle, les préraphaélites expriment leur beau idéal. Pour ​​​Hunt, il s’agit dans La Douce Oisiveté d’une riche femme au repos, lasse. Dans Un chant de Noël de Rossetti montre quant à lui Ellen Smith à la fois comme une étrange beauté rousse mélancolique et une figure d’enluminure médiévale.

Dante Gabriel Rossetti, Un chant de Noël, 1867, huile sur bois, collection particulière.

Dans Lamia, Waterhouse illustre quant à lui le personnage principal du célèbre poème éponyme (1820) de John Keats : Lamia, un demi-serpent monstrueux qui se métamorphose en femme pour s’attaquer aux jeunes hommes. Ici, seul le drapé scintillant aux teintes de paons (tirées de la description de Keats) autour de ses jambes rappelle la nature véritable de la femme fatale représentée.

John William Waterhouse, Lamia, vers 1909, huile sur toile, collection particulière.

Si les œuvres de Rossetti, Hunt et Waterhouse exposées au Petit Palais mettent en avant des figures féminines, l’huile sur bois de Burne-Jones souligne un tout autre aspect du mouvement. Le Roi Cophetua et la jeune mendiante, dont une version est conservée à la Tate (Londres), représente le roi d’Éthiopie aux pieds de Penelophon, une mendiante dont le souverain est tombé amoureux d’elle et jure d’en faire sa reine. Le tableau inspiré du poème d’Alfred Tennyson The Beggar Maid montre ainsi l’amour qui transcende la raison, la richesse et le pouvoir. A contrario, quand le sujet semble être anecdotique, c’est le traitement esthétique de la toile qui fait sa qualité. C’est le cas de La Preuve d’amour d’Alma-Tadema, où l’exactitude dans la représentation des architectures et des costumes anciens contribue pleinement à la beauté du tableau. Cette précision dans le rendu des textures du marbre, du bronze et de la soie dans les représentations des scènes de la vie quotidienne de l’Antiquité de l’artiste qui est notamment à l’origine de son surnom « peintre du marbre ».

Lawrence Alma-Tadema, La preuve d’amour, huile sur bois, collection particulière.

Si la contemplation de ces huit tableaux vous donne des envies de peintures, vitraux, dessins, tapisseries et autres chefs-d’œuvre préraphaélites et qu’un aller-retour à Londres semble compliqué durant la crise sanitaire, à défaut de traverser la Manche, il vous est toutefois possible de franchir la Seine pour vous rendre au musée d’Orsay (Paris, VIIe arrondissement) et contempler les quelques œuvres de Burne-Jones qui y sont conservées.

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