Oublié depuis plus de 100 ans, un chef-d’œuvre du XVIIe siècle resurgit dans une école en Australie

Laisser des œuvres prendre la poussière peut parfois révéler de belles surprises… En Nouvelles-Galles du Sud, une nature morte qui ornait les murs de la Woodford Academy depuis plus de 100 ans a été confiée à des restaurateurs pour être nettoyée. Ces derniers ont découvert une petite signature en enlevant le vernis recouvrant la toile. Elle appartiendrait au peintre hollandais du XVIIe siècle Gerrit Willemsz Heda (1625 – 1649), connu pour ses natures mortes de fruits et ses peintures de Vanités. Selon les estimations, le tableau pourrait valoir plusieurs millions d’euros.

Une propriété du National Trust of Australia

Le personnel de l’établissement et les experts savaient que la peinture était ancienne mais n’avaient aucune idée de son intérêt artistique et de sa valeur : « Nous pensions que l’œuvre d’art pouvait être une authentique peinture du XVIIe siècle, mais trouver la signature de l’artiste semblait être une chance sur un million », a déclaré Rebecca Pinchin, responsable des collections du National Trust of Australia, ONG créée pour la promotion et la conservation du patrimoine et propriétaire de l’œuvre. Avant la découverte de la signature, la toile était évaluée à 200 000 $. Elle fait maintenant l’objet d’une réévaluation qui pourrait augmenter considérablement cette estimation.

La Woodford Academy abritait l’œuvre depuis 150 ans ©️Wikimedia Commons / Clytemnestra

Les experts se sont ainsi demandés comment l’œuvre avait pu arriver sur le continent et dans la Woodford Academy, ancienne académie, tour à tour résidence privée, maison d’hôtes et école, avant de devenir un musée en 1996. Les premières hypothèses suggèrent que la toile aurait été acquise dans les années 1870 par Alfred Fairfax, neveu de James Fairfax, fondateur du journal australien « The Sydney Morning Herald ». Ce dernier l’aurait apportée sur le continent après avoir acquis la propriété de Woodford quelques années auparavant, utilisant le bâtiment comme maison de retraite. Converti en 1907 en école privée, le bâtiment est devenu, au même titre que les objets qu’il abritait, la propriété du National Trust of Australia en 1979.

Vestiges de la gourmandise

Le tableau montre un festin de table déserté, où une tarte à moitié mangée et un gobelet renversé prennent la pose sur une nappe froissée. L’œuvre s’inscrit dans un genre particulier proche des Vanités. Comme le remarque Rebecca Pinchin, la nature morte est ici l’allégorie d’un état de fragilité amenant à un questionnement existentiel porté sur le temps qui passe.

La nature morte du peintre hollandais est estimée à plusieurs millions ©️Courtesy of the National Trust of Australia

Ce tableau, en plus de représenter avec finesse et virtuosité la fin d’un repas sucré, reprend un élément récurrent de l’œuvre du peintre : « Une caractéristique intéressante des natures mortes de Heda, c’est qu’il y a toujours une assiette à moitié vide sur la table. C’est symbolique de la nature transitoire de la vie – une minute vous avez du confort et du plaisir, la suivante vous pouvez tomber dans des moments difficiles ». Selon les spécialistes, la toile serait le fruit d’une collaboration entre le peintre et son père plus célèbre encore, spécialisé lui aussi dans les natures mortes, Willem Claesz Heda (1594 – 1680). Le 14 mai, dans le cadre d’une journée portes ouvertes, l’établissement invite les visiteurs à franchir ses portes pour admirer cette peinture depuis trop longtemps tombée dans l’oubli.

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