Nadja, un chef-d’œuvre surréaliste au musée des Beaux-Arts de Rouen

Dans le cadre de sa saison « Héroïnes », le musée des Beaux-Arts de Rouen fait revivre, jusqu’au 6 novembre Nadja, le modèle du roman d’André Breton (1927). Artiste, celle qui s’appelait Léona Delcourt, eut une vie tragique. L’écrivain la présentait comme « un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher mais auxquels ne saurait être question de se soumettre ». L’exposition relate l’histoire de l’écriture du roman et son objet, soit la rencontre de l’auteur avec la femme qui l’a inspiré.

Les acteurs d’un mythe

Conçue par Sylvain Amic et Alexandre Mare, cette exposition retrace l’histoire de l’écriture du roman avec ses différents intervenants. « Nadja » a été écrit par André Breton au manoir d’Ango, en Normandie (ce qui justifie amplement cette exposition à Rouen). Le sujet du livre est la rencontre de l’auteur avec cette femme « aux yeux de fougère ». Sa forme est celle d’un journal illustré de photographies, décrivant des déambulations dans Paris. Sont présentés au fil du parcours les acteurs de cette aventure littéraire, de Lise Deharme à Robert Desnos.

Dessins et peintures avec, au centre, le Portrait d’André Breton (1934) de Victor Brauner, présentés dans l’exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

Itinéraire parisien

Quoi de mieux que ce tableau d’amoureux flottant au-dessus de Paris pour illustrer l’itinéraire dans la capitale de Breton qui rencontre la jeune Nadja sur les grands boulevards. Paris est un des ressorts du roman, entrainant le lecteur des Puces de Saint-Ouen jusqu’à la Tour Saint-Jacques. « Tissu urbain et structure narrative, faite de mots et d’images, ne vont pas l’un sans l’autre », assurent les commissaires de l’exposition.

Détail de Composition avec paysage parisien et deux personnages (vers 1930) de Valentine Hugo, présentée dans l’exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

Rêveries et divinations

Grâce à de nombreux dessins et photographies, l’exposition montre l’importance du sommeil hypnotique et du rêve dans l’approche surréaliste pour atteindre le subconscient. Elle insiste également sur les croyances et divinations. Pour Rimbaud et Lautréamont, Breton réalise en effet des thèmes astraux à la recherche de « hasards objectifs ». L’un des objets de fascination demeure le gant, auquel une salle entière est consacrée autour de la Main de Dieu d’Auguste Rodin. Nadja va d’ailleurs envoyer à Breton une carte-postale représentant ce plâtre.

Au centre, La Main de Dieu (1898-1902) d’Auguste Rodin, présentée dans l’exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

Mais qui est Nadja ?

Depuis quelques années, on connaît mieux l’identité du modèle de Nadja. Il s’agit de Léona Delcourt (1902-1941), une Lilloise sans subsistance qui tombe amoureuse d’André Breton et vit avec lui une liaison de quelques mois en 1936. Plusieurs de ses dessins montrent ses talents d’artiste et elle est l’inspiratrice de nombreux traits du roman. Son portrait figure sur le boîtier du manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale, et une reproduction est conservée par sa famille dans ce cadre 1900.

Reproduction du Portrait de Léona Delcourt (vers 1936) d’un photographe anonyme, présentée dans l’exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

Une fin tragique

L’exposition se clôt bien sûr par le manuscrit de Nadja placé dans une vitrine et ouvert à la dernière page du roman où figure « La beauté sera convulsive ou ne sera pas ». À côté ont été reproduits les certificats de placement de Léona Delcourt, qui termine sa vie dans un hôpital psychiatrique de Bailleul. Une fin tragique pour un roman exceptionnel que cette exposition donne envie de lire ou relire.

Manuscrit de Nadja (1927) d’André Breton, présenté dans l’exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

D’autres héroïnes aux musées

Poursuivant sa politique d’expositions thématiques à travers l’ensemble des musées de la métropole rouennaise, ici Les Héroïnes, Sylvain Amic propose un bel ensemble de tableaux de Nina Childress en hommage à Simone de Beauvoir au premier étage du musée des Beaux-Arts. En complément, ne manquez pas l’intervention proliférante de Sheila Hicks au musée industriel de la Corderie Vallois à Notre-Dame de Mondeville et la monographie consacrée à Berthe Mouchel (1864-1951), qui a su portraiturer les femmes travaillant à l’usine, à la Fabrique des savoirs à Elbeuf.

Le Tombeau de Simone de Beauvoir (2008) de Nina Childress, présenté dans la saison « Héroïnes », musée des Beaux-Arts de Rouen, 2022 ©Guy Boyer

À VOIR

Exposition « Nadja, un itinéraire surréaliste »
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp, 76000 Rouen
Du 24 juin 2022 au 6 novembre 2022

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