Monet, Matisse, Dufy : 12 expositions d’art moderne à visiter cet été

Cet été, embarquez pour un tour de France des expositions à la rencontre des grands maîtres de l’art moderne. Camoin, le fauve méditerranéen fait escale au musée Montmartre à Paris, tandis que de l’autre côté de la capitale Maillol se révèle en harmonie. La Provence de Dufy illumine l’hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, Van Dongen nous entraîne entre plage et courses hippiques à Deauville et Monet triomphe dans l’art de la métamorphose à l’abbaye de Fontevraud… À Strasbourg, on redécouvre Marcelle Cahn quand à Clermont-Ferrand raconte l’influence de l’Auvergne sur les recherches artistiques de Dubuffet. Découvrez notre sélection de 12 expositions d’art moderne à visiter cet été.

1. Camoin, c’est plus

S’il a eu la chance d’être l’ami de Matisse, Charles Camoin (1879-1965) a surtout connu l’infortune d’être son contemporain. Souvent cité, mais finalement mal identifié, il a vécu dans l’ombre de ce géant. Un paradoxe pour ce maître de la couleur et de la lumière. L’exposition du musée de Montmartre, là-même où Camoin eut un temps son atelier, revient en une centaine de tableaux et dessins, dont certains inédits, sur un parcours d’une évidente cohérence. Coloriste d’une grande subtilité, à la touche souvent expressive, ce Marseillais de naissance creuse un sillon personnel aux côtés des autres tenants du fauvisme, en paysage, portrait et nu féminin. Pour lui, la peinture était le fruit « d’une franchise qui dit tout de suite ce qu’elle a à dire, quelque chose comme le coup de foudre ou le cri du cœur ».

« Charles Camoin »
musée de Montmartre
12, rue Cortot, 75018 Paris
Jusqu’au 11 septembre

Charles Camoin, Lola sur la terrasse, 1920, 1920, h/t, 33 x 41cm, détail, Coll. Part. ©Archives Coll. Part. ©Archives Camoin.

2. Le monde secret de Marcelle Cahn

En 1980, un an avant sa disparition, Marcelle Cahn fait don aux musées de Strasbourg de quelque trois cent cinquante œuvres couvrant près de soixante ans de création. Le musée d’Art moderne et contemporain en propose cet été la présentation la plus complète à ce jour, enrichie de nombreux prêts. Ainsi se révèle dans toute son ampleur l’œuvre de cette artiste secrète. Formée auprès de Léger et Ozenfant à l’orée des années 1920, elle adhère aux principes du purisme. Elle s’éloigne bientôt de cette peinture figurative au profit d’une abstraction qui allie qualité de construction et improvisation lyrique. Dans les dernières années de sa vie, elle se consacre à la pratique du collage, approfondissant son étude de l’espace à l’aide de matériaux aussi modestes que divers (autocollants, laine, enveloppes, lames de rasoir, tickets de métro…).

« Marcelle Cahn. En quête d’espace »
musée d’Art moderne et contemporain
1, place Hans-Jean-Arp, 67000  Strasbourg
Jusqu’au 31 juillet

Marcelle Cahn, Les Trois Raquettes, 1926, h/t, 59 × 70cm, Cholet, Musée d’art et d’histoire. ©Alexandre Production.

3. Jean Arp, les affinités électives

Éditeur, poète et artiste actif à Alès, Pierre André Benoit a entretenu, de 1948 à 1966, une longue relation artistique, littéraire et amicale avec Jean Arp. En 1950, il publie Souffle, un premier recueil de l’Alsacien. Succéderont plusieurs projets communs qui rythment l’exposition d’Alès, « Jean Arp. Un jour, des années, une vie », réunissant une centaine d’œuvres (gravures, dessins, tableaux, collages, reliefs et sculptures) et autant de documents (livres, revues, lettres). Les deux hommes partagent une même spiritualité qui affleure dans Le Chemin resserré, publié par Benoit en 1966. Sur l’exemplaire offert à Arp, une dédicace rappelle que la mission du poète et de l’artiste est de « rendre sensible aux hommes qui oublient trop les anges […] ce que l’on entend sur les chemins montants plus ou moins resserrés ».

« Jean ARP. Un jour, des années, une vie »
musée-bibliothèque Pierre André Benoît
52, montée des Lauriers, 30100 Alès
Jusqu’au 4 octobre

Pierre André Benoit Main d’Arp, 1955, éditions PAB© Alès, Musée PAB.

4. Dufy ou le plaisir de la couleur

En 1908, Raoul Dufy retrouve Georges Braque à L’Estaque, dont les coteaux sont encore hantés par le fantôme de Cézanne. Ensemble, ils explorent les possibilités constructives de l’art cézannien. Un travail méthodique qui offre à Dufy des outils pour exprimer sa vision, mais aussi s’émanciper de l’impressionnisme et de l’emprise de Matisse. Ce moment provençal se caractérise par un chromatisme austère, réduisant la palette à des accords de verts et d’ocres. Mais l’artiste normand revient bientôt à un coloris aussi intense que lumineux, affranchi du dessin comme de la composition. Ce sont toutes ces nuances qui se dessinent dans l’exposition d’Aix-en-Provence. Plus de quatre-vingt-dix œuvres (peintures, dessins, céramiques) cernent le monde insouciant de Dufy, tout de plaisir et d’allégresse, peuplé de promeneurs, de baigneuses, de navires…

« Raoul Dufy, l’ivresse de la couleur »
Hôtel de Caumont
3, rue Joseph-Cabassol, 13100 Aix-en-Provence
Jusqu’au 18septembre

Raoul Dufy Régate avec des mouettes, v. 1930, h/t, 81 x 100cm, Paris, MAMVP. ©Paris Musées/Musée d’art moderne.

5. Le monde idéal de Maillol

Maillol est d’abord peintre, proche des Nabis, et se confronte comme eux à la question du décor. Le corps féminin, décliné sur de multiples supports, apparaît déjà comme un leitmotiv avant de former le cœur de son travail de sculpteur, auquel il se consacre tardivement, à l’âge de 34 ans. Loin de l’expressionnisme d’un Rodin, Maillol cultive un idéal d’harmonie et cherche à revivifier la grandeur sereine de l’Antiquité, fidèle en cela à ses racines méditerranéennes. À partir de 1905, on le voit ainsi s’en tenir à un répertoire de formes limité, poursuivant une quête de synthèse libérée de toute anecdote. Le musée d’Orsay lui offre une rétrospective attendue de plus de deux cents œuvres où, à côté des sculptures et des peintures, dessins et carnets de croquis inédits offrent une vision nouvelle de son processus créatif.

« Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie »
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur, 75007 Paris,
Jusqu’au 21 août

Aristide Maillol, La Montagne, 1937, pierre, 176 x 185 x 78cm, Lyon Musée des Beaux-arts. ©Photo de presse RMN

6. Picabia/Ingres, la pêche à la ligne

En 1873, Édouard Gatteaux publie un album regroupant cent vingt dessins d’Ingres, dont une grande partie venue du musée de Montauban. Opportunément réédité en 1921, cet ouvrage tombe entre les mains de Francis Picabia, qui pille allègrement dans ce corpus pour concevoir des projets de couvertures, destinés aux revues «391» et «Littérature». Toutefois, pour masquer son emprunt, l’artiste dada se livre à diverses manipulations et combinaisons, dont «Picabia pique à Ingres» nous livre les dessous. Si l’exposition se focalise sur la production graphique des années 1920, elle montre aussi comment les tableaux consacrés aux Espagnoles ou aux nus se réfèrent également à Ingres sur un mode ironique. Une façon pour Picabia de moquer les partisans du retour à l’ordre et à la tradition, qui se revendiquent du maître de Montauban.

« Picaba pique à Ingres »
musée Ingres Bourdelle
19, rue de l’Hôtel-de-ville, 82000 Montauban
museeingresbourdelle.com
du 7 juillet au 30 octobre

Francis Picabia Dresseur d’animaux,1923, Ripolin sur toile, 250 x 200cm, détail Paris Centre Pompidou-MNAM. ©Photo de presse RMN

7. Les métamorphoses de Monet

Monet encore et toujours… Ou comment des principes à peu près constants ont enfanté, sur plus de cinquante ans, une peinture en perpétuelle transformation. Car Monet s’en est toujours tenu à cette esthétique de la sensation colorée attachée à l’impressionnisme, à ce désir jamais assouvi de retenir l’instant fugace. Mais la lumière sans cesse changeante s’est chargée de mettre à l’épreuve la technique de l’artiste, en l’entraînant vers des horizons inédits, où le réel se dissout dans la peinture. Ce parcours, on peut le suivre dans l’exposition organisée par le tout récent musée d’Art moderne de Fontevraud, en partenariat avec le musée Marmottan Monet. Des Tuileries en 1875 aux ultimes Nymphéas, une trentaine de tableaux montrent ainsi par quels procédés, comme la série, Monet tente d’appréhender un monde insaisissable.

« Métamorphoses. Dans l’art de Claude Monet »
musée d’Art moderne-Collections nationales Martine et Léon Cligman
49590 Fontevraud-l’Abbaye
Jusqu’au 18 septembre

Claude Monet Vallée de la Creuse, effet du soir, 1889, h/t, 65 x 81cm, détail ©Paris, Musée Marmottan Monet

8. Quand l’Auvergne inspirait Dubuffet

De juillet1954 à janvier1955, quand Lili, l’épouse de Dubuffet, se fait soigner au sanatorium de Durtol, le peintre arpente les campagnes où il glane les motifs de séries comme les Vachesou les Herbes, et collecte des « scories, laves et pierres volcaniques » qui répondent au désir de « faire des tableaux doués d’un caractère lourdement matériel ». La ténébreuse pierre de Volvic entre ainsi dans la composition des Petites Statues de la vie précaire. Dubuffet ne perd pas de vue son intérêt pour l’Art brut et débusque aussi de singulières sculptures en lave, devenues célèbres sous le nom de « Barbus Müller ». L’exposition de Clermont-Ferrand ressuscite cet épisode auvergnat et l’amitié avec l’écrivain Alexandre Vialatte qui, dans les pages du journal «La Montagne», a souvent loué le travail de l’artiste.

« Dubuffet et l’Auvergne »
musée d’Art Roger-Quilliot
place Louis-Deteix, 63100 Clermont-Ferrand
Jusqu’au 30 octobre

Antoine Rabany (1844-1919), Sculpture Barbu Müller. France, Auvergne, Chambon-sur-Lac, Fin XIXe -début XXe siècle. Roche volcanique (trachyte). 42 x 23 x 20,5 cm. Anc. coll. © Musée Barbier-Mueller, photo Luis Lourenço.

9. Céret à l’École de Paris

Dans les premières décennies du XXe siècle, salons, galeries, académies, collectionneurs et critiques forment à Paris une sorte d’écosystème favorable pour les artistes. Qu’ils cherchent la reconnaissance ou la liberté, peintres et sculpteurs affluent alors de toute l’Europe et renforcent ainsi le rôle central de la capitale française. L’exposition de Céret rend compte de ce foisonnement de deux façons. D’une part, elle met en valeur le rôle de ces artistes venus d’ailleurs dans l’éclosion du fauvisme, du cubisme et de l’abstraction, avec Picasso, Gris, Kupka et Van Dongen, mais aussi Survage et Marcoussis. D’autre part, l’accent est porté sur les foyers de cette présence étrangère comme La Ruche, où vivent Chagall et Soutine, Lipchitz et Zadkine, ou encore Montparnasse, autour de la personnalité de Modigliani.

« Chagall, Modigliani, Soutine & Cie. L’école de Paris (1900-1939) »
musée d’Art moderne
8, bd Maréchal-Joffre, 66400 Céret
du 9 juillet au 13 novembre

Edgar Hereford Collines, maisons et jardin, 1925, h/t, 51 x 61cm Coll. Privée.

10. Collioure cosmopolite

Lorsque Derain et Matisse débarquent à Collioure en 1905, le Polonais Jean Peské les y a précédés deux ans plus tôt. Ainsi, à l’orée du siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le petit port méditerranéen va devenir un foyer artistique international. C’est l’histoire que raconte l’exposition «Collioure, Babel des arts». Une histoire marquée par la venue de peintres d’Allemagne et de Scandinavie, de Pologne et de Grande-Bretagne. Certains comme Hans Purrmann, le disciple de Matisse, n’y séjournent qu’une saison, d’autres s’y enracinent, à l’instar de Rudolf Ihlee qui y vit de 1922 à 1939. Si la plupart de ces artistes sont séduits par la lumière du Midi, la façon dont elle intensifie la sensation colorée, d’autres comme Mela Muter et Anta Rupflin sont plus sensibles à l’âpreté du territoire et à sa mélancolie.

« Collioure, Babel des arts. 1905-1945 »
musée d’Art moderne
4, route de Port-Vendres, 66190 Collioure
Jusqu’au 3 octobre

František Kupka, Disques de Newton. Étude pour Fugue à deux couleurs, 1911-1912, h/t, 49,5 x 5cm, Paris Centre Pompidou-MNAM. ©Photo de presse RMN

11. Matisse/Hockney, accords majeurs

Une peinture solaire, un coloris intense étalé en larges plages, une atmosphère émolliente de villégiature estivale… Matisse ? Hockney ? On peut reconnaître les deux artistes dans cette description succincte, tant leurs toiles semblent dépeindre un même univers, où « tout est luxe, calme et volupté ». Les quarante œuvres du Britannique accrochées dans les salles du musée Matisse de Nice, qui datent des années 1960 à aujourd’hui, viennent opportunément souligner cette filiation. Au fil des face-à-face, d’autres affinités se dessinent, dépassant la simple convergence thématique. Ainsi, dans leurs peintures, se noue une continuité sensible entre l’espace de l’atelier et ses objets, entre l’intérieur et le paysage, sans oublier la relation si particulière que les deux artistes entretiennent avec leurs modèles. Matisse/Hockney, accords majeurs

« Hockney-Matisse. Un paradis retrouvé »
musée Matisse
164, avenue des Arènes-de-Cimiez, 06000  Nice
Jusqu’au 18 septembre

Henri Matisse, Intérieur à la fougère noire, Vence, 1948, h/t, 116,5 x 89,5cm, Riehen/Bâle, Fondation Beyeler. ©R. Bayer.

12. Van Dongen de retour à Deauville

« Deauville, ça me va comme un gant. J’y retrouve ma clientèle et ça ressemble à la Hollande, à cause de la lumière grise ou de la pluie sur la mer », déclare Kees Van Dongen à « Paris Match » en 1959. L’artiste néerlandais fréquente alors Deauville depuis près de cinquante ans. Autant dire qu’il fait partie du paysage, où on le voit hanter les plages et les casinos son carnet de dessins à la main. Ses tableaux à l’expressionnisme tempéré rendent compte de la vie deauvillaise, entre bains de mer et courses hippiques, jeux d’argent et soirées festives. L’exposition des Franciscaines a cette vertu d’accompagner les toiles d’une abondance de documents, notamment des photographies et des caricatures. Devenu citoyen d’honneur, Van Dongen dessine même, en 1961, l’affiche pour les festivités du centenaire de la ville.

« Van Dongen, “Deauville me va comme un gant” »
Les Franciscaines
145 avenue de la République, 14800 Deauville
du 2 juillet au 25 septembre

Paul Poiret et Kees Van Dongen, Deauville, 1929-1931, portfolio, Deauville, Les Franciscaines.

Cet article Monet, Matisse, Dufy : 12 expositions d’art moderne à visiter cet été est apparu en premier sur Connaissance des Arts.