Mémoires du Congo : les lieux fantômes de Gosette Lubondo

Issue d’une famille de photographes professionnels, Gosette Lubondo s’inscrit toute jeune dans un secteur surtout masculin à Kinshasa. Sa première série documentaire, Au fil du temps, en 2013, alors qu’elle est étudiante aux Beaux-Arts, ausculte les infrastructures de transport délabrées. L’œuvre du temps, la mémoire, les traces du passé : les grands thèmes récurrents qui l’occupent sont déjà présents. Sa participation aux Rencontres de Bamako en 2015 élargit son horizon visuel. Travaillant en République démocratique du Congo, elle y capture la mémoire de ses espaces et de ses individus.

Illusions du temps et présences fantomatiques

Avec Imaginary Trip en 2016, Gosette poursuit son travail en mettant en scène des personnages dans un train désaffecté. Par un jeu de superposition de différents clichés qu’elle prend en numérique, elle obtient des effets de silhouettes plus ou moins fantomatiques. Ses présences, énigmatiques et très prégnantes, donnent une dimension supplémentaire à son travail sur le passage du temps. La question de l’héritage postcolonial apparaît clairement dans sa série suivante, Imaginary Trip II, où, utilisant le même procédé, Gosette investit les locaux désertés de l’École centrale, institution phare du pays, créée en 1936 par une congrégation chrétienne. « Je ne livre pas de message critique mais j’interpelle, j’invite à s’interroger », aime-t-elle préciser.

Imaginary Trip #10, 2016 ©️Gosette Lubondo / Courtesy Gosette Lubondo et Angalia

Jouant du contraste, ses images teintées de nostalgie possèdent aussi un humour, une énergie, un bagou que ses personnages impriment à ces saynètes décalées dans lesquelles Gosette s’amuse parfois à prendre place, passant de l’autre côté de l’objectif. Avec le Prix Ruinart, Gosette signe son premier travail hors d’Afrique. Séjournant sur les terres de la prestigieuse maison de champagne, c’est l’aspect immémoriel des savoir-faire qu’elle retient. Le cadre verdoyant des vignes accueille cette fois des personnages que des gestes relient en un ballet mystérieux et fascinant.

Gosette Lubondo, Imaginary trip II #3, 2018 ©️Gosette Lubondo / Courtesy Gosette Lubondo et Angalia

En bref

1993
Naissance de Gosette Lubondo à Kinshasa, RDC.

2014
Diplôme de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa.

2015
Participe aux échanges lors de la 10e édition des Rencontres de Bamako.

2016
Participe à la Biennale de Kampala avec sa série photographique Imaginary Trip.

2018
Deuxième série photographique, Imaginary Trip II, avec le soutien du musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

2020
Lauréate du Cap (Contemporary African Photography) Prize.

2020
Rejoint la galerie Angalia de Meudon.

2021
Lauréate du Prix Maison Ruinart.

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