Marché de l’art : le retour en force de l’art textile

Regardé il n’y a pas si longtemps comme une production d’artisanat « utilitaire », l’art textile connaît une vogue sans précédent. Selon Amélie-Margot Chevalier, codirectrice à la galerie Chevalier, « l’art textile suit le même chemin que la céramique » et l’accélération de cette reconnaissance a eu pour déclencheur deux évènements marquants. Tout d’abord, l’exposition « Decorum » en 2013 au Musée d’Art moderne de Paris, qui a « dépoussiéré » les produits du métier à tisser ; et d’autre part la mise en avant de Sheila Hicks à la Biennale de Venise en 2017, suivie de son exposition au Centre Pompidou en 2018, consacrant le retour en grâce des femmes artistes. Maintenant il est de bon ton, et même incontournable dans toutes les grandes galeries, d’avoir son artiste textile… Cette tendance s’inscrit dans la mouvance actuelle du retour au DIY (Do It Yourself), c’est-à-dire le « fait main ». Or de jeunes artistes pratiquaient déjà cette technique depuis longtemps, sans compter les « historiques ».

Le boom actuel de l’art textile

Très large, le budget pour s’offrir de l’art textile va de 500 € à 500 000, € voire plus, avec des cotes bien établies pour certains artistes, comme Sheila Hicks, Billie Zangewa ou Joana Vasconcelos. Ainsi Billie Zangewa, née en 1973 au Malawi, a créé la surprise à la galerie Templon avec ses tableaux en chutes de soies brodées, tous vendus le soir du vernissage parfois à plus de 100 000 €, alors que personne ne la connaissait et qu’il y a quinze ans le prix de certaines de ses pièces oscillait entre 3 000 € et 5 000 €…

Josep Grau-Garriga, Granada, 1970, textile, 200 x 165 cm ©Michel Soskine Inc

De même, Sheila Hicks a mis très longtemps à être reconnue. Et sa cote a littéralement explosé tout récemment, comme en témoignent les Torsades émeraude de 2017 proposées autour de 50 000 € à 100 000 € chez Frank Elbaz à Art Paris, au même niveau de prix que l’artiste espagnol Josep Grau-Garriga, exposé par Michel Soskine Inc.

Sheila Hicks, Torsades émeraude, 2017, textile, 62 x 47 cm ©Galerie Frank Elbaz, Paris

Une reconnaissance tardive en France

On assiste aussi au retour de créatrices plus historiques telles Sophie Taueber-Arp et Anni Albers. « Il est très étonnant que cela arrive si tard en France », observe Amélie-Margot Chevalier. « Les pays anglo-saxons et nordiques ont toujours su regarder l’art textile ». Ainsi, il y a deux ans à London Frieze, un département entier était dédié au textile et au fiber art. Art Paris est l’occasion pour la galerie Chevalier de présenter un stand 100% textile qui mélange des œuvres de Françoise Paressant (entre 5 000 € et 10 000 €), Mathieu Ducournau (entre 15 000 € et 20 000 €), Victoria Tanto, Yentele et également Philippe Hiquily.

Mathieu Ducournau, Papillon, 2021, textile, 131 x 131 cm ©Galerie Chevalier, Paris

L’attention sur ce marché se porte aussi vers des artistes comme Magdalena Abakamowicz, Olga de Amaral, El Anatsui, Simone Pheulphin, Ghada Amer, Tomàs Saraceno, Ernesto Netto, Shiharu Chiota, Judith Scott, Caroline Achaintre…  « L’art textile suscite vraiment un coup de cœur, car il a toujours énormément de présence. »

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