Lutte contre le racisme, anticolonialisme, féminisme : les combats contemporains à l’honneur à la Biennale de Venise 2022

Une nouvelle ère commence à la Biennale d’art contemporain de Venise. Lors de l’ouverture de sa 59e édition samedi dernier, l’incontournable manifestation de la Sérénissime a remis ses prix au Ca’ Giustinian. La sculptrice Simone Leigh a notamment reçu le prestigieux Lion d’or de la meilleure participante, Sonia Boyce a été récompensée du Lion d’or de la meilleure participation nationale pour le pavillon britannique tandis qu’une mention spéciale a été décernée au pavillon français représenté par Zineb Sedira. Avec ce palmarès 2022, la Biennale honore des artistes femmes noires, inuites ou encore issues de la première génération d’enfants immigrés, qui mettent en lumière des sujets souvent éclipsés de l’histoire de l’art mais qui sont on ne peut plus dans l’air du temps.

Des histoires passées sous silence

80 %. Tel est le nombre d’artistes femmes choisies par Cecilia Alemani, la commissaire générale. Il est donc naturel que celles-ci occupent principalement le palmarès des Lions d’or. Simone Leigh, première femme noire à représenter les États-Unis à la Biennale, a fait sensation dès les premiers jours sur les réseaux sociaux avec sa Brick House (2019) qui ouvre l’exposition internationale « The Milk of Dreams ». Le jury, présidé par Adrienne Edwards (États-Unis), et composée de Lorenzo Giusti (Italie), Julieta González (Mexique), Bonaventure Soh Bejeng Ndikung (Cameroun) et Susanne Pfeffer (Allemagne), l’a récompensée pour ses sculptures monumentales, présentes à l’Arsenale et au pavillon américain, qui célèbrent le corps des femmes noires et dénoncent l’exploitation raciale.

Simone Leigh au pavillon des Etats-Unis durant la Biennale de Venise. Photo Marco Cappelletti/Courtesy La Biennale di Venezia

Avec le Lion d’or de la meilleure participation nationale pour le pavillon britannique, le jury a également salué Sonia Boyce et « Feeling Her Way » qui « propose une autre lecture des histoires par le son » et « révèle une multitude d’histoires qui sont restées inaudibles ». L’installation vidéo de cette figure du « Black Art Movement » depuis les années 1980 réunit cinq musiciennes noires ou métisses qui représentent la musique par l’image. « En travaillant avec d’autres femmes noires, elle déballe une multitude d’histoires passées sous silence », explique le jury.

Sonia Boyce et le pavillon de la Grande-Bretagne recevant le Lion d’or de la meilleure participation nationale lors de la cérémonie de remise de prix samedi dernier. Photo Andrea Avezzù/Courtesy La Biennale di Venezia

Le jury a attribué le Lion d’argent pour un jeune artiste prometteur à l’exposition internationale au Libanais Ali Cherri qui « explore les déphasages temporels entre des mondes anciens et des sociétés contemporaines dont les logiques tendent entre la constitution d’une origine fondatrice et le mythe d’un progrès illimité », explique sa galerie Imane Farès. Il présente dans « Milk of Dreams » sa série de sculptures Titans (2002).

Titans (2002) d’Ali Cherri présentés à la Biennale de Venise 2022. Courtesy La Biennale di Venezia

Reconnaître les violences de l’entreprise coloniale

Deux mentions spéciales aux participations nationales ont été décernées par le jury. Une première à la France pour son pavillon « Les rêves n’ont pas de titre » de Zineb Sedira « pour avoir regardé l’histoire complexe du cinéma au-delà de l’Occident et pour les multiples histoires de résistance dans son travail », décrit le jury et une seconde à l’Ouganda, qui participe pour la première fois à l’événement de la cité des Doges.

« Les rêves n’ont pas de titre » (2022) de Zineb Sedira, présenté dans le pavillon français, Giardini, Biennale d’Art contemporain de Venise, 2022 (©Guy Boyer)

Deux autres mentions spéciales aux artistes ayant participé à l’exposition internationale « The Milk of Dreams » ont été attribuées. La première a distingué l’œuvre de l’Inuite Shuvinai Ashoona : « Reconnaissant les violences de l’entreprise coloniale, Ashoona, dans son travail, propose des échappatoires possibles au cul-de-sac en écoutant, les connaissances autochtones », souligne le jury. La seconde a mis en lumière celle de Lynn Hershman Leeson « pour avoir indexé les préoccupations cybernétiques qui parcourent les expositions de façon éclairée et puissante qui incluent également des moments visionnaires de sa pratique précoce qui a prédit l’influence des technologies dans notre vie quotidienne ».

Shuvinai Ashoona à la 59e Biennale de Venise. Photo Marco Cappelletti/Courtesy La Biennale di Venezia

Enfin, deux Lions d’or pour l’ensemble d’une carrière ont été remis à l’Allemande Katharina Fritsch, pour ses sculptures aux couleurs vives dont elle s’amuse à changer l’échelle, et à la Chilienne Cecilia Vicuña, pour ses tableaux à l’esprit surréaliste.

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