Les tarots de la Renaissance au Surréalisme : de petits chefs-d’œuvre de la peinture

À travers la grande collection réunie grâce aux prêts de France et de l’étranger, le Musée français de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux met en lumière l’art des cartes de tarot, de la Renaissance à nos jours. Les dessins représentent tout aussi bien des figures diaboliques et angéliques, des princes et des cavaliers, que des créations polymorphes surréalistes, ou bien des œuvres contemporaines liées à au climat ou à la démographie. Venez admirer, jusqu’au 13 mars, des chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne, et les différentes déclinaisons du célèbre jeu de cartes en six siècles.

La carte du chevalier

Dans l’optique de son futur Musée français de la carte à jouer (ouvert en 1997), la Ville d’Issy-les-Moulineaux avait acquis en 1992 cette carte enluminée du XVe siècle (ci-dessous), identifiée comme étant l’atout du Chariot. Depuis, elle a été rapprochée d’un cavalier conservé à Varsovie. Les deux cartes font partie du même jeu, démembré au fil du temps. L’artiste, anonyme, est depuis désigné comme le comme le « Maître du Chariot d’Issy »…

Maître du Chariot d’Issy, Le Chariot, Milan, vers 1441-44, dessin à l’encre, tempera, fond d’encre estampé © Musée Français de la Carte à Jouer / F.Doury

Des cartes de prestige ?

Le denier porté par le cavalier de Varsovie (ci-dessous) est gravé d’un mors stylisé, emblème des Visconti de Milan. Sur celui de ce valet d’un autre tarot, on reconnaît la guivre, autre emblème de cette famille princière. « Il est probable que de telles cartes furent des objets de prestige, faits pour être admirés et destinés très exceptionnellement au jeu, pour des occasions particulières », décrypte Thierry Depaulis.

Peintre milanais anonyme, Valet de deniers, Milan, vers 1450 © Landeshauptstadt Hannover, Museum August Kestner / Christian Rose

Un jeu de cartes surréaliste

En 1941, André Breton et plusieurs artistes surréalistes fuient le nazisme à Marseille, encore en zone libre. En attendant leurs visas pour les États-Unis, ils créent, lors d’ateliers collectifs, un jeu illustré de 54 cartes, inspiré du tarot. Les honneurs, rois, reines et valets, deviennent mages, sirènes et génies, la flamme remplace l’épée, l’étoile le denier… Le Joker est une reproduction d’un dessin du Père Ubu d’Afred Jarry, comme un hommage à cet écrivain de l’absurde.

Le Jeu de Marseille, jeu de cartes surréaliste, Paris, Centre Pompidou-Mnam ©RMN-GP

« Chaque honneur est remplacé par un personnage de l’univers surréaliste, tiré au sort par l’artiste qui doit le représenter. Parmi eux, Freud, Baudelaire ou la médium Hélène Smith », explique Guillaume Theulière, conservateur au musée Cantini. « Jacqueline Lamba s’inspire de l’esthétique amérindienne. Le dessin de Brauner rappelle les modestes moyens matériels à la disposition des artistes ».

Études pour Le Jeu de Marseille : jeu de cartes surréaliste,1940-1941 ; Jacqueline Lamba, Baudelaire. Génie d’amour – Flamme, collage, encre de Chine et gouache, 27,9 x 16 cm, Marseille, Musée Cantini ©RMNG-GP

Les cartes dans le sillage de l’art contemporain

En 2020, en hommage au jeu des surréalistes, l’American Gallery de Marseille crée un nouveau jeu de cartes avec la graphiste Françoise Oppermann, et des œuvres des artistes Julie Dawid, Claire Dantzer ou Gérard Traquandi. Les thèmes sont contemporains : le climat, la démographie, la pollution. Le jeu, édité par l’association culturelle marseillaise L’Art prend l’air, a été présenté à l’occasion du salon de dessin contemporain Paréidolie.

Jérémie Delhome, Valet Puce – Le Cable, nouveau Jeu de Marseille ©️Jérémie Delhome

Des tarots à la Biennale de Venise

La peintre libanaise Mouna Rebeiz va représenter la République de San Marino à la Biennale Venise. Dans l’église anglicane Saint-Georges, entre l’Accademia et la Punta della Dogana, elle mettra en scène les arcanes du tarot dans en scène dans un parcours où une intelligence artificielle livrera des oracles au spectateur. « Le Covid 19 et la perte de repères qu’il a engendrée qu’il a engendrée m’ont imposé ce thème. À l’heure des réseaux sociaux tout-puissants, je me suis demandée si une intelligence artificielle pouvait prédire l’avenir des hommes », explique l’artiste.

Mouna Rebeiz, Le Diable, 2021, une des vingt-deux cartes inspirées du Tarot de Marseille, aluminium poli ©Alberto Ricci

À VOIR

L’exposition « Tarots enluminés, chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne », Musée français de la carte à jouer, 16, rue Auguste-Gervais, 92130 Issy-les-Moulineaux, museecarteajouer.com, jusqu’au 13 mars
Musée Cantini, 19, rue Grignan, 13006 Marseille, musee-cantini.marseille.fr
Biennale de Venise, labiennale.org, du 23 avril au 27 décembre

À LIRE

Le catalogue de l’exposition d’Issy-les Moulineaux, collectifs, ed. Lienart (168 pp, 20 €)

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