Les paysages italiens en majesté au musée Granet d’Aix-en-Provence

Un voyage en Méditerranée vous attend au musée Granet… L’institution présente le travail de l’artiste Bernard Plossu (1945-), à travers une centaine de photographies réalisées entre les années 1970 et 2017, sur le thème de l’Italie. Ces œuvres sont mises en dialogue avec une soixantaine de lavis et aquarelles du peintre emblématique de la ville d’Aix, François-Marius Granet (1775-1849). Deux artistes très différents mais qui partagent les mêmes sujets de prédilection… Une « Italia discreta », comme dit le titre de l’exposition. À découvrir jusqu’au 28 août.

Un dialogue entre les mémoires

Quoi de plus naturel pour le musée Granet, riche de mille deux cents dessins, lavis et aquarelles de François-Marius Granet, que de se pencher sur ces trésors dont les deux-tiers ont été réalisés en Italie dans la première moitié du XIXe siècle ?

Vue sur les fontaines de Corchiano (1802-1830) de François-Marius Granet, présentée dans l’exposition « Plossu/Granet. Italia discreta », musée Granet, Aix-en-Provence, 2022 ©Guy Boyer

En revanche, quelle belle idée de confier à un photographe passionné d’Italie, Bernard Plossu, le soin de se plonger dans ce corpus proche du sien ! L’exposition « Plossu – Granet. Italia discreta » élabore une confrontation qui vire à un véritable dialogue entre les deux artistes distants de deux siècles mais proches dans leurs sujets et leurs démarches. « Le paysage est une affaire de regard, c’est entendu, assure Guillaume Cassegrain dans la préface du très beau catalogue accompagnant l’exposition « Plossu/Granet. Italia discreta ». Notamment lorsqu’il se transforme en motif par l’opération de sélection effectuée par la vue ou lorsqu’il se soumet au cadrage du peintre ou du photographe. Le paysage d’Italie semble posséder, plus qu’aucun autre, cette dimension esthétique qui lui donne valeur d’image ».

Salle des ombres avec, au premier plan, Lucca (2009) de Bernard Plossu et Fabriques vues de l’escalier de l’Ara Coeli à Rome (1802-1830) de François-Marius Granet, exposition « Plossu/Granet. Italia discreta », musée Granet, Aix-en-Provence, 2022 ©Guy Boyer

Du coude ou des clins d’œil

D’images, il en est donc question dans ces cent vingt œuvres superposées, se faisant du coude ou des clins d’œil. Car il existe une parenté entre les productions des deux hommes. Tous les deux créent des paysages dénués (ou presque) de personnages. Tous les deux aiment les perspectives, portes, arches, portiques. Tous les deux surprennent par leurs jeux sur la lumière, maîtrisée (Granet laisse volontiers la feuille vierge pour montrer des lieux saturés de lumière). Tous les deux préfèrent le noir et blanc mais se lâchent parfois sur les couleurs (Plossu est le maître des couleurs saturées, en particulier lorsqu’il s’applique sur les tirages Fresson).

Bernard Plossu, Barga, Toscane, 2009, tirage au procédé Fresson, 18,4 x 27,4 cm, collection particulière

Comment visiter l’exposition ?

Alors comment visiter cette exposition ? Elle est organisée en grands thèmes comme les vedute ou les ombres. Pas question de voir un lieu dessiné par l’un et photographié par l’autre. L’accrochage est beaucoup plus subtil. Lorsqu’il s’agit de représenter les pins maritimes, par exemple, le cliché de Plossu montre ceux de Lucca tandis que le lavis brun et le crayon de Granet se posent sur le monastère des Capucins à Tivoli. Pourtant, même s’il ne s’agit pas du même motif, tous deux montrent le contraste entre la noirceur de l’arbre et les maisons à l’arrière-plan léchées par la lumière.

Salle des vedute avec, au premier plan, Lucca (2009) de Bernard Plossu et Vue du monastère des Capucins et de l’arbre de San Felice à Tivoli (1802-1830) de François-Marius Granet, exposition « Plossu/Granet. Italia discreta », musée Granet, Aix-en-Provence, 2022 ©Guy Boyer

Plus loin, il s’agit de contrejour, de fenêtres ouvertes, d’enfilades de rues. Jamais on ne se lasse de ces rapprochements. L’un met l’autre en valeur, l’un éclaire l’autre. Jusqu’à cette dernière salle où les tirages Fresson de Bernard Plossu fascinent par leur matière poudrée, par leurs couleurs sourdes, par leurs coups de lumière tamisés. En fin de parcours, on partirait volontiers avec quelques œuvres. Pour Granet, sans hésiter, avec La loggia de la Villa d’Este à Tivoli avec ses cadrages savants, l’artiste en train de peindre, et ce rayon de soleil venu de l’extérieur éclabousser le mur de la pièce.

La loggia de la Villa d’Este à Tivoli (1802-1830) de François-Marius Granet, présentée dans l’exposition « Plossu/Granet. Italia discreta », musée Granet, Aix-en-Provence, 2022 ©Guy Boyer

Pour Plossu, et même si c’est plus difficile tant les œuvres sont variées, c’est l’Ile de Capraia avec ces murs rose et jaune comme dans un tableau métaphysique de De Chirico et cette lumière qui s’accroche à un parapet anguleux. On imagine la ville qui se prépare à la fête, le silence avant la musique. Tout est calme et tout peut arriver. Sublime.

Ile de Capraia (2014) de Bernard Plossu, présenté dans l’exposition « Plossu/Granet. Italia discreta », musée Granet, Aix-en-Provence, 2022 ©Guy Boyer

Exposition « Plossut-Granet. Italia Discreta »
Musée Granet
Pl. Saint-Jean de Malte, 13100 Aix-en-Provence
www.museegranet-aixenprovence.fr
Jusqu’au 28 août

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