Les NFTs des chefs-d’œuvre italiens : c’est fini ! L’Italie interdit aux musées de créer de nouvelles copies numériques

Au premier semestre 2021, l’Italie a autorisé les institutions culturelles publiques à s’associer à des compagnies privées pour créer des NFTs (non fungible token) reproduisant les chefs-d’œuvre des collections nationales. Le premier musée qui avait sauté le pas était la Galerie des Offices, qui s’est associée à la société milanaise Cinello pour la création de ses NFTs. Cinello déclare d’ailleurs ne pas créer des NFTs mais plutôt des digitally-encrypted works (DAWs), des œuvres cryptées numériquement. Après une première vente décevante, la reprise du tourisme post-crise sanitaire et l’effondrement du marché des NFTs, la pérennité de l’accord de l’État italien a été remis en cause.

Les NFTs, une nouvelle source de revenus ?

Après une année 2020 catastrophique pour la culture italienne et ses musées, comme beaucoup de leurs voisins européens, l’État italien, via son ministère de la culture, a vu dans le marché des NFTs un moyen de retrouver une sérénité financière pour les musées italiens. Guido Guerzoni, professeur à l’Université de Bocconi à Milan, a déclaré en février dernier, lors du dévoilement des NFTs, à nos confrères de Artnet News : «​​​​​​Les musées ont besoin d’une révolution s’ils veulent survivre. […] En un an de pandémie, les musées européens ont perdu 70 % de leurs visiteurs et entre 70 et 80 % de leurs revenus ».

Tondo Doni, Michel-Ange, vers 1506, tempera sur panneau, 120 cm de diamètre, Musée des Offices. ©Wikimedia Commons – Uffizi

La vente de NFTs semblait alors un moyen efficace de récolter de l’argent. En plus des droits de reproduction, appartenant toujours aux musées, les musées toucheraient un pourcentage sur les reventes des NFTs, trouvant ainsi une nouvelle source de revenus.

Un bilan décevant

Les Offices ont signé, comme plusieurs autres musées italiens, un contrat de cinq ans avec Cinello. L’entreprise a entre autres déjà créé des NFTs du Portrait d’un Musicien (1490) de Léonard de Vinci ainsi que de la Tête d’une jeune fille (1915) d’Amedeo Modigliani. Le contrat original prévoit la création de 40 DWAs.

Portrait d’un musicien, Léonard de Vinci, années 1490, huile sur panneau de bois, 43x31cm, Pinacothèque ambrosienne.
©Wikimedia Commons

En mai 2021, la première œuvre issue de ce partenariat à être vendue est la DAW du Tondo Doni (1505-1506) de Michel-Ange. La vente pour 240 000 euros a rapporté très peu aux Offices puisque Cinello a empoché 100 000 euros. Les 140 000 euros de bénéfices ont été partagés à hauteur de 50 % entre Cinello et les Offices. Le musée florentin ne gagne donc que 70 000 euros dans la transaction. Ce chiffre extrêmement décevant a poussé le ministère de la culture italien à revoir sa position sur la question des NFTs. Le retour des touristes étrangers au cours de l’année 2021 a également dû peser dans la balance.

Un marché à réglementer

Un porte-parole de Massimo Osanna, le directeur général des musées en Italie a déclaré à Art Newspaper : « Étant donné que la question est complexe et non réglementée, le ministère a temporairement demandé à ses institutions de s’abstenir de signer des contrats relatifs aux NFTs […] L’intention fondamentale est d’éviter les contrats injustes ». Le prix dérisoire touché par les musées sur ses ventes est peut-être à l’origine de ce retournement de situation. L’image d’un pays vendant une de ses plus grandes œuvres, même en NFT, pour moins de 100 000 euros est assez peu flatteuse. D’autres institutions importantes ont, elles aussi, essayé de se lancer sur le marché des NFTs avec plus ou moins de succès. Une des expériences les plus concluantes est sans doute le Belvédère de Vienne qui a vendu à l’occasion de la Saint-Valentin, 10 000 reproductions NFT de son chef-d’œuvre Le Baiser de Klimt pour un gain total estimé à 4,5 millions d’euros.

Le Baiser, Gustav Klimt, 1907-1908, huile sur toile, 180x180cm, Belvédère supérieur de Vienne
©Wikimedia Commons – Google Art Project

Tout en continuant ses activités avec les musées Italiens dont le contrat est déjà lancé, comme la Pinacothèque de Brera, Cinello a déclaré via un porte-parole : «Le ministère [de la Culture] n’a pas bloqué nos contrats existants ; il a bloqué la possibilité pour les musées de conclure de nouveaux accords sur les images numériques. Nous espérons que la législation pourra également être rapidement promulguée pour réglementer ce marché».

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