Les Fables de La Fontaine au musée Gustave Moreau à Paris : le bestiaire secret du maître symboliste enfin révélé

La dernière fois qu’on avait pu admirer les 64 somptueuses aquarelles de Gustave Moreau (1826-1898) illustrant les Fables de La Fontaine, c’était à la Belle Époque ! Puis, à l’exception d’une d’entre elles, Le Paon se plaignant à Junon, offerte en 1936 au musée Gustave Moreau, elles retrouvèrent le huis clos d’une collection privée. La présentation de 35 de ces précieuses feuilles au cœur de l’exposition conçue par Marie-Cécile Forest, Dominique Lobstein et Samuel Mandin, est donc un véritable événement. Car loin d’être de hâtives illustrations, ce sont de vrais petits tableaux. Prince de la couleur, Gustave Moreau qui fut le maître de Matisse, y déploie les séductions de sa flamboyante palette. Les pigments si fragiles de l’aquarelle ont conservé tout leur éclat.

Rescapées des pillages nazis

Mais pourquoi « seulement » 35 aquarelles exposées aujourd’hui ? Spoliées par les nazis avec la collection « juive » de Myriam de Goldschmidt-Rothschild (la donatrice de 1936), une partie des aquarelles disparurent sans doute dans l’incendie d’un château tchécoslovaque… Par chance, le musée Gustave Moreau détient un véritable trésor : les 363 dessins préparatoires exécutés par le maître ! Une sélection de ces dessins, certains magnifiquement aquarellés, permet de reconstituer une série cohérente de Fables, dans l’ordre du recueil de La Fontaine. Reproduits sur les cimaises, les détails agrandis de certains d’entre eux rythment le parcours scénographié avec humour et tact par Hubert Le Gall, assisté de Laurie Cousseau.

Vue de l’exposition « Gustave Moreau les Fables de La Fontaine » et de sa scénographie signée Hubert Le Gall, assisté de Laurie Cousseau. ©Jérôme Coignard

Des lions et des grenouilles, vivantes !

C’est donc une véritable immersion dans le travail du peintre qui s’offre au visiteur. Pour préparer ces œuvres, Moreau avait passé des heures au Muséum d’histoire naturelle, croquant sur le vif lions, éléphants, vautours… Quant aux grenouilles, elles lui étaient livrées, vivantes, dans sa maison atelier qui accueille aujourd’hui le musée… Le résultat est irrésistible. À la cocasserie de scènes comme Les Grenouilles qui demandent un roi succèdent de somptueux paysages comme Le Chêne et le roseau ou le visionnaire et crépusculaire La Tête et la queue du serpent.

Gustave Moreau, Les Grenouilles qui demandent un Roi, 1884, aquarelle, 32 × 20,7 cm, collection particulière © Jean-Yves Lacôte

À l’entrée de l’exposition, un portrait d’Antony Roux, grand admirateur du peintre et collectionneur, rend hommage au commanditaire de cette exceptionnelle série. En 1906, souffrant, Marcel Proust n’avait pas pu voir l’exposition Gustave Moreau, se contentant d’en faire acheter le catalogue. Il le regretta ! N’ayez pas de regrets, allez-y ! Et n’hésitez pas à y mener des enfants. Quelle plus belle introduction à l’art raffiné de Moreau que ces Fables si brillamment ressuscitées ?

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