Lee Ufan à Arles : « Le dialogue entre mon travail et ces fragments de ruines est inspirant ». Entretien avec l’artiste

Après le Japon et la Corée, l’artiste sud-coréen Lee Ufan a choisi la France pour ouvrir son troisième centre d’art. Inauguré en avril dernier, celui-ci se développe sur les trois étages de l’Hôtel Vernon, une bâtisse du XVIIe siècle située au cœur de la vieille ville d’Arles, aménagé avec l’aide de l’architecte japonais Tadao Ando. Âgé de 85 ans, celui qui fut le théoricien du mouvement d’avant-garde artistique japonais Mono-ha dans les années 1960, y présente ses sculptures et installations ainsi qu’une trentaine de peintures. Découvrez dans cet entretien les motivations et le regard de l’artiste sur ce projet.

Pourquoi avoir choisi Arles ? Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec cette ville ? La proximité de Cézanne et de la Montagne Sainte-Victoire a-t-elle été importante dans cette décision ?

Lee Ufan : En cherchant un lieu adéquat pour déplacer une partie de ma fondation qui se trouvait à New York, j’ai choisi Arles, une ville charmante qui a une longue histoire depuis l’époque romaine. D’une part, le fait qu’elle soit proche d’Aix-en-Provence et que Van Gogh et Gauguin y aient habité m’a plu. D’autre part, j’ai également adoré le fait que le temps semble s’y reposer tranquillement et que des cultures venues de l’étranger s’y épanouissent. Et l’hôtel Vernon est très bien placé, près des arènes, en plein dans les ruines de la civilisation romaine. Le dialogue entre mon travail et ces fragments de ruines est inspirant.

Vues de Lee Ufan Arles, Hôtel Vernon, Arles, 2022 © Lee Ufan, Adagp, Paris, 2022 Photo. Archives kamel mennour Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

La restauration de l’hôtel Vernon a été réalisée de manière très méticuleuse et respectueuse pour son passé. Quelle est votre relation à l’histoire ? Et aussi, au cours des travaux de restauration, une tête antique en marbre d’Antonin le Pieux, un empereur romain, a été découverte dans le sol de l’hôtel. Quel sens cela a-t-il eu pour vous ?

L. U. C’est un patrimoine culturel et nous devons intervenir le moins possible en respectant au maximum le lieu. Nous avons gardé le plafond et le sol tels qu’ils étaient et nous avons seulement ajouté des cloisons ou peint le mur afin d’utiliser l’espace de façon compactée. Les compagnons charpentiers ont laissé des dates sur les poutres de la toiture. La poutre maîtresse a été posée, en 1708, sept ans avant la mort de Louis XIV. Et, j’ai été ému par la découverte de la tête sculptée d’Antonin le Pieux, retrouvée par hasard pendant les travaux. Je la conserve avec soin comme l’esprit protecteur de ce lieu.

Lee Ufan, Relatum – The Stage, 2022, acier, 190x370x2 cm, pierre naturelle, 40x 40 cm © Lee Ufan, Adagp, Paris, 2022 Photo. Archives kamel mennour Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

Comment « Lee Ufan Arles » est-elle en relation avec votre musée sur l’île de Naoshima, au Japon, et d’autres lieux qui vous sont chers comme le Lee Ufan Museum, à Busan, en Corée ?

L. U.  Aucun de ces lieux ne m’appartient directement. Ils sont soit un musée public et indépendant, soit un établissement géré par la Fondation. J’y apporte mon aide ou je reçois de l’aide de leur part. Ils n’ont, en tout cas, pas de lien direct entre eux.

Lee Ufan, Relatum-Infinity of the Vessel, 2022, acier © Lee Ufan, Adagp, Paris, 2022 Photo. Archives kamel mennour Courtesy the artist and kamel mennour, Parisinoxydable, 40 x 240 cm, pierre naturelle, eau,

À l’hôtel Vernon, vous exposez une œuvre intrigante : une toile entièrement vierge en relation avec une pierre de rivière (Relatum – Silence, 2022). Est-ce le début d’une nouvelle série ? Est-ce en relation avec un certain pessimisme sur l’avenir de l’humanité à l’heure de l’anthropocène ?

L. U. J’ai déjà exposé cette œuvre dans une galerie allemande dans les années 1980. C’est une forme de composition qui conviendrait à la première œuvre d’un peintre ou également à sa dernière …

Vue d’une salle au premier étage de Lee Ufan Arles, Hôtel Vernon, Arles, 2022 © Lee Ufan, Adagp, Paris, 2022 Photo. Archives kamel mennour Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

Centre Lee Ufan Arles
5, rue Vernon, 13200 Arles
https://www.leeufan-arles.org/

Cet article Lee Ufan à Arles : « Le dialogue entre mon travail et ces fragments de ruines est inspirant ». Entretien avec l’artiste est apparu en premier sur Connaissance des Arts.