Le top 10 des livres d’art du mois de juin

Vous rêvez de prendre du temps pour vous tout en continuant à vous cultiver… et si vous faisiez d’une pierre deux coups ? Profitez des journées ensoleillées pour prendre le temps de vous évader dans un beau livre d’art, depuis le banc d’un parc ou votre canapé. Si vous êtes fan d’architecture et d’urbanisme, vous pourrez visiter des lieux d’exception en faisant le tour du sud de la France, notamment avec Élise Guillerm et Jean-Baptiste Marie qui ont consacré un ouvrage à l’histoire architecturale des villas modernes et minimalistes construites à Arcachon. Mais vous pourrez également réaliser une tournée en Europe de ruines romantiques, avec Frédéric Chaubin, ou encore des Synagogues. Merveilles du Judaïsme avec Leyla Uluhanli. Vous pourrez ensuite finir votre périple artistique au Japon, sur les traces de La Collection d’estampes japonaises de Claude Monet, de Geneviève Aitken et Marianne Delafond. Connaissance des Arts a sélectionné pour vous 6 livres d’art à découvrir en juin.

1. D’un château à l’autre

Si vous aimez les ruines romantiques, les romans de Walter Scott et l’imaginaire d’un Viollet-le-Duc, vous allez adorer ce gros livre des éditions Taschen. Malgré un texte introductif (trilingue) un peu court et des photos inégales, l’ouvrage nous fait voyager à travers l’Europe à la découverte de deux cents châteaux médiévaux. Classés en cinq grands chapitres, les édifices sont regroupés par affinités esthétiques : les constructions primitives massives, les bâtiments à plan circulaire, les donjons s’élevant vers le ciel, les citadelles juchées sur des pitons rocheux, les châteaux aux allures de palais orientaux… Pour chacun, une ou deux photos et une simple légende. Et pour s’y retrouver, une grande carte d’Europe avec les châteaux indiqués pays par pays, qui renvoie à la page correspondante. Parmi nos préférés, l’extraordinaire tour à facettes de Modavio, dans les Marches, imaginée en 1482 par l’artiste et ingénieur « de génie » Francesco di Giorgio Martini. La forteresse de Peracense, à Teruel en Espagne, qui semble avoir été posée par des extraterrestres au sommet d’un bloc de grès rouge. Et les ruines de la forteresse médiévale du Plessis-Macé, en Anjou, dont les contreforts inclinés ont des allures de pyramide maya. De bonnes idées de week-ends ou de vacances.

Stone age, photos et texte de Frédéric Chaubin, trilingue anglais-allemand-français, éd. Taschen, 416 pp., 50 €.

2. Le bassin d’Arcachon, laboratoire littoral

Lieu de villégiature depuis le Second Empire, le Bassin d’Arcachon, de la Dune du Pilat au Cap-Ferret, a « constitué un laboratoire unique pour des architectes modernes, sinon modernistes, qui ont dessiné son actuel visage : des maisons tournées vers l’horizon et à l’abri des regards, avec un large emploi de matériaux naturels », notent l’historienne de l’architecture Élise Guillerm et l’architecte Jean-Baptiste Marie. Ce territoire a été le banc d’essai de figures issues de l’École d’architecture de Bordeaux depuis la fin des années 1950, qui ont rivalisé d’ingéniosité. Modernité dans le plan et lignes épurées pour les villas de l’agence Salier-Courtois-Lajus-Sadirac, minimalisme pour le « gourou sans dogmes » Jacques Hondelatte, asymétrie formelle et mise en œuvre sophistiquée du bois pour les agences Opus et Agora, habitat sur pilotis en aluminium pour Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, lauréats du Pritzker en 2021. À l’image des pins qui traversent l’intérieur de leur villa Dartois au Grand Piquey (1997-1998), le livre fait pénétrer le lecteur dans l’intimité de ces villas en symbiose avec le paysage, à grand renfort de documents d’archives inédits et de photographies contemporaines.
Villas modernes du bassin d’Arcachon, 1951-2021, par Élise Guillerm et Jean-Baptiste Marie, éd. Norma, 288 pp., 45 €.

3. Au temps du purisme

Quatre volumes dédiés aux dessins de l’architecte Le Corbusier (1887-1965) sont prévus. Le premier concernait sa formation à l’École d’art de La Chaux-de-Fonds, où le jeune Suisse Charles Édouard Jeanneret apprend la gravure et la ciselure sur boîtiers de montres, et ses voyages jusqu’en 1916. Voici le deuxième, dédié aux débuts de son activité picturale et à l’aventure puriste à Paris. Auguste Perret le présente en 1917 à Amédée Ozenfant, avec lequel il travaille pour contrer les excès du cubisme et inventer une peinture pure, géométrique, rationnelle. On découvre ses premiers paysages parisiens à la Signac, puis comment il s’empare de formes architecturées pour ses natures mortes harmonieuses. On le surprend sensuel, enfin, lorsqu’il croque une danseuse aux seins en obus ou Joséphine Baker avec une parure de plumes. Un mélange détonant entre la ligne stricte du graphite et les courbes de l’aquarelle.

Le Corbusier. Catalogue des dessins, 1917-1928, tome II,  par Danièle Pauly, AAM éd. avec le soutien du Centre national du livre, 456 pp., 68 €.

4. Synagogues du monde

Depuis la publication en 2001 du très bon livre de Dominique Jarassé sur les synagogues et celle en 2021 du tour d’Europe fait par David Abitbol, aucun livre ne s’était penché sur ces lieux de prière aux formes très variées en fonction des pays et des périodes. Aidée par une pléiade de chercheurs, notamment le rabbin Michael Levin, spécialiste d’architecture contemporaine, la décoratrice d’intérieur Leyla Uluhanli nous entraîne à travers le monde dans ce nouvel ouvrage de Citadelles & Mazenod (qui appartient au même groupe que « Connaissance des Arts »). Des synagogues de l’Antiquité tardive au plan basilical telles que celles de Capharnaüm ou de Chorazin jusqu’aux créations récentes comme celles de Dresde et Amsterdam à l’esthétique minimaliste, on suit un parcours recensant une soixantaine de sanctuaires avec, comme point fort, un focus sur ceux de Pologne, Ukraine, Biélorussie et Russie rarement photographiés.

Synagogues. Merveilles du Judaïsme, par Leyla Uluhanli, éd. Citadelles & Mazenod, 288 pp., 300 ill., 79 €.

5. Urbanisme marseillais

Pour ceux qui connaissent la deuxième ville de France, il semble que les deux mots « urbanisme » et « marseillais » sont antinomiques. Pourtant, ici, les deux auteurs, qui sont intervenus à Cergy-Pontoise et Évry en tant qu’architectes-urbanistes, analysent de manière chronologique l’évolution de la cité phocéenne. De l’Acropole des Ioniens (le quartier moderne du Panier) à la requalification actuelle du centre urbain, on comprend l’expansion de Marseille d’abord autour du Lacydon, puis au-delà des remparts de Louis XIV, enfin vers la Joliette et l’Estaque. Particulièrement édifiante, avec moult croquis et cartes, est l’explication de la planification d’après-guerre, suivie de la reconversion d’anciens quartiers industriels comme la Friche Belle de Mai et l’ancienne usine Gondard. Le plan de Marseille devient alors limpide, évident.

Marseille. Une autre façon de voir la ville à travers son urbanisme, par Marcel Bajard et Gérard Planchenault, éd. Picard, 156 pp., 34 €.

6. Monet collectionneur d’estampes

Fasciné par les arts du Japon, Claude Monet possédait plus de deux cent trente estampes d’une soixantaine d’artistes, dont Utamaro, Hokusai, Hiroshige, Eiri et Eisho ou encore Sharaku. Le peintre vivait à Giverny entouré de ces « images du monde flottant » qu’il avait accrochées dans toutes les pièces de la maison, de l’entrée au Salon bleu en passant par l’escalier, la cuisine, la salle à manger et l’atelier. Inventoriée et léguée en 1966 à l’Académie des beaux-arts après le décès de Michel Monet, second fils de l’artiste, la collection est aujourd’hui conservée dans sa quasi-totalité à Giverny. Publié pour la première fois en 1983, ce catalogue superbement illustré fait l’objet, après celles de 2003 et 2013, d’une nouvelle réédition revue et augmentée. Les autrices ont notamment pu intégrer plusieurs estampes réapparues en 2017 lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, à Hong Kong.

La Collection d’estampes japonaises de Claude Monet, par Geneviève Aitken et Marianne Delafond, éd. Claude Monet Giverny/Gourcuff Gradenigo, 176 pp., 250 ill., 25 €.

7. Broderies et haute couture

Vie exceptionnelle que celle de René Bégué (1887-1987), dit Rébé, qui fournit, durant la moitié du XXe siècle, des pièces de broderie aux maisons de haute couture. Borgne à l’âge de 7 ans, lors d’un jeu d’enfant, il excellera, par son infirmité, dans le dessin à plat. Livreur de dentelles à 15 ans, puis placier, puis dessinateur, il devient, en 1911, seul responsable de l’entreprise Vitet. Il épouse Andrée Pichard, modiste, en 1928. Ils fondent leur propre entreprise qui prend le nom de Rébé en 1934. Elle, possède un esprit créatif ; lui, la technique du dessin. Ensemble, ils vont créer les plus somptueuses broderies : motifs d’inspiration espagnole pour Balenciaga ; fleurs, oiseaux et insectes pour Dior ; bijoux en trompe-l’œil pour Saint Laurent. Nadia Albertini, historienne de la mode (et elle-même brodeuse !) offre, après trois années de recherche, un texte passionnant. Il est servi par une mise en page qui fait la part belle aux photos et images d’archives et surtout aux photos grand format de broderies ou de vêtements. Et met en lumière le métier oublié de la broderie.

Rébé, broderie haute couture, par Nadia Albertini, Éditions Gourcuff Gradenigo, 256 p., 69 €

Rébé, broderies haute couture, par Nadia Albertini, éditions Gourcuff Gradenigo, 256 pp., 69€.

8. Les deux cathédrales d’Arras

Arras fait partie des rares villes françaises ayant eu deux cathédrales sur des sites différents. Après la démolition, au début du XIXe siècle, d’une église gothique de la fin du XIIe siècle maltraitée par la Révolution, la cité adopta en effet, en 1806, l’ancienne abbatiale Saint-Vaast comme nouvelle cathédrale. Ce vaste édifice néoclassique initié à la fin du XVIIIe siècle et achevé en 1834, fut, en outre, après la guerre de 1914-1918, sauvé de la ruine par une savante restauration. Fruit d’un colloque tenu en 2017, cet ouvrage regroupant dix-neuf articles à thématiques variées tenant compte de fouilles récentes et de connaissances revisitées pour éclairer, notamment, les caractères originaux de la cathédrale gothique, figure désormais comme incontournable monographie sur ces deux édifices religieux majeurs.

Les Cathédrales d’Arras, du Moyen Âge à nos jours, sous la direction de Laurence Baudoux-Rousseau et Delphine Hanquiez, Ateliergaleriédition, 440 p., 35 €.

9. Le parlement chez les Bourbons

Occupant un vaste périmètre historique au cœur de Paris, l’Assemblée nationale, servie jusque-là par des publications épuisées, dont celle (1998) relative au patrimoine de l’institution, vient de bénéficier d’un livre digne de son sujet. Fondé sur de précieuses notes inédites rassemblées par un fonctionnaire de l’Assemblée, Georges Catulle (1885-1956), il dresse l’histoire du palais édifié dans les années 1720 pour une princesse de la maison de Bourbon-Condé avec l’hôtel de Lassay voisin, puis celle de son affectation parlementaire à partir de 1798, le XIXe siècle ayant été l’époque des plus grands enrichissements et transformations du lieu. Une belle illustration ainsi que de nombreux plans rendent encore plus agréable et vivante la lecture de ce livre riche en informations et, parfois, en épisodes historiques oubliés.

Le Palais Bourbon, trois siècle d’histoire d’après un manuscrit inédit, éd. du Patrimoine/ Centre des Monuments nationaux, 184 p., 20 €.

10. Le patrimoine de A à Z

Un livre qui manquait ! Car si l’idée de patrimoine et l’évocation de ses grandes figures historiques ont pu faire l’objet de colloques et d’ouvrages particuliers, aucun livre ne traitait le sujet sur une période aussi large – de la fin de l’Antiquité à nos jours – sous forme d’entrées alphabétiques soigneusement sélectionnées mêlant personnalités, institutions et lieux marquants. Dues à Patrice Béghain et Michel Kneubühler, tous deux fins connaisseurs du patrimoine, les notices érudites à valeur d’essai de ce dictionnaire se trouvent de plus suivies de bibliographies actualisées. Témoignant d’une « aventure de l’esprit » sans fin puisque, dans son sens large, le patrimoine concerne toutes les marques de l’homme socialisé, cet ouvrage d’une richesse sans égal permettra également à chacun d’approfondir les problématiques propres au patrimoine.

Dictionnaire histoire du patrimoine, par Patrice Beghain et Michel Kneubühler, FAGE éditions, 704 p., 45 €.

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