Le mystère des origines de la peste noire enfin résolu grâce à l’archéologie?

Où et quand a démarré la peste noire ? Jusqu’à présent, le doute planait quand à l’origine de l’épidémie ayant décimé près de 60% de la population en Europe de 1347 à 1353. Une équipe de chercheurs de l’institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) a publié mercredi 15 juin dans la revue scientifique interdisciplinaire et internationale « Nature » une étude d’un site funéraire médiéval situé près du lac d’Issyk-Kul dans l’actuel Kirghizistan, qui serait le point de départ de la Mort noire. Après avoir analysé des pierres tombales et l’ADN de sept individus enterrés dans les cimetières de Kara-Djigach et de Burana dans la vallée de Tchouï, les spécialistes ont réussi à identifier les premières traces de la bactérie Yersinia pestis, responsable de la maladie.

Une épidémie de « pestilence »

« Des fouilles réalisées à la fin du XIXe siècle dans le cimetière avaient montré un nombre disproportionné de pierres tombales avec des inscriptions correspondant aux années 1338 et 1339 », expliquent les chercheurs. Découvertes il y a 140 ans, certaines de ces pierres indiquent en langue syriaque (un dialecte d’araméen oriental) que des individus sont morts au cours de ces années d’une « pestilence ». Un événement qui a provoqué de nombreux débats entre scientifiques depuis le XIXe siècle. Alors que certains qui y voyaient déjà la preuve d’un foyer précoce de la peste noire, d’autres ne considéraient pas ces résultats suffisants et justifiaient que la peste aurait pu être confondue avec une autre maladie.

Fouille du site de Kara-Djigach, dans la vallée de Tchouï au Kirghizistan, au pied des montagnes du Tian Shan, réalisée entre 1885 et 1892. © A.S. Leybin, août 1886

Au vu des récentes découvertes, le bacille responsable de l’épidémie qui a dévasté cette communauté commerciale d’Asie centrale, un peu moins de dix ans avant la peste noire, serait le même que celui ayant ravagé l’Europe. Dès les premières analyses, les scientifiques ont identifié l’ADN de la bactérie de la peste sur les restes des individus dont la pierre tombale indiquait la date de 1338. « Nous avons enfin pu montrer que l’épidémie mentionnée sur les pierres tombales était bien causée par la peste », commente Phil Slavin, l’un des principaux auteurs de l’étude et historien à l’université de Stirling, au Royaume-Uni.

Inscription sur la peste dans la vallée de Tchouï au Kirghizistan : « En l’an 1649 [= 1338], et c’était l’année du tigre, dans les bars turcs. C’est la tombe du croyant Sanmaq. [Il] est mort de la peste ». © A.S. Leybin, août 1886

La reconstitution du génome complet de cette ancienne peste et les analyses des sources modernes confirment les premiers résultats. Les liens commerciaux entre ces communautés marchandes de la vallée de Tchouï et d’autres régions d’Eurasie auraient facilité la propagation vers et depuis cette région du monde au cours du XIVe siècle. En effet, les inscriptions sur les pierres tombales, les objets funéraires, les trésors de pièces de monnaie et des documents historiques témoignent de cette histoire commerciale.

Vue des montagnes de Tian Shan. En étudiant les génomes d’une peste ancienne, les chercheurs ont remonté les origines de la Mort noir jusqu’en Asie centrale, près du lac d’Issyk-Kul dans l’actuel Kirghizistan. © Lyazzat Musralina

Des marmottes responsables de la première contamination

Sont-ce des rongeurs du lac d’Issyk-Kul qui sont venus directement contaminer l’Europe ? En 1347, la peste noire entre en Méditerranée pour la première fois via des navires transportant des marchandises et des rats porteurs de puces infectées, toutefois, les scientifiques suggèrent que les données génétiques de l’animal responsable de la première contamination humaine correspondraient à celles d’une marmotte de la région de Tian Shan, vivant au Kirghizistan, en Chine mais aussi au Kazakhstan. Le rat ne serait donc pas le premier responsable de la peste noire.

Enfin, s’il reste encore quelques zones d’ombre à élucider, cette étude montre comment les étroites collaborations entre historiens, archéologues et généticiens permettent aujourd’hui de résoudre de grands mystères de certains épisodes phares de notre histoire.

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