Le château de Fontainebleau expose ses trésors venus du Japon

Cette année, c’est le Japon qui était invité d’honneur au Festival d’Histoire de l’Art, tenu pour sa 10e édition au château de Fontainebleau (du 4 au 6 juin 2021). L’occasion de célébrer les échanges franco-japonais autour d’un programme très dense : œuvres contemporaines d’artistes invités, comme la superbe installation de l’architecte Kengo Kuma présentée par le galeriste Philippe Gravier, cérémonies du thé, ateliers de calligraphie et conférences… Mais c’était aussi l’occasion de découvrir le résultat des recherches menées conjointement par l’INHA et le château, dont le fruit est réuni dans l’exposition « Œuvres japonaises du château de Fontainebleau, art et diplomatie », visible jusqu’au 20 septembre prochain. Il s’agit d’une véritable redécouverte : l’ensemble des pièces offertes en cadeau diplomatique par l’ambassade du Japon au couple impérial en 1864, ainsi que la reconstitution complète de l’itinéraire de l’ambassade en Europe, en 1862.

Naissance du japonisme

Il fallait « réparer un oubli regrettable » selon Marie-Christine Labourdette, présidente du château, qui précise, « ces objets sont aussi la trace tangible d’un épisode majeur de l’histoire diplomatique du Japon qui s’ouvre alors à l’étranger et plus particulièrement à l’Europe. » D’un point de vue artistique, ces présents diplomatiques offerts à Napoléon III participent (avec la découverte de l’art japonais par les frères Goncourt une décennie plus tôt) à la construction de ce qui sera le courant japoniste, dont la naissance s’incarne dans l’Exposition universelle de 1867, quelques années seulement après le long voyage de l’ambassade japonaise.

5. Rouleau peint, fin de l’époque d’Edo (vers 1850-1868), château de Fontainebleau ©RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot

Il convient de rendre honneur à l’équipe franco-japonaise réunie autour de l’exposition : sous le commissariat d’Estelle Bauer, professeure à l’INALCO-Paris et directrice de l’IFRAE (Institut français de recherche sur l’Asie de l’est, ndlr) et de Vincent Droguet, conservateur général du patrimoine et sous-directeur des collections au service des Musées français, Suzuki Hiroyuki, conservateur au musée mémorial de Toyama, Hidaka Kaori, professeure au musée national de l’Histoire du Japon, Miura Atshushi, professeur à l’université de Tokyo et Tagagishi Akira, maître de conférences à l’université de Tokyo, ont constitué un comité scientifique et permis les recherches approfondies que l’on retrouvera dans le catalogue de l‘exposition.

Groupe de trois figures, © RMN-Grand Palais (château de Fontainebleau) / Gérard Blot

L’une des découvertes majeures issue de ces recherches ? Les présents n’accompagnaient pas nécessairement une mission diplomatique mais pouvaient aussi constituer un envoi distinct. Dans le cas présent, deux listes de cadeaux diplomatiques ont pu être recensées, toutes deux en 1864, la première comprenant 39 entrées, la seconde plus courte. En 2019, Suzuki Hiroyuki découvre que les dix kakémonos (i.e. des peintures sur soie encadrées) découverts quelques années plus tôt mais n’ayant pas fait l’objet de recherche plus poussée et désormais visibles dans l’exposition, sont inscrits dans l’une de ces listes, issues des archives diplomatiques japonaises. Grâce à ces archives, le statut de présent officiel de ces kakémonos, mais aussi d’un certain nombre d’objets, de laques, de mobilier, est confirmé, de même que la chronologie de leur arrivée en France.

Paravent japonais à six feuilles, papier peint sur fond d’or, peintre de l’école de Kano, château de Fontainebleau, © RMN-Grand Palais / Adiren Didierjean

Trésors d’une collection

Le retracement des allers et venues des objets au gré des collectionneurs et du marché sont toujours, pour le chercheur, la clef des énigmes de l’histoire d’une collection. Vincent Droguet retrace ainsi l’histoire de ces cadeaux diplomatiques d’un point de vue français et tente d’expliquer le passage de ces pièces par la collection du Duc de Morny, avant leur retour à Fontainebleau. Le conservateur avait déjà étudié la formation des collections du Musée chinois et du Salon des laques d’Eugénie, dont un rappel bienvenu est fait au catalogue.
Le visiteur découvrira ainsi avec bonheur une trentaine d’œuvres présentées dans l’exposition, parmi lesquelles les fameux dix kakémonos à l’origine de la redécouverte, des laques à fond aventuriné, d’or ou d’argent, d’autres objets en argent ou en bronze ciselé, quelques pièces de mobilier…

6. Cabinet ouvrant par deux ventaux sur neuf tiroirs, reposant sur un socle de bois de fer, Fontainebleau, château © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Gérard Blot

L’exposition s’ouvre sur un spectaculaire paravent à six feuilles en bois laqué et bronze, retraçant l’histoire du Passe de Sano. On note aussi un charmant cabinet miniature en ivoire incrusté d’or, d’argent et de nacre, au décor délicat d’oiseaux de branchages et de vagues, que Vincent Droguet compare à d’autres, du même genre, des collections du musée Vivenel à Compiègne et du Louvre, caractéristiques des productions de la fin d’Edo destinées à l’exportation et dont les influences se retrouveront, très distinctement, à l’Exposition universelle de 1867.

40. Coffret avec socle © RMN-Grand Palais (Château de Fontainebleau) / Adrien Didierjean

Ces premiers exemples d’art d’Asie « à la mode française », préfigurant le courant japoniste, ont enfin permis une réflexion plus large, selon les co-commissaires : « au cours de la préparation de l’exposition, il est apparu qu’outre une collaboration franco-japonaise, une inscription dans un cadre plus large, à l’échelle européenne et prenant également en compte les objets conservés aux États-Unis, permettrait de mieux comprendre les cadeaux diplomatiques de Fontainebleau et, probablement, d’en identifier de nouveaux », affirment ainsi Estelle Bauer et Vincent Droguet. D’autres découvertes, on l’espère, et d’autres recherches à suivre, donc.

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