Le château de Chambord pendant la guerre : l’histoire oubliée du sauvetage de milliers d’œuvres d’art

Un soldat allemand montant la garde devant Chambord, des dizaines de caisses alignées dans les salles du château… Ces quelques clichés des années 1939-1945 racontent une histoire peu connue qu’un nouveau parcours de visite, inauguré en novembre dernier, met en lumière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le palais de François Ier, fleuron de la Renaissance édifié à partir de 1519, fut sans doute la plus grande réserve d’œuvres d’art du pays. Ce n’est pourtant pas exactement ce qui avait été prévu.

De la gare de triage…

Au cours des années 1930, face à la montée des périls en Europe, les musées français établissent des plans d’évacuation de leurs œuvres en cas de conflit. Plus de quatre-vingts sites sont choisis pour les accueillir, de préférence des châteaux ou des musées, situés à l’écart des grandes villes et des axes de circulation. Le château de Chambord est alors désigné comme lieu de triage préliminaire avant répartition dans le reste de la France.

Des trésors bien gardés ©Domaine national de Chambord /Sophie Llyod

Avant même la déclaration de guerre, le gouvernement ordonne l’évacuation des collections nationales, qui commence dès le 28 août 1939. Sont concernés les musées du Louvre, de Cluny, de Saint-Germain-en-Laye, des Arts décoratifs, de la Marine, ou encore les châteaux de Versailles, Compiègne et Fontainebleau, et même l’Élysée. Des œuvres insignes conservées en province, comme la tapisserie de Bayeux ou le retable d’Issenheim de Grünewald sont également du voyage, de même que les biens de 94 collectionneurs juifs, confiés à la garde des musées nationaux. Une cinquantaine de convois quittent Paris entre août et septembre 1939, charriant des milliers de caisses. Et encore, certains tableaux, de Versailles notamment, n’ont même pas été emballés, faute de temps.

… au lieu de conservation

S’il est une chose qui ne manque pas dans le château de François Ier – à part les courants d’air –, c’est l’espace. Dès lors, il n’est guère surprenant que la « gare de transit » se soit muée en lieu de conservation. A fortiori lorsque la défaite de juin 1940 contraint de limiter les déplacements routiers. Dans le château, les œuvres sont confiées aux bons soins de conservateurs et de divers fonctionnaires, sous la direction de Pierre Schommer (1893-1973), secrétaire de la Réunion des Musées Nationaux. Comme dans un musée, les tableaux, sculptures et autres objets d’art sont régulièrement inventoriés et inspectés. Tous les ans, les caisses sont ouvertes pour vérifier l’état des pièces et remplacer la paille à l’intérieur. Certaines œuvres sont même envoyées à Paris pour restauration. En juillet 1941, en dépit des protestations des Musées de France, l’équipe de conservation ne peut empêcher la saisie de seize caisses appartenant à des collectionneurs juifs.

Vue in situ du parcours ©Domaine national de Chambord / Sophie Llyod

Menaces sur le château

Si, après le débarquement de Normandie, les hostilités se déroulent loin de Chambord, le dépôt échappe de peu à une catastrophe. Le 22 juin 1944, un bombardier B-24 américain s’écrase à côté du château, projetant de l’essence sur les terrasses et des débris alentour. Quelques mètres plus près, et l’avion pulvérisait Chambord et tous ses trésors… Deux mois plus tard, une colonne allemande en retraite menace d’incendier le dépôt en représailles à la mort de deux des siens sous les balles des FFI. Ils finiront par entendre raison. La guerre terminée, les œuvres commencent en juin 1945, leur retour vers leurs musées d’origine, une opération qui s’étend jusqu’à la fin de l’année 1949.

Chambord, dépôt malgré lui ©Domaine national de Chambord / Sophie Llyod

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