Le Baiser de Brancusi : le Conseil d’État déclare que la sculpture ne quittera pas le cimetière de Montparnasse

Ce nouvel épisode de la saga Brancusi est un véritable camouflet pour les héritiers de Tatiana Rachewskaïa. Ceux-ci essayent depuis plus de 10 ans de récupérer Le Baiser du sculpteur roumain Constantin Brancusi (1876-1957) qui orne la tombe de leur aïeule. S’ils ont, dans un premier temps, obtenu gain de cause en février 2021, la décision du Conseil d’État rendue le 2 juillet semble régler définitivement la question. La plus haute juridiction administrative française a en effet reconnu le caractère « immeuble par nature » de la sépulture dans son ensemble, ce qui inclut la sculpture, acquise spécifiquement pour constituer un monument funéraire. Dès lors, le classement de la tombe de Tatiana Rachewskaïa, décrété en 2010 par le préfet de Paris, a été reconnu légal et pourrait donc être réexaminé.

Une longue saga judiciaire

Décembre 1905. Tatiana Rachewskaïa, une jeune femme russe de 23 ans, se suicide à Paris et est inhumée au cimetière du Montparnasse. Ses parents acquièrent alors auprès de Constantin Brancusi, un sculpteur roumain alors complètement inconnu, la troisième version de son célèbre Baiser, qu’il a décliné en 40 exemplaires. Cette sculpture est placée sur une stèle créée pour l’occasion et orne la sépulture pendant 80 ans sans que personne n’ait rien à y redire. À la faveur de la redécouverte de Brancusi à la fin des années 1990, pourtant, les descendants de la jeune suicidée commencent à réclamer la propriété de la sculpture, afin de la mettre aux enchères. L’État fait alors tout pour empêcher cette mise en vente d’un trésor national, déclare en 2010 que la tombe et Le Baiser font corps, et classe l’ensemble au titre des Monuments historiques. En février 2021 pourtant, les ayants droit obtiennent partiellement gain de cause lorsque la cour administrative d’appel de Paris annule le classement de la sculpture et demande au préfet de réévaluer son descellement.

Le Baiser de Brancusi au cimetière du Montparnasse © Wikimedia Commons

Suite et fin

La justice vient néanmoins de rétropédaler après que la ministre de la Culture a fait appel de la décision de février. Les juges ont confirmé que « la statue a été acquise spécifiquement pour la tombe de la jeune femme, qu’elle est fixée sur une stèle conçue exprès pour l’accueillir, réalisée dans la même pierre que la sculpture et implantée sur la tombe, et que le Baiser et sa stèle font ainsi partie, avec la tombe, d’un ensemble indivisible qui constitue un monument funéraire ». Le Conseil d’État a également estimé que le classement de la sépulture au titre des Monuments historiques était parfaitement légal, loin de l’excès de pouvoir qu’y voyaient les avocats de la partie adverse. Il semble donc qu’à moins d’une pirouette juridique inattendue, cette décision du Conseil d’État mette un terme aux réclamations des ayants droit, qui ne peuvent maintenant plus en faire appel. Un fait ne pouvant être jugé qu’une fois par les tribunaux (après avoir déposé tous les recours possibles), les descendants de Tatiana Rachewskaïa ne pourront pas non plus repartir en procès sur les mêmes bases. Désormais, plus rien n’empêche que l’État réintègre Le Baiser de Brancusi au registre des Monuments historiques.

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