La beauté selon Maillol au musée d’Orsay

Avec plus de 200 œuvres dont 90 sculptures, l’exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie », présentée jusqu’au 21 août au musée d’Orsay à Paris, donne à voir non seulement le parcours de l’artiste marqué à ses débuts par Gauguin et le symbolisme, mais aussi la variété des techniques abordées au début de sa carrière, de la broderie à la céramique. À ceux qui trouvent la sculpture ennuyeuse et qui n’aiment pas les femmes « enveloppées », cette remarquable rétrospective apporte une double bonne nouvelle.

Un coloriste raffiné

Tout d’abord, Aristide Maillol a été peintre, créateur de broderies, céramiste, graveur, avant de s’affirmer dans la voie royale de la sculpture monumentale. Loin d’être une froide galerie de statues, l’exposition est donc riche de couleurs et de textures diverses. Et comme il était proche des Nabis, on verra aussi des tableaux de ses amis Vuillard, Bonnard ou Denis. Et puis l’artiste n’a pas seulement représenté ces « grosses dames » que son amie Misia Natanson détestait. Certaines œuvres l’attestent, tels L’Air et le Monument à Cézanne, femmes longilignes aux formes fuselées, comme suspendues entre ciel et terre…

Vue in situ de l’exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie », © Sophie Crepy

Admirateur de Puvis de Chavannes et de Gauguin, Maillol peintre est un coloriste raffiné mais un peu évanescent. Les arts décoratifs, auxquels une salle est consacrée, lui offrent un champ d’expression plus savoureux : fontaine genre « vieux Rouen » surmontée d’une baigneuse replète, bas-reliefs primitifs taillés dans des rondins de poirier (l’un d’eux conserve l’écorce de l’arbre), cartons et broderies imprégnés de rêverie symboliste se répondent. D’un étonnant tableau, une baigneuse de trois-quarts dos, sans visage (La Vague, vers 1894), naît une série d’œuvres, dessins, broderie, et finalement un bas-relief.

Vue de l’exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie » au musée d’Orsay © Sophie Crepy

Naissance d’un sculpteur

À travers cette belle séquence, on assiste à la naissance de Maillol sculpteur monumental. La réunion des deux versions, marbre et pierre, du premier chef-d’œuvre, « Méditerranée » (1905 et 1923-27) montre que bien avant la Première guerre mondiale, l’artiste a l’étoffe des plus grands. Il a donné corps à son idéal de beauté, un idéal proche de celui du dernier Renoir. Il l’a même épousé ! Car Clotilde Narcis, la jolie brodeuse de Banyuls devenue Mme Maillol, fut d’abord son modèle. « Je relève les jupes de ma femme et je trouve un bloc de marbre », disait-il plaisamment. Méditerranée, c’est elle !

Vue de l’exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie » au musée d’Orsay © Sophie Crepy

Dans les années 1930, il rencontre Dina Vierny, qui sera à la fois le modèle rêvé et la muse du sculpteur. Plus tard, elle se battra sans relâche pour que son grand homme, dont la réputation avait été ternie pendant la guerre, obtienne la reconnaissance qui lui était due. C’est elle qui pose pour La Montagne (1937), véritable morceau d’architecture, ou pour Harmonie, la bien nommée. Alignant sans fatigue une impressionnante série de grandes figures calmes, subtiles variations sur un thème éternel, l’exposition donne aussi à voir les ressorts de la création. Ainsi, de la figure renversée de La Montagne naît La Rivière, seule de ses œuvres où l’artiste s’autorise un mouvement dramatique. Ce corps renversé symbolisait à ses yeux les malheurs de la guerre.

Vue de l’exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie » au musée d’Orsay © Sophie Crepy

« Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie »
Musée d’Orsay, Paris
www.musee-orsay.fr
du 12 avril au 21 août 2022

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