Justine Emard, l’intelligence artificielle au service de l’art

Deux robots se font face. Le cerveau à découvert fait de boîtiers métalliques, de fils et de câbles. Un visage-masque couleur chair pour chacun d’eux. L’un est passif tandis que l’autre cherche à entrer en interaction, déployant ses mouvements en temps réel. Développés avec des laboratoires japonais spécialisés dans l’intelligence artificielle, Alter 1 et Alter 2 ont une vie propre. Avec cette vidéo, Soul Shift (2018), présentée actuellement à Saint-Étienne, Justine Emard s’illustre dans une approche mêlant robotique, neurosciences et intelligence artificielle.

L’émerveillement artistique pour la technologie

Son intérêt pour la 3D, la programmation, la réalité virtuelle, naît à l’adolescence. Parallèlement à sa formation à l’École supérieure d’art de Clermont-Ferrand, sa fascination pour le monde scientifique croît. C’est cet axe qu’elle développe depuis dans son travail, au fil de résidences dans des laboratoires de par le monde.

Justine Emard, Parade for the End of the World, 2016, performance, Justine Emard, Jérémie Bélingard, Keiichiro Shibuya ©️Justine Emard

« Tout comme l’artiste, le scientifique trouve sa propre grille de lecture du monde et ces deux univers ont beaucoup à s’apporter », souligne la jeune femme de 35 ans. Les croisements féconds entre disciplines ponctuent son œuvre, comme le montre encore son installation Parade for the End of the World (2016), inspirée du célèbre ballet moderne Parade de 1917, et créée en collaboration avec le compositeur Keiichiro Shibuya et le danseur étoile Jérémie Bélingard. Du côté du monde naturel, c’est dans l’intelligence collective des abeilles que Justine Emard puise pour activer les jeux lumineux et sonores dans son installation interactive robotisée Supraorganism (2020). Le visiteur évolue dans une pénombre bleutée qu’illuminent de façon intermittente des cloches-sculptures de verre. Art, nature et science : la sainte trinité d’une aube nouvelle.

Justine Emard, Supraorganism, 2020, installation, verre soufflé, robotique, capteurs et système de machine learning, dim. var. @iMal, Bruxelles / Justine Emard Adagp

En bref

1987
Naissance de Justine Emard à Clermont-Ferrand.

2010
Diplôme de l’École supérieure d’art de Clermont Métropole.

2017
Lauréate du programme de recherche et de création hors-les-murs de l’Institut français à Tokyo.

2019
Exposition personnelle « Co(AI)xistence » à la Cinémathèque québécoise, Montréal.

2020
Lauréate de la commande nationale photographique “IMAGE 3.0” du Cnap, en partenariat avec le Jeu de paume.

2021-22
Artiste professeure invitée au Fresnoy, Studio national des arts contemporains, Tourcoing.

2022
Lauréate de la résidence de recherche hors-les-murs du Centre national d’études spatiales (Cnes).

À voir

« L’énigme autodidacte »
Musée d’art moderne et contemporain, Saint-Étienne Métropole
rue Fernand-Léger, 42270 Saint-Priest-en-Jarez,
www.mamc.saintetienne.fr
Jusqu’au 3 avril

« Biomedia, the âge of media with life-like behavior »
ZKM, Centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe

19, Lorenzstrasse, 76135 Karlsruhe
www.zkm.de
Jusqu’au 28 août

« Panorama 24 »
Le Fresnoy, 59202 Tourcoing
www.lefresnoy.net
Septembre 2022

Le site internet de l’artiste : justineemard.com

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