Itinéraire en Savoie : trésors baroques au pied du Mont-Blanc

Sur le maître-autel de l’église de Saint-Nicolas-la-Chapelle, saint Victor et le bienheureux Amédée entourent l’immense baldaquin doré. Le premier arbore un drapeau rouge orné de la croix de Savoie, le second est reconnaissable à sa couronne ducale. Ils rappellent combien ce village du Val d’Arly est lié à l’histoire des ducs de Savoie et en particulier à Victor-Amédée III (1726-1796), qui règne depuis Turin au moment de la reconstruction de cette église décorée de rutilants autels baroques. Le curé Crottet, qui supervise le chantier, le sollicite d’ailleurs vers 1780 car les dons des paroissiens et des émigrés du village ne suffisent pas à couvrir les frais nécessaires à tous ces ornements.

Des artistes venus du nord de Turin

Comme les autres constructions religieuses de cette zone montagneuse au pied du Mont-Blanc, elle a été réalisée par des artistes venus de la Valsesia, au nord de Turin. Il suffit de franchir un col pour que ces architectes, peintres, sculpteurs et doreurs, connaisseurs des subtilités de l’art baroque, puissent répondre aux demandes des Savoyards désireux d’exprimer leur piété.

L’église Notre-Dame de l’Assomption à Cordon a été érigée de 1781 à 1787. © Flore Giraud

Que l’on soit à Saint-Gervais, Combloux, Cordon, Megève, Flumet ou Hauteluce, ces églises se voient de loin avec leurs clochers à bulbes, leurs auvents débordants, parfois ornés de scènes de la vie des saints, et leurs façades plutôt discrètes. Celles-ci sont cependant animées par des porches architecturés ou des trompe-l’œil peints, représentant des pilastres d’angles, des colonnettes de marbres colorés ou des drapés aux courbes et contre-courbes mouvementées. Dès que l’on entre dans ces édifices dont la taille peut surprendre pour de petites communautés rurales, le contraste est frappant. Les murs sont recouverts de fresques, les retables brillent de mille feux d’or et d’argent, les saints s’agitent sur leurs petites consoles et les putti dansent la sarabande sous des guirlandes de fleurs et des bouillonnés de tissus. Tout est théâtre. Les sculptures des autels, aux traits un peu raides et parfois naïfs, se marient à une peinture centrale souvent commandée à un artiste étranger, autrichien ou tchèque car ici on ne regarde pas vers la France voisine mais vers le nord et le Saint-Empire romain germanique.

Vue du retable de l’église Saint-Nicolas-la-Chapelle (Savoie) ©Guy Boyer

Dans la petite chapelle de Saint-Donat et Saint-Léonard des Chattrix, financée par les frères Genamy, des colporteurs saisonniers nés dans le Val Montjoie et installés définitivement en Autriche après avoir fait fortune, l’Assomption de la Vierge est due à Christian Philipp van Bentum, un Flamand travaillant en Silésie. À Saint-Nicolas-de-Véroce, la toile représentant le saint patron et les trois petits enfants dans leur saloir aurait été peinte à Vienne par un certain Antoine Herzog en 1733.

Eglise Saint-Thomas Beckett à Avrieux ©Flore Giraud

La gloire d’une église triomphante

Grâce à la Fondation Facim créée au moment des Jeux olympiques d’Albertville de 1992 et aux efforts de toutes les collectivités locales, ce patrimoine baroque a retrouvé son éclat ou est en train d’être restauré. L’église de Saint-Nicolas-la-Chapelle vient d’être recouverte d’un nouveau toit de tavaillons, des planchettes d’épicéa, et un vaste chantier de restauration de ses fresques intérieures va être lancé l’an prochain après une campagne de mécénat participatif. Car ces petits chefs-d’œuvre sont fragiles. Ils ont souvent été installés sur des sols instables à flanc de montagne, mouillés par la neige qui stagne ou ravinés par les eaux de pluie. Il faut donc un entretien constant pour garder dans toute leur magnificence ces trésors de couleur, de lumière et de mouvement chantant la gloire d’une église triomphante, celle de François de Sales et de Jeanne de Chantal qui diffusèrent leurs messages d’amour dans toute la Savoie catholique face à la Suisse des Réformés.

L’action de la Fondation Facim

Œuvrant pour la connaissance et la valorisation du patrimoine et de la culture en Savoie Mont-Blanc, la Fondation Facim assure l’animation des hautes vallées de Savoie en partenariat avec les collectivités du territoire. Des barrages hydroélectriques au patrimoine fortifié, six itinéraires ont été créés à travers la Savoie et la Haute-Savoie (espérons qu’un jour ces deux départements puissent être fusionnés comme en Alsace !). Des parcours pédestres ou en VTT permettent de rejoindre les quelque quatre-vingts églises, chapelles et oratoires des XVII et XVIIIe siècles. Et pour séduire d’autres publics que les maniaques du baroque, un film d’animation a été commandé au peintre Hervé di Rosa, une composition musicale a été créée par Jean-Baptiste Robin pour une écoute à l’aveugle dans l’incroyable église de Cordon, et des spectacles de théâtre de rue ont réveillé les différents sites pendant tout l’été.

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