Hommage à la Finlande à la Maison Louis Carré : les (petites) merveilles de la nature de Sanna Kannisto

Heureuse rencontre que celle de l’architecture minimaliste d’Alvar Aalto avec les photographies de sa compatriote Sanna Kannisto (née en 1974). À Basoche-sur Guyonne, en bordure de la forêt de Rambouillet, à une quarantaine de kilomètres de Paris, l’architecte finlandais avait bâti pour le célèbre marchand d’art et collectionneur Louis Carré une villa moderniste épousant la pente du terrain et le mode de vie du commanditaire et de son épouse, qui recevaient beaucoup. La maison, classée Monument historique, se visite depuis 2007. Elle a gardé son mobilier d’origine, fonctionnel et chaleureux. Mais les murs, qui ont perdu les Fernand Léger et autres merveilles que l’on voit sur les photos d’archives, accueillent chaque année, à la belle saison, des œuvres contemporaines. Documentaires et si parfaites qu’elles en deviennent irréelles, les photos d’animaux de Sanna Kannisto sont en parfaite osmose avec le décor et la nature environnante.

Les merveilles de la nature

Le titre de l’exposition, « Sense of wonder », suggère l’existence d’ « un sixième sens qui serait la capacité à être curieux, à s’émerveiller », explique la photographe. Dans cette mini-rétrospective, elle nous invite donc à redécouvrir les merveilles de la nature, de la faune et de la flore. Sa démarche, pourtant, ne laisse rien au hasard. Depuis vingt ans, Sanna Kannisto parcourt le monde à la recherche d’espèces rares. Tous les deux ans environ, après avoir obtenu les autorisations nécessaires, elle se rend dans une station scientifique située dans un cadre exceptionnel, souvent des forêts primitives (Pérou, Brésil, Guyanne…), pour y poser un mini-studio blanc qui lui permet d’isoler ses « modèles ».

Vue de l’exposition « Sense of wonder » de Sanna Kannisto présentée à la Maison Louis Carré © Juha Nenonen

15 ou 20 minutes, pas plus…

Pas d’inquiétude, les animaux sont attrapés délicatement par les scientifiques. Lorsque ces derniers ont fini leur travail d’étude et de baguage, ils confient les oiseaux, grenouilles et autres serpents à la photographe, qui les dépose dans sa boîte blanche, dans laquelle elle aura préalablement posé une branche choisie pour sa forme, ses bourgeons ou ses fleurs en boutons, qui servira de perchoir. Si l’animal panique, il est tout de suite relâché. S’il s’adapte à ce décor immaculé, la « pose » peut durer jusqu’à 15 ou 20 minutes, pas une de plus. Le résultat est bluffant. Rappelant les herbiers d’autrefois, les planches dessinées pour le Muséum d’histoire naturelle, les peintures de natures mortes et les estampes japonaises, ces portraits d’animaux sont d’une pureté et d’une beauté saisissantes.

Sanna Kannisto, Ramphocelus costaricensis, 2019, pigment ink-print, 160 X 120 cm © Sanna Kannisto

Fourmis et chauves-souris

Si les photos de grand format présentées dans l’entrée et dans le salon immortalisent des oiseaux, d’autres drôles de petites bêtes envahissent la maison. Dans la chambre de Louis Carré, carrée comme il se doit, on rencontre une grenouille du Costa Rica en voie d’extinction, et une série ancienne montre des fourmis portant des feuilles d’arbre bien plus grosses qu’elles. On imagine l’effet que produirait l’accrochage de dizaines de tirages tout autour d’une pièce…. Et dans la salle à manger, une des toutes premières séries, sur les chauves-souris, crée une atmosphère étrange. Ce ne sont pas des chauves-souris vampires, précise la photographe, mais des spécimens qui se nourrissent de pollen: « la nuit, elles embrassent les fleurs ». Nous voici rassurés.

Sanna Kannisto, Nocturnal visitor, 2008, C-print, 70 x 58 cm © Sanna Kannisto

À Paris aussi…

Avant ou après d’aller à la Maison Louis Carré, on peut aussi découvrir des œuvres de Sanna Kannisto à Paris. À l’Institut finlandais fraîchement rénové, dont le tout nouveau bar, très agréable avec son mobilier de bois blond, bénéficie d’une vue imprenable sur la nouvelle façade du Musée de Cluny. Parallèlement à une sélection d’objets du quotidien « made in Finland », l’exposition « Écoutons la forêt pousser » dévoile jusqu’au 30 juillet plusieurs grands formats d’oiseaux. Et à la galerie La Ferronnerie, rue de la Folie-Méricourt, où l’exposition « Sanna Kannisto, Research on wonder » présente jusqu’au 11 juin des petits et grands formats récents (à partir de 3000 euros).

« Sanna Kannisto : Sense of Wonder »
Maison Louis Carré par Alvar Aalto
https://maisonlouiscarre.fr/mlc/
du 24 avril au 28 août 2022

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