Gallen-Kallela à Paris : l’exposition du musée Jacquemart-André en 5 chefs-d’œuvre

L’artiste Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) élabore des scènes de la Finlande du XIXe siècle avant d’explorer une nature mystérieuse ouverte à l’introspection et à la méditation. Dans ces paysages, le silence se fait symphonique, presque wagnérien, à travers ses vastes étendues aux couleurs harmonieuses. Arbres, lacs, rochers revêtissent une dimension spirituelle propice à la contemplation. Cet attrait pour le mystique s’exprime dans une œuvre teintée d’un grand symbolisme et au déploiement d’un univers alternatif entre conscience et suggestion. Le musée Jacquemart-André fait rayonner l’œuvre de l’artiste dans l’exposition « Gallen-Kallela. Mythes et nature », visible jusqu’au 25 juillet. Découvrez l’exposition en 5 chefs-d’œuvre.

1. Printemps (portrait d’Anna Slöör)

En 1898, Fritz Arthur Juselius, l’homme le plus riche du pays, perd sa fille Sigrid et demande à Gallen-Kallela de concevoir le décor du mausolée qui accueillera sa dépouille, dans le cimetière de Pori. L’artiste, dont la fille aînée est également décédée quelques années plus tôt, s’investit corps et âme dans ce projet pensé comme une œuvre d’art totale. Il conçoit notamment huit peintures, dont Le Printemps, représenté ici par une étude. Gallen-Kallela fait poser sa belle-sœur au cœur d’un paysage esquissé, en robe noire, parée d’une couronne de fleurs. De profil, d’une beauté idéale, l’énigmatique figure féminine rappelle les héroïnes des tableaux préraphaélites. La fleur coupée dont elle hume les derniers parfums symbolise la vie brisée de l’enfant disparue.

Akseli Gallen-Kallela, Étude pour le mausolée de Sigrid Juselius, 1902-1903, huile sur toile, 79,5 x 53,5 cm, fondation Gösta Serlachius, Mänttä ©️Yehia Eweis

2. Ad Astra

Seconde version d’une œuvre de 1896, Ad Astra atteste de la passion de Gallen-Kallela pour la théosophie, l’étude comparée des religions, des mythes et des folklores divers. Considérant le Kalevala comme un livre sacré recélant une sagesse cachée, il compose cette œuvre symbolique comme un voyage vers des vérités ésotériques. Sortant de l’eau, une jeune fille nue à la peau blême, ses cheveux se balançant dans un ciel étoilé, symbolise la migration des âmes depuis le corps terrestre vers l’infini de l’astre doré.

Akseli Gallen-Kallela, Ad Astra, 1907, huile sur toile, cadre avec volets en bois doré , 76,5 x 85 cm, Villa Gyllenberg, Fondation Signe et Ane Gyllenberg, Helsinki

3. Ombres bleues sur la glace, lac de Ruovesi en hiver

La lumière finlandaise est à la fois douce et puissante, particulièrement dans cet entredeux qui caractérise le long passage de l’hiver au printemps. Gallen-Kallela aime représenter des paysages vierges, purs, qui n’ont pas été altérés par la civilisation et l’industrialisation. D’où sa prédilection pour la Finlande intérieure. La densité des forêts laisse ici la place à une vision panoramique sur l’immensité d’un lac gelé. L’artiste se place légèrement en hauteur, pour dominer l’étendue d’eau, peinte en aplat et animée, au premier plan, de quelques ombres esquissées. Immobile, presque figé, le paysage se voit dynamisé par la verticalité de l’arbre peint d’une touche vive et cette manière de le tronquer par un cadrage très photographique.

Akseli Gallen-Kallela, Ombres bleues sur la glace, lac de Ruovesi en hiver, 1916, huile sur toile , 45 x 60 cm, Collection Carl Gustaf Ehrnrooth

4. Nuit de printemps

À l’instar du Danemark et de sa fameuse « heure bleue » (immortalisée, entre autres, par le peintre Peder Severin Krøyer), la Finlande offre elle aussi d’extraordinaires lumières au crépuscule, lorsque le jour laisse, très lentement, place à la nuit. Les couchers de soleil sont extrêmement longs et colorent le paysage d’infinies variations. Gallen-Kallela immortalise la poésie de ces moments. À l’exception de quelques branches de sapins, il esquive la tentation d’un premier plan, pour que le spectateur soit directement immergé dans l’eau. La palette froide, déclinant des camaïeux de bleus et de verts, est réchauffée par l’orangé de l’astre, dont le reflet, au loin, se noie dans le lac.

Akseli Gallen-Kallela, Nuit de printemps, 1914, Huile sur toile, 115,5 x 115,6 cm, Collection particulière ©️Jouko Vatanen, Helsinki

5. Lac Keitele

Étonnant tableau que celui-ci, solidement structuré par un réseau de lignes horizontales, verticales, et surtout, obliques. L’horizon placé très haut induit une vision à fleur d’eau. À l’époque de sa réalisation, Gallen-Kallela est fortement marqué par l’esthétique des estampes japonaises. Il a pu en voir lors de ses séjours à Paris, où elles étaient alors très en vogue et appréciées, entre autres, des peintres nabis. L’artiste se livre ici à des jeux graphiques très modernes, notamment dans la représentation des nuages, stylisés, formant une sorte de frise dansante. Leur blancheur illumine le ciel et permet également, par leurs reflets, d’éclairer l’ensemble d’une composition dominée par de subtiles déclinaisons de bleu et de gris argenté.

Akseli Gallen-Kallela, Lac Keitele, 1905, huile sur toile , 53 x 66 cm, The National Gallery, Londres ©The National Gallery, London, 2021

Exposition « Gallen-Kallela. Mythes et nature »
Musée Jacquemart-André
158 Bd Haussmann, 75008 Paris
Jusqu’au 25 juillet 2022

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