Exposition Gallen-Kallela : l’âme finlandaise et ses légendes se révèlent au musée Jacquemart-André

Au musée Jacquemart-André (Paris, VIIIe arrondissement), une exposition consacrée à Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) montre l’artiste face à la nature et aux mythes de sa Finlande natale, jusqu’au 25 juillet 2022. Passant du naturalisme le plus âpre à un symbolisme teinté d’ésotérisme, l’artiste impose sa vision poétique du monde, dans des paysages symphoniques d’une grande intensité chromatique. En réunissant près de 70 œuvres, l’institution montre aux visiteurs toutes les couleurs de la neige.

Entre naturalisme et académisme

Depuis la rétrospective du musée d’Orsay en 2012, Akseli Gallen-Kallela n’est plus un inconnu en France. Cette remise en lumière du grand peintre finlandais donnait toute liberté aux commissaires de cette nouvelle exposition, Laura Gutman et Pierre Curie, pour aborder l’œuvre par un chemin de traverse. Le thème retenu ici, « Mythes et nature », peut sembler paradoxal. Dès la première salle de l’exposition, La Légende d’Aïno, illustration du Kalevala, la mythique épopée finlandaise, montre l’artiste tiraillé entre une approche naturaliste du paysage et un traitement plus académique des personnages.

La libération de la couleur

Mais au fil des ans, l’artiste sublime sa vision. Dans les paysages qu’il réalise aux environs du lac de Ruovesi, où il s’est installé, le dessin se simplifie, la couleur se libère sous l’influence de Gauguin et des estampes japonaises. Dans « Kalela en automne », le jaune oranger du feuillage claque comme un coup de cymbale.

Parallèlement, Gallen-Kallela montre un vif intérêt pour l’art décoratif. Kalela, sa maison atelier perdue au milieu des bois, est conçue comme une œuvre d’art totale.  Inspiré d’un motif de fougère, l’audacieux tapis Flamme est loin des fioritures de l’Art nouveau… Quelques figures énigmatiques de jeunes femmes portant secrètement le deuil de la propre fille de l’artiste nous mèneront à l’étonnant Ad Astra (1907), résurrection cosmique d’un Christ au féminin portant les stigmates.

Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), Ad Astra, 1907, huile sur toile, 76,5 x 85 cm, Villa Gyllenberg. Photo : Matias Uusikylä / Signe et Ane Gyllenbergs foundation

Un hymne à la nature sauvage

Délaissant ce symbolisme aux connotations ésotériques, les dernières salles de l’exposition réunissent un exceptionnel ensemble de paysages, hymne à la nature sauvage, à ses lacs immenses bordés de collines, à ses bois intacts. Ici, la seule trace de vie se résume aux empreintes d’un lynx sur la neige. Mais une présence supérieure habite ces « paysages du silence » comme Nuit de printemps (1914), où Gallen-Kalela transcende la clarté hypnotique des nuits d’été finlandaises. Jamais le ciel n’a été aussi limpide. Et dans les paysages d’hiver, la neige se pare de bleus et de mauves.

Akseli Gallen-Kallela, Nuit de printemps, 1914, huile sur toile,
115,5 x 115,6 cm, Collection particulière ©️Jouko Vatanen, Helsinki

Exposition « Gallen-Kallela. Mythes et nature »
Musée Jacquemart-André
158 Bd Haussmann, 75008 Paris
Du 11 mars au 25 juillet 2022

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