Exposition Elsa Schiaparelli au musée des Arts décoratifs à Paris : artiste rebelle et magicienne de la haute couture

Excentrique et onirique, telle était la signature immédiatement reconnaissable d’Elsa Schiaparelli, couturière « inspirée », comme elle se définissait elle-même, à qui le musée des Arts décoratifs rend un hommage spectaculaire jusqu’au 22 janvier 2023. Issue d’une famille aristocratique italienne, la jeune Elsa voit le jour à Rome le 10 septembre 1890. Mais c’est à Paris que son nom demeurera quelques décennies plus tard irrémédiablement attaché…

Un goût pour la provocation

C’est en effet après avoir quitté son mari volage (qui lui préféra la danseuse Isadora Duncan !), que la jeune femme va faire ses premiers pas dans la mode en créant dans son appartement de la rue de l’Université des pulls avec des grands nœuds en trompe-l’œil, qui frappent d’emblée par leur modernité. Habiller les femmes de la tête au pied, tel sera le credo de cette libertaire dont le sens de la fête et le goût de la provocation vont chahuter gaiement les milieux de l’avant-garde parisienne des années 1930.

Elsa Schiaparelli, Robe du soir, Été 1939, soie, Musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Un feu d’artifice

C’est donc une explosion d’or et de couleurs (dont le fameux Rose shocking qui la rendra célèbre) que donne à voir l’exposition du Musée des Arts Décoratifs à travers quelque 500 costumes, accessoires, bijoux, affiches, dessins et photographies restituant l’univers foisonnant de la créatrice. Car le mot « couturière » semble en effet infiniment réducteur pour qualifier la verve de cette artiste à part entière, qui métamorphosa la haute couture en un terrain de jeu aussi jubilatoire que sophistiqué. Païenne et épicurienne tout à la fois, Elsa Schiaparelli ne cessera de nimber ses créations d’un doux parfum de folie, détournant motifs et matériaux jusque dans les moindres détails. Parmi les plus belles surprises offertes par cette exposition, se détachent ainsi ces vitrines alignant bijoux et accessoires qui définissent à eux seuls le style « Schiap » : un extraordinaire cocktail d’humour et de poésie.

Daniel Roseberry, Look 08 Printemps-Été 2021 © Maison Schiaparelli

Une constellation d’artistes

Il n’en fallait pas plus pour que l’aristocrate rebelle séduise à son tour la fine fleur des salons artistiques parisiens ! C’est sans doute avec Salvador Dali que la collaboration s’avérera la plus évidente et la plus féconde. De la robe homard de l’été 1937 au chapeau soulier (fétichiste à souhait), en passant par ce poudrier en forme de cadran de téléphone, tout respire l’érotisme et le détournement chers au maître catalan.

Elsa Schiaparelli en collaboration avec Salvador Dalí, Robe du soir, 1937, soie © Philadelphia Museum of Art

D’autres compagnonnages sont esquissés dans l’exposition, comme le montrent ces deux dessins offerts par Jean Cocteau à la créatrice (qui les transposera sur une veste de tailleur et un manteau du soir), ou ce bracelet en laiton recouvert de fourrure imaginé par l’artiste suisse allemande Meret Oppenheim, qu’Elsa Schiaparelli inclura dans sa collection hiver 1936-1937. Alberto Giacometti et Jean-Michel Frank s’associeront, quant à eux, pour créer l’espace chic et dépouillé de sa boutique du 21, place Vendôme, tandis que la peintre d’origine italienne Leonor Fini dessinera les courbes suggestives de son mythique parfum Shocking… De Jean-Paul Gautier à Christian Lacroix, en passant par Daniel Roseberry, l’actuel directeur artistique de la Maison, le fantôme de la grande Elsa ne cesse de régner sur le monde de la haute couture. Cette exposition aux allures de kaléidoscope le démontre magistralement.

Leonor Fini et Fernand Guéry-Colas, Flacon de parfum Shocking, 1937, cristal et verre © Archives Schiaparelli © Adagp, Paris, 2022

« Shocking ! Les mondes surréalistes d’Elsa Schiaparelli »
Musée des Arts Décoratifs
107 Rue de Rivoli, 75001 Paris
www.madparis.fr
jusqu’au 22 janvier 2023

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