Espagne : au Palais royal de Madrid les pigeons menacent les tapisseries de Raphaël

Et si la plus grande menace pesant sur le patrimoine venait…du ciel ? Rassurez-vous, rien de comparable avec Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Il s’agit en réalité d’un problème révélé par le média espagnol « ABC », le 8 juin dernier, et qui concerne les neuf tapisseries dessinées par Raphaël, actuellement exposées dans la grande galerie du Palais Royal de Madrid. Plusieurs visiteurs se sont en effet étonnés, voire plaints, de la présence de volatiles dans l’espace d’exposition, parfois posés sur les œuvres, ou s’en approchant dangereusement. Ces intrusions ont eu lieu suite à l’ouverture des fenêtres de la galerie, qui avait besoin d’être aérée. Le Patrimonio Nacional, l’organisme qui gère la conservation des Monuments historiques espagnols, a indiqué qu’aucune œuvre n’avait été dégradée et que les oiseaux seraient désormais maintenus à l’écart grâce à un système d’ultrasons.

De précieuses tapisseries

Les neuf tapisseries, représentant les Actes des Apôtres, espéraient sans doute que la colombe du Saint-Esprit descende sur elles, plutôt que d’être importunées par de vulgaires pigeons. Il faut dire que ces œuvres, parmi lesquelles on retrouve des scènes importantes de la Bible, comme la pêche miraculeuse ou la conversion de Saint Paul, revêtent un caractère particulièrement exceptionnel. À l’origine dessinées par Raphaël, entre 1515 et 1516, sur commande du pape Léon X, ces tentures étaient destinées à orner la chapelle Sixtine. Les dessins originaux de ces ouvrages, communément appelés Cartons de Raphaël, sont conservés au Victoria and Albert Museum de Londres. Tissées vers la moitié du XVIe siècle dans une manufacture bruxelloise, les tapisseries attirent rapidement l’attention des souverains européens, qui souhaitent en obtenir des copies.

La pêche miraculeuse, milieu du XVIe s., tapisserie, Madrid, Palais Royal © Patrimonio Nacional

Ainsi, le roi français François Ier, le souverain anglais Henri VIII et le prince Philippe, futur Philippe II d’Espagne, demandent à la manufacture de produire des répliques de ces œuvres. Si les deux premières répliques ont été détruites, la première pendant la Révolution française et la deuxième pendant la Seconde Guerre mondiale, celle réalisée pour Philippe II a été admirablement conservée. Certains observateurs estiment même qu’elles sont aujourd’hui dans un meilleur état que les originales, conservées au Vatican. La question de la préservation de ces chefs-d’œuvre est donc centrale et a nécessité quelques adaptations suite à la présence constatée de plusieurs pigeons.

La Guérison du boiteux, milieu du XVIe s., tapisserie, Madrid, Palais Royal © Patrimonio Nacional

Problème aviaire

Alors que l’aération de la grande galerie était plus que nécessaire, les équipes du Palais Royal de Madrid n’avaient pas anticipé ces incursions de volatiles. « Sur l’une de nos images, un pigeon prend la pose au-dessus de La Guérison du Boiteux. Dans une autre, on peut voir un pigeon sur le sol à quelques centimètres de la même tapisserie », alertait hier le média espagnol « ABC ». Les risques de dégradation que pourraient causer les oiseaux avec leur bec, leurs pattes ou à cause de leurs déjections sont si importants que le Patrimonio Nacional a dû réagir. L’organisme a ainsi indiqué que des inspections avaient eu lieu sur les œuvres et qu’elles n’avaient révélé aucune dégradation. Leurs agents se sont par ailleurs assurés qu’aucun nid ne s’était formé dans l’enceinte du Palais, et une série d’émetteurs d’ultrasons tiendra désormais les volatiles à distance. Les tapisseries de Raphaël n’ont donc, a priori, plus beaucoup de souci à se faire.

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