En Russie, un gardien de musée vandalise un tableau estimé 900 000 euros pour s’amuser

Pour une exposition nommée « Le monde comme non-objectivité : La naissance d’un nouvel art », c’est presque un comble. Une infraction a été constatée le 7 décembre par des visiteurs du Centre présidentiel Boris Eltsine à Iekaterinbourg, en Sibérie occidentale (Russie). Ils avaient aperçu des formes étranges sur la toile d’Anna Leporskaya (1900-1982) Three figures, estimée près de 900 000 euros selon la compagnie d’assurances Alfa. Une étude plus approfondie a en effet confirmé que des marques de stylo avaient été ajoutées sur deux des trois figures de la toile. La semaine dernière, l’enquête de police a conclu qu’un agent de sécurité engagé par le musée le jour même était le coupable.

Une contestation de la représentation des œuvres d’Anna Leporskaya ?

Three figures, peinture créée entre 1932 et 1934, est emblématique du travail de l’artiste avant-gardiste et discipline de Kasimir Malevitch (1879-1935), Anna Leporskaya. Beaucoup de ses toiles sont en effet centrées autour du travail du visage humain vidé de tous ses traits distinctifs. C’est presque un mouvement artistique et une pensée de la représentation en entier qui ont été vandalisés ici. Néanmoins le symbole n’était certainement pas voulu. D’après le Centre présidentiel Boris Eltsine : « ses motifs sont encore inconnus, mais l’administration pense qu’il s’agissait d’une sorte de manquement de santé mentale ».

L’œuvre Three Figures (1932–1934) d’Anna Leporskaya, avant d’être vandalisée ©️Boris Yeltsin Presidential Center

Des dégâts réparables

De plus, d’après les premières analyses des restaurateurs, les dégâts sur la toile sont minimes et réparables. Les traces de stylos pourront être effacées sans endommager la toile sur le long terme. Néanmoins, « l’encre a légèrement pénétré dans la couche picturale, car le blanc de titane utilisé pour peindre les visages n’est pas recouvert de vernis », déplore l’expert Ivan Petrov dans son rapport.

La scène s’est déroulée au Centre présidentiel Boris Eltsine à Yekaterinburg (Sibérie occidentale) ©️Wikimedia Commons/Vladislav Fal’shivomonetchik

À l’origine, devant le faible montant des restaurations, aucune poursuite judiciaire n’avait été engagée. Mais le Ministère de la Culture a réclamé des charges pour « destruction ou détérioration d’objets du patrimoine culturel monuments historiques et culturels ». Cette infraction est assortie d’une peine d’emprisonnement de trois ans maximum, d’une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de roubles (35 000 euros environ), ou de 400 heures de travail forcé. Finalement, le gardien sera jugé pour vandalisme, ce qui implique des peines moins lourdes (une amende de 74,9 millions de roubles, soit 876 000 euros et un an de travaux forcés). Une date éventuelle de procès et l’identité du suspect n’ont pas été révélées pour l’instant.

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