Disparus dans un incendie il y a 70 ans, trois tableaux de Klimt renaissent pour la première fois en ligne

Après Kandinsky, le Palais idéal du facteur Cheval, Frida Kahlo, c’est à présent Gustav Klimt (1862-1918) d’être mis en lumière par Google Arts & Culture. Aujourd’hui, jeudi 7 octobre, la plateforme en ligne a lancé une nouvelle rétrospective exceptionnelle intitulée « Klimt vs. Klimt – The Man of Contradictions » sur la vie et l’œuvre du peintre symboliste autrichien, avec l’aide de 30 musées partenaires tels que le Belvedere, l’Albertina, la Klimt Foundation, la Neue Galerie New York ou encore le Metropolitan Museum of Art. En plus de cette riche exposition virtuelle, l’équipe de Google Arts & Culture et Franz Smola, grand spécialiste de Klimt et conservateur au Belvedere, ont reconstitué les couleurs des peintures des facultés, disparues en 1945, grâce à l’intelligence artificielle et aux archives photographiques et textuelles. Pour la première fois depuis leur destruction, les trois chefs-d’œuvre retrouvent ainsi leurs vibrantes couleurs et donnent un aperçu de leur splendeur d’antan.

Une exposition virtuelle pour une immersion totale dans l’œuvre de Klimt

Klimt en 60 secondes, exposition en réalité augmentée, dossiers thématiques, commentaires d’œuvres, tour virtuel de l’atelier de l’artiste, chefs-d’œuvre en gigapixels, créations numériques d’artistes contemporains inspirées par le peintre symboliste… À travers plus de 700 peintures, dessins, lettres, illustrations, la plupart numérisée pour la première fois, la plateforme offre une expérience en ligne abordable et complète de la vie et de l’œuvre de Klimt pour un voyage à Vienne en 1900. Avec plus de 120 mini-expositions sur son art et sa personnalité, un commentaire d’Adele Bloch-Bauer I ​et sur la phase dorée de l’artiste autrichien, les femmes de la vie de Klimt, le site permet d’explorer pendant des heures toutes les facettes de l’œuvre de l’artiste.

Accompagné d’un audioguide, le visiteur peut déambuler virtuellement dans la Pocket Gallery découvrir les tableaux de Klimt en 3D. ©Google Arts & Culture

Différent d’un livre, « Klimt vs. Klimt – The Man of Contradictions » propose une approche individuelle où le visiteur 2.0 peut se déplacer et plonger dans les images et les archives et créer sa propre expérience face à Klimt. L’utilisateur peut également s’approcher d’une soixantaine de tableaux grâce à la Google’s Art Camera, où des chefs-d’œuvre tels que Le Baiser (1908-1909) sont numérisés en ultra-haute définition pour naviguer au plus près des textures, couleurs et détails en quelques clics. Plus aucune excuse pour ne pas (re)découvrir l’œuvre de Klimt. « À l’avenir, il sera très compliqué de faire une rétrospective de Klimt, il est de plus en plus difficile de faire voyager les œuvres, explique Franz Smola. Le gigapixel offre donc une expérience alternative pour apprécier l’art de Klimt. Les personnes du monde entier peuvent y avoir accès facilement, sans avoir besoin d’acheter un livre, ils ont seulement à cliquer. »

La Jurisprudence de Klimt recolorisée par Google Arts & Culture. ©Google Arts & Culture

Les peintures des facultés, des chefs-d’œuvre symboliques emblématiques de l’art de Klimt

Toutefois, si la rétrospective en ligne est impressionnante, l’élément phare du projet est la reconstitution en couleurs des chefs-d’œuvre disparus tragiquement de Klimt : les peintures des facultés, la plus grande œuvre de commande que l’artiste ait réalisée qui montre son évolution, de ses débuts comme peintre historiciste à son adhésion à l’un des mouvements les plus avant-gardistes d’Europe. Pour cette commande, reçue en 1894, Klimt était chargé de représenter les allégories des facultés de médecine, de philosophie et de jurisprudence pour la grande salle de l’Université de Vienne, située dans la Ringstrasse. Loin de l’iconographie de la mythologie classique, Klimt propose une interprétation personnelle des trois disciplines. Au lieu de glorifier les bienfaits de la science, l’artiste associe La Médecine à la mort, La Jurisprudence à la misère humaine, l’injustice et les dilemmes moraux et La Philosophie à l’apparition de l’être à partir du néant pour créer trois œuvres symboliques. À l’époque, les corps dénudés, flottant dans les airs, et les figures féminines, devenant des tentatrices à la chevelure décorative, ont suscité la consternation du public. Rejeté par l’institution, l’ensemble des trois œuvres monumentales réalisées par Klimt entre 1894 et 1907 est alors acheté par des collectionneurs privés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les tableaux sont envoyés au château d’Immendorf en Basse-Autriche pour y être mis en lieu sûr. Toutefois, les peintures sont détruites par la Schutzstaffel (SS) lors de l’incendie volontaire des lieux en 1945, quelques jours avant la fin de la guerre.

La Philosophie de Klimt recolorisée par Google Arts & Culture. ©Google Arts & Culture

L’intelligence artificielle au service de l’histoire de l’art

Si des photographies noir et blanc et des descriptions écrites des œuvres sont parvenues jusqu’à nous, les couleurs audacieuses et l’approche révolutionnaire des textures sont parties en fumée au château d’Immendorf. Mais, c’était sans compter la Machine Learning (apprentissage automatique) développée par Google Arts & Culture pendant 6 mois, une application de l’intelligence artificielle pour recolorer les photographies des œuvres perdues en s’appuyant sur l’expertise de Franz Smola et les sources textuelles décrivant les trois tableaux. « Les couleurs étaient essentielles pour redonner l’effet submergeant de ces peintures, elles ont causé tout un émoi parmi les contemporains de Klimt, commente Franz Smola. Par conséquent, la reconstruction des couleurs est synonyme de reconnaissance de la vraie valeur et l’importance de ces œuvres d’art exceptionnelles. » Si ces reconstitutions n’ont pas vocation à remplacer les œuvres perdues, elles permettent de donner une idée des couleurs inhabituelles qu’expérimentaient Klimt à l’époque, d’imaginer la réaction qu’ont pu avoir les contemporains de l’artiste et de vivre l’expérience de la contemplation de ces œuvres avec des couleurs qui s’approchent de celles qu’a pu utiliser le peintre. Cette technologie de pointe pourrait bien être une solution pour reconstituer d’autres œuvres d’art tragiquement perdues pendant la guerre.

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