Des momies d’Égypte à Boris Karloff : une exposition inédite dévoile les secrets de la vie éternelle à travers le monde

Jusqu’au 25 septembre, l’Hôtel départemental des expositions du Var à Draguignan invite des momies du monde entier. Grâce au médecin légiste et archéo-anthropologue Philippe Charlier, commissaire de l’exposition et spécialiste de la momification, le public peut comprendre l’étendue de cette pratique funéraire aussi bien dans le temps que dans l’espace. Des momies égyptiennes aux fardos péruviens. Baptisée « Momies, les chemins de l’éternité », l’exposition évoque également le rôle de la momie comme source d’inspiration de la littérature d’épouvante dès le XIXe siècle.

Une exposition pluridisciplinaire

L’originalité de cette exposition tient au profil de son commissaire car Philippe Charlier, directeur de la recherche et de l’enseignement du musée du Quai-Branly-Jacques Chirac est également médecin légiste, archéologue et anthropologue. C’est pourquoi le parcours passe volontiers des momies de l’Egypte antique à celles d’Europe, d’Asie et d’Océanie. La première partie de l’exposition est centrée sur la conservation volontaire des corps morts dans l’Antiquité et la découverte des momies égyptiennes lors du Voyage en Egypte de Napoléon Bonaparte.

Momie égyptienne et reproduction du tableau Bonaparte devant les pyramides contemplant la momie d’un roi (1895) de Maurice Orange, présentés dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

D’Afrique et d’Océanie

L’usage de la momification, naturelle ou artificielle, est répandu dans le monde entier. Ici, ce sont des poupées funéraires muzidi provenant de la République démocratique du Congo. Un peu plus loin, on voit des têtes réduites Jivaro du bassin amazonien et des têtes maories de Nouvelle-Zélande. Plusieurs autels vaudous, avec un fétiche emmaillotté telle une momie avec ses bandelettes, figurent dans l’exposition. Celui-ci permet de guider l’esprit du défunt vers le royaume des morts.

Poupées funéraires muzidi (XXe siècle), présentées dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

Paquet funéraire péruvien

En Amérique du Sud, les fardos sont des paquets funéraires dans lesquels les défunts sont inhumés en position accroupie au milieu de leurs biens et de leurs bijoux. Ces fardos, aux formes humaines, sont ensuite placés dans des jarres, qui sont elles-mêmes enterrées. Il s’agit bien ici encore de momies, comme en Egypte, et celles-ci peuvent remonter à 5000 ans avant notre ère.

Fardo (paquet funéraire) (vers 1100-1450), présenté dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

Momifications royales

On avait un peu oublié que la momification fait également partie des pratiques funéraires européennes. Si les momies XIXe de Sicile reviennent volontiers en mémoire, on doit se souvenir que les rois et reines ont été partiellement embaumés. En particulier le cœur que l’on dissociait du reste du corps et enterrait séparément. Ainsi du cœur de Richard Cœur de Lion conservé dans le trésor de la cathédrale de Rouen ou des cheveux de Jean de Lancastre, le duc de Bedford embaumé au mercure car celui-ci permet une déshydratation rapide des matières organiques.

Reliquaire du cœur de Richard Cœur de Lion (1199) et Cheveux et produits d’embaumement de Jean de Lancastre, duc de Bedford (1435), présentés dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

Usages quotidiens

L’une des salles les plus originales de ce parcours sur deux étages est sans doute l’usage des momies et de la momification dans la vie quotidienne en Europe. Qui sait en effet que des momies broyées étaient utilisées comme médicaments au Moyen Âge, que la mandragore aux formes anthropomorphes aurait pu être associée au culte des morts depuis l’Antiquité, que des peintres comme Martin Drolling au XIXe siècle ont utilisé du brun de momie pour gagner transparence ou opacité dans ses tableaux ?

Livre des simples médecines (vers 1480), présenté dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

D’Hergé à Stephen Sommers

Du film The Mummy de Karl Freund avec Boris Karloff (1932) et de l’album Les cigares du pharaon d’Hergé (1934) jusqu’aux productions les plus récentes, on voit bien ici que le personnage de la momie traverse toute la production dessinée et filmée du XXe siècle et qu’elle reste encore d’actualité. Philippe Charlier s’est amusé à réunir ces figures hétéroclites de divertissement dans un accrochage qui conserve toute l’élégance du parcours.

Affiches de films et bandes dessinées tels que « Dans les griffes de la momie » et « Les cigares du pharaon », présentés dans l’exposition « Momies » au musée départemental des expositions du Var, Draguignan, 2022 (©Guy Boyer).

À VOIR

« Momies, les chemins de l’éternité »
L’Hôtel départemental des expositions du Var
1 Bd Maréchal Foch, 83300 Draguignan
www.hdevar.fr
Jusqu’au 25 septembre

À LIRE

Momies, les chemins de l’éternité, catalogue d’exposition, Coédition Hôtel départemental des expositions du Var, Draguignan /In Fine éditions d’art, 224 pp., 29 €

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