Découverte au Pérou d’une rare statuette en bois témoin des pratiques funéraires pré-incas

Depuis le mois d’avril, une équipe d’archéologues explore de fond en comble les entrailles du complexe archéologique de Chan Chan, situé au nord du Pérou. Celui-ci abrite les vestiges de la dernière capitale de la civilisation pré-inca des Chimùs (vers 900 à 1470 ap. J.-C.). Le ministère de la Culture péruvien vient d’annoncer la découverte, le 28 juin dernier, dans la zone de la Huaca Takaynamo, d’une statuette anthropomorphe en bois, présentant un excellent état de conservation, qui vient confirmer la destination funéraire du bâtiment.

Un excellent état de conservation

Haute de 46 cm, pour 16 cm de large, la sculpture représente un personnage masculin en pied dont le visage a été peint en rouge, tout comme les bras, repliés près du corps. Il est coiffé d’une calotte ornée de sept bandes verticales de couleurs alternativement claires et foncées. Sur ses yeux en amande est conservée une résine noire qui, comme l’explique Arturo Paredes Núñez, archéologue et chef de l’unité de recherche, aurait été utilisée pour fixer des plaques de nacre. Sculpté dans le bois, un matériau organique fragile, l’artefact a été préservé à l’abri de l’air et de la lumière durant plusieurs centaines d’années, ce qui explique son très bon état de conservation.

Sur le site de la Huaca Takaynamo, un archéologue dégage méticuleusement la statuette ©Dirección Desconcentrada de Cultura de La Libertad

Aux sources d’Hergé

La stylisation des traits et des formes, ainsi que la posture rigide du personnage, sont ici caractéristiques d’un type statuaire dont plusieurs exemplaires nous sont parvenus, certains ayant été prélevés sur le site même de Chan Chan. Le Musée d’Art et d’Histoire de Bruxelles conserve notamment un Porteur de litière chimú en bois, daté entre le XIIIe et le XVe siècle, qui aurait inspiré à Hergé le fameux fétiche Arumbaya de l’album de Tintin L’Oreille Cassée (1937). Le Musée national d’Archéologie, d’Anthropologie et d’Histoire de Trujillo possède, quant à lui, une statuette féminine de même style qui porte sur le visage des restes de pigments rouges qui pourraient évoquer la tradition andine ancestrale de recouvrir les masques de momies de cinabre.

For #ColumbusDay we’ll be showing you some pictures from our American collections.

Perhaps one of our most famous pieces: the statue that inspired Hergé for the Tintin album ‘The Broken Ear’.

Chimú culture, Peru, 1100-1470 CE. pic.twitter.com/XUDvY1sA45

— Art & History Museum Brussels (@ArtHistoryBRU) October 12, 2018

Un site cérémoniel

À proximité de la sculpture, les fouilles ont révélé la présence d’un petit sac noir, décoré de fils bruns et blancs, contenant des graines de nectandra (arbre de la famille des Lauraceae). Selon les archéologues, elles auraient servi à former un collier. L’association de ces deux vestiges vient confirmer l’hypothèse des spécialistes quant à la fonction cérémonielle de la Huaca Takaynamo, bâtiment situé à la périphérie de Chan Chan, qui aurait donc été utilisé à des fins religieuses et funéraires.

La statuette découverte lors des dernières fouilles archéologiques sur le site de la Huaca Takaynamo ©Dirección Desconcentrada de Cultura de La Libertad

L’association de ce type de statuettes à des rituels funéraires chimú se fonde, en outre, sur la découverte de maquettes mettant en scène des personnages présentant les mêmes caractéristiques. Ces modèles réduits peuvent être interprétés comme des représentations symboliques de cortèges funèbres. Plusieurs figurines semblables à celle récemment mise au jour à la Huaca Takaynamo ont été retrouvées dans des niches bordant l’entrée des palais de Chan Chan. Certaines études tendent à montrer qu’à la mort d’un roi chimú, son palais était transformé en sépulture.

Le site de Chan Chan, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, abrite encore de nombreux vestiges ©Dirección Desconcentrada de Cultura de La Libertad

Une des plus grandes cités précolombiennes

Fondée en 850 après J.-C., la ville de Chan Chan constituait le centre administratif, religieux et politique de ses habitants d’alors, les Chimùs. À son apogée au XVe siècle, cette cité, la plus grande ville de brique crue des Amériques, comptait entre 40 000 et 60 000 habitants et s’étendait sur 20 km carrés. Mais suite à la conquête menée par l’Empereur Tora Inca Yupanqui, la cité a décliné. Ses trésors ont même été pillés. Si elle a succombé en 1470 sous les coups des Incas, la ville du royaume Chimù abrite encore de nombreux vestiges et a été déclarée patrimoine culturel mondial par l’Unesco en 1986.

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