Découverte au détecteur de métaux : un nouveau trésor viking retrouvé sur l’île de Man

L’île de Man, située dans la mer d’Irlande, au large des côtes britanniques et écossaises, est un petit territoire à l’histoire plurimillénaire et au sol particulièrement riche en vestiges archéologiques. En témoigne la nouvelle découverte de Kath Giles, ancienne policière devenue chasseuse de trésors, qui mettait au jour en décembre dernier, sur son terrain, de remarquables éléments de parure datant du Xe siècle. Grâce à son détecteur de métaux, elle a cette fois mis la main, au mois d’avril, sur un ensemble de 87 pièces de monnaie, 13 fragments d’anneaux en argent, ou « bullion » (à usage monétaire) et divers objets datés entre le Xe et le XIe siècle, soit durant la période de domination viking sur l’île. « Découvrir une telle chose est un sentiment incroyable. On a du mal à en croire ses yeux… On touche quelque chose que personne d’autre n’a touché depuis mille ans », a déclaré l’inventrice du trésor.

Une tirelire de voyageur ?

Confié à la Manx National Heritage, organisme en charge de la protection et de la valorisation du patrimoine culturel et historique de l’île de Man, le trésor a pu être étudié par Kristin Bornholdt-Collins, chercheuse indépendante et numismate. L’analyse des monnaies, d’origine locale mais également irlandaise, anglaise et germanique, a permis de fixer la date probable d’enfouissement des artefacts autour de 1020 ou 1030, bien que certaines pièces datent vraisemblablement du début du Xe siècle. Pour la spécialiste, ce dépôt correspond aux richesses personnelles qu’un individu aurait accumulées sur plusieurs années puis enterrées, à l’image d’une tirelire ou d’un portefeuille de voyageur dans lequel on aurait réuni des types monétaires de différentes périodes et nationalités.

Pièce de monnaie découvert sur l’Île de Man à l’effigie de Sitric à la Barbe Soyeuse, roi de Dublin © Manx National Heritage

La plupart des monnaies sont frappées de portraits de rois, qu’il s’agisse de Sihtric Silkiskegg, ou Sitric à la Barbe Soyeuse, (roi norrois de Dublin de 989 à 1036), de Knut (roi du Danemark de 1018 à 1035, puis roi d’Angleterre de 1016 à 1035, et roi de Norvège de 1028 à 1035), du roi Aethelred II (roi d’Angleterre de 978 à 1013 et de 1014 à 1016) ou encore d’Otton II (empereur du Saint-Empire romain germanique de 973 à 983). Selon Kristin Bornholdt-Collins, ce trésor monétaire « illustre la variété des monnaies disponibles pour un commerçant de la Mer d’Irlande ou un habitant de Man à cette époque ».

L’ancêtre du Bitcoin

Selon Allison Fox, conservatrice du Manx National Heritage, cette découverte aide à améliorer notre compréhension de l’économie de l’ère viking sur l’Île de Man et autour de la mer d’Irlande, qu’elle dit « étonnamment complexe ». Outre la variété des types monétaires, on constate que le trésor mis au jour par Kath Giles comprend plusieurs pièces portant un motif dit « long cross », qui permettait de couper la pièce en deux si seule une moitié était nécessaire pour le paiement. En outre, la présence de pièces venues à la fois d’Angleterre, d’Allemagne et d’Irlande témoigne des liens commerciaux existants à cette époque.

Allison Fox, conservatrice du Manx Museum, et Kath Giles, chasseuse de trésor amatrice, présentant les pièces de l’ère viking découvertes sur l’île de Man. © Manx National Heritage

Contrairement aux monnaies nationales, qui n’ont de valeur que dans une zone politique déterminée, les monnaies de l’île de Man tiennent leur valeur de leur teneur en argent et sont à ce titre « sans frontière ». Elles étaient donc transférables d’une région à l’autre. Une pièce d’argent de Dublin pouvait par exemple être utilisée en Angleterre, et vice-versa. Le fonctionnement des fragments d’anneaux en argent (bullions) est analogue. Ces derniers étaient en effet pesés et utilisés comme monnaie. Kristin Bornholdt-Collins précise : « les bullions étaient particulièrement utiles pour les échanges internationaux, puisqu’ils convenaient pour des transactions d’importances diverses. Ils étaient décentralisés ; une devise sans frontières ni affiliation politique. […] En ce sens, il s’agissait d’un équivalent à nos cryptomonnaies actuelles. On pourrait même dire qu’ils étaient en quelque sorte l’ancêtre du Bitcoin ».

Trésor officiel

L’ensemble de vestige mis au jour par Kath Giles a officiellement reçu le statut de « Trésor », accordé par Jayne Hughes, coroner de l’Île de Man. Après avoir été analysés par le Treasure Valuation Committee, un comité indépendant en charge d’évaluer les antiquités, les objets seront exposés dans la galerie viking du Manx Museum. Au cours de ces cinquante dernières années, quatre trésors de cet importance y ont déjà été retrouvés sur l’île de Man.

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