Découvert par hasard, un squelette livre une rare preuve de l’existence de l’esclavage dans la Bretagne romaine

De nombreux archéologues parlent d’une découverte d’importance mondiale. La mise au jour récente par les archéologues du Museum of London Archaeology (MOLA) d’un squelette présentant des fers aux pieds fait en effet figure d’exception au Royaume-Uni. Comme les chercheurs l’expliquent dans un article paru le 3 juin dernier dans la revue universitaire d’archéologie romaine « Britannia », il s’agit du seul squelette exhumé en Angleterre à porter des marques aussi claires d’esclavage. L’esclave en question a été découvert par des ouvriers sur un chantier en cours dans le village de Great Casterton, dans le centre de l’Angleterre, et pourrait être vieux de 1800 ans.

Des chaînes pour l’au-delà

Le squelette, daté entre 226 et 427 av. J.-C., a surpris les archéologues à bien des égards. Pourquoi, en effet, inhumer un homme avec de telles entraves ? La réponse tient à la dimension symbolique de cette pratique. Comme l’explique Michael Marshall, chercheur au MOLA, le fait de laisser ses fers à un défunt (un criminel par exemple) était une manière de prolonger son humiliation dans l’au-delà. Mais cela pouvait également répondre à certaines superstitions. On s’assurait ainsi que l’individu ne puisse pas revenir d’entre les morts. Cette croyance est notamment attestée par les nombreuses découvertes de squelettes portant des anneaux en fer bien trop lourds pour être portés et donc fixés de manière posthume. En outre, le choix du lieu de l’inhumation du squelette de Great Casterton, situé à une soixantaine de mètres d’un ancien cimetière romain, témoigne d’une volonté certaine d’exclure l’individu en question de sa communauté. Il semble également que le corps ait été jeté dans une fosse et non enterré, comme en témoigne sa position inhabituelle, sur le côté avec un bras relevé.

L’analyse aux rayons X des entraves de l’esclave permettent de confirmer son asservissement de son vivant et de le relier à l’esclavage qui avait cours au sein de l’Empire romain © MOLA

L’histoire de l’esclavage

Enfin, l’étude des ossements a permis d’établir que l’homme avait eu une vie particulièrement éprouvante physiquement, ce qui tendrait à confirmer qu’il s’agissait bien d’un esclave. Si la cause de la mort reste à ce jour inconnue, il est néanmoins évident que cette découverte est capitale pour l’histoire de l’Empire romain et de son rapport à l’esclavage, notamment sur l’île de Bretagne. Pour l’archéologue du MOLA Chris Chinook, cette découverte « nous rappelle que même s’il est souvent difficile d’identifier des restes d’esclaves, leur existence durant la période romaine en Grande-Bretagne est incontestable. Par conséquent, les questions auxquelles nous tentons de répondre à partir des vestiges archéologiques peuvent, et doivent, reconnaître le rôle que l’esclavage a joué tout au long de l’histoire ».

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