De Venise à Nantes : 10 villes où jouir de l’art au grand air cet été

De la Normandie à la Vénétie en passant par les Flandres et la Provence, de nombreuses sculptures et installations contemporaines ont envahi les centres urbains depuis le début de l’été. Du parcours artistique dans les rues de Nantes au Festival international de jardins aux Hortillonnages d’Amiens, en passant par la 17e Biennale d’architecture de Venise, offrez-vous, grâce à notre sélection, un véritable tour d’horizon artistique.

1. Nantes : L’invitation au Voyage

Comme l’été dernier, « Le Voyage à Nantes » a bravé les incertitudes liées à la crise sanitaire pour offrir un réjouissant programme d’art contemporain dans la ville et sur les bords de la Loire, jusqu’à l’avant-port de Saint-Nazaire (les sculptures de Daniel Dewar et Grégory Gicquel). Habitué à détourner les édifices publics, le sculpteur Ugo Schiavi s’empare de la place Royale de Nantes pour y échouer le navire de son spectaculaire Naufrage de Neptune. Laurent Le Deunff s’est intéressé à la Porte Sauvetout, un vestige architectural médiéval pour la première fois inclus dans le parcours. Il a imaginé un mystérieux gardien des lieux : une sorte d’animal-totem, un castor en bronze à queue de poisson argentée. Quant à Ulla von Brandenburg, elle investit le passage Sainte-Croix de ses Ombres bleues et jaunes, grands pans textiles qui drapent et colorent la promenade, jalonnée d’installations et de vidéos de l’artiste. À la HAB Galerie (Hangar à bananes), Gilles Barbier présente ses Pages de dictionnaire et quelques-uns de ses personnages en cire, tandis que le château des Ducs de Bretagne propose une initiative inédite et ludique. Trois parfumeurs, Marc-Antoine Corticchiato, Bertrand Duchaufour et Mélanie Leroux, ont été invités à inventer la fragrance idéale de la ville. L’un des trois parfums sera commercialisé fin 2021, à l’issue d’un vote du public. À vos bulletins !

« Le Voyage à Nantes », divers lieux, www.levoyageanantes.fr, du 3 juillet au 12 septembre.

2. Anglet : L’art écolo

Sur le thème « L’Écume des vivants », la 8e édition de la Biennale d’art contemporain Anglet-Côte Basque présente en plein air les œuvres de onze artistes. Co-fondatrice de COAL, collectif agissant pour une nouvelle culture de l’écologie et de la nature, la commissaire Lauranne Germond nous propose un discours ô combien d’actualité.

« La Littorale », Ville d’Anglet, 05 59 58 35 60, lalittorale.anglet.fr, du 7 août au 31 octobre.

L’immortelle,2021 © Martine Feipel & Jean Bechameil

3. Le Havre : La grande illusion

« Les confinements et le couvre-feu m’ont donné le sentiment étrange d’une disparition de la réalité. Vide, Le Havre ressemblait aux maquettes fantomatiques de l’artiste Philippe de Gobert, que l’on peut voir en ce moment au MuMA. J’ai eu le sentiment que ces thèmes de l’irréel, de l’illusion, de l’apparition et de la disparition, pourraient être ceux de l’édition 2021 d’Un été au Havre », explique Jean Blaise, directeur artistique de ce festival d’art contemporain créé en 2017. Du centre ville à la plage, de réjouissantes installations investissent l’espace public, au gré d’un parcours libre qui intègre aussi des expositions (Théo Mercier au Portique). Maître du trompe-l’œil monumental, Pierre Delavie s’empare du palais de Justice et, sur le port, d’un hangar de croisière dont il fait surgir un gigantesque cargo. Fabio Viale, qui copie des marbres antiques avant de les tatouer, dévoile onze statues dans le jardin de la Villa maritime. En front de mer, le collectif HeHe recouvre de feuilles d’or cinq rochers, et Patrick Murphy fait apparaître, comme par magie, deux cents goélands sur la façade de l’hôtel de ville. Un été au Havre soutient également la création émergente, avec la production d’une œuvre poétique d’Arthur Grosse (étudiant à l’école d’Art et de Design du Havre), à découvrir square Saint-Roch.

« Un été au Havre. Apparitions », divers lieux, www.uneteauhavre.fr, jusqu’au 19 septembre.

Théo Mercier, Amour sans organes VI, 2019, coquillage, silicone, © Erwan Fichou

4. Môtiers : Extra-muros

Entre Berne et Besançon, tout près du lac de Neuchâtel, se trouve le village de Môtiers. Rendue célèbre par Jean-Jacques Rousseau qui y séjourne de 1762 à 1765, la perle du Val-de-Travers séduit par son prieuré bénédictin, son château médiéval, ses distilleries d’absinthe, ses mines d’asphalte, ses fontaines, ses flancs verdoyants parcourus de rivières, sa grotte d’où jaillit une cascade vertigineuse. C’est dans ce cadre enchanteur que les époux Delachaux invitent tous les quatre ans depuis 1985 la fine fleur de l’art contemporain suisse. Sculptures, photographies, vidéos, performances… Les traces laissées dans le paysage jurassien sont variées. Près de cinquante installations ponctuent le parcours champêtre de la huitième édition : une rampe de skateboard d’Olivier Mosset et John Armleder, une façade de saloon de Grégory Sugnaux, allusion à la production clandestine de «fée verte», une «chapelle inversée» d’Alexandre Joly, cabane percée d’un grand disque de verre dichroïque teintant la «forêt-cathédrale» de nuances azur ou indigo, un temple hindou des Frères Chapuisat, des bronzes de Rebecca Sauvin, répliques de sculptures en cire modelées par les ruisseaux alentour… Monumentales ou plus discrètes, ces interventions ouvrent un dialogue fertile avec la mémoire des lieux.

« Môtiers-Art en plein air », plusieurs lieux dans la ville, artmotiers.ch/fr, jusqu’au 20 septembre.

Alexandre Joly, La chapelle inversée- (vision transformée de la nature vue de l’intérieur de la cabane) © François Charrière

5. Amiens : Voyage paysager et artistique

À l’initiative de l’association Art & Jardins Hauts-de-France, le Festival international de jardins Hortillonnages Amiens a pour vocation depuis 2010 de promouvoir la jeune création paysagère, architecturale et artistique dans les Hortillonnages, un site naturel d’exception de la Métropole d’Amiens. Répartis entre différentes parcelles situées sur l’étang de Clermont à Camon et à Rivery, et sur l’île aux Fagots à Amiens, des jardins et des installations plastiques disposés sur des îlots forment un parcours poétique, qui invite le public et les habitants à poser un regard décalé, drôle ou critique sur cet environnement complexe, son histoire et son devenir. Au fil des onze éditions, cent soixante-dix œuvres ont été réalisées par deux cent soixante paysagistes, architectes et plasticiens ; elles ont été appréciées par plus de quatre cent cinquante mille visiteurs. Pour cette douzième édition sous le signe de la terre, de l’eau et du nourricier, ce sont douze nouvelles productions qui renouvellent le parcours du festival avec quatre jardins et quatre installations plastiques auxquelles s’ajoutent trois projets étudiants de l’UFR des Arts-Université de Picardie Jules Verne et un projet photographique en collaboration avec l’Institut pour la photographie de Lille.

Festival international de jardins Hortillonnages Amiens, 06 78 53 55 92, www.hortillonnages-amiens.fr, jusqu’au 17 octobre.

Stéphane Larcin et Baptiste Demeulemeester, Cabotans maraîchers, 2019, Festival international de jardins, Hortillonnages Amiens © Art & jardins / Hauts-de-France / Yann Monel

6. Flandre occidentale : Du côté de la côte

Bâtir un parc à sculptures monumentales le long du littoral belge, tel est depuis 2003 le pari de la Triennale d’art contemporain de Beaufort. Des manches à air rayées de Daniel Buren au tracteur à chenille médiéval de Wim Delvoye, en passant par la tortue géante en bronze de Jan Fabre, une trentaine d’œuvres ont déjà pris place sur les plages, les digues et les dunes bordant la mer du Nord. Dix stations balnéaires – Blankenberge, Bredene, Le Coq-Wenduine, La Panne, Knokke-Heist, Coxyde-Oostduinkerke, Middelkerke-Westende, Nieuwpoort, Ostende et Zeebruges – figurent au parcours 2021. «Un sujet récurrent dans les œuvres réunies est la façon dont l’homme est soumis à la volonté de la nature. Si les immeubles soulèvent parfois la question « Comment l’homme a-t-il changé la côte ? », la question est désormais inversée : « Comment cette côte a-t-elle changé l’homme ? ». C’est une perspective qui semble plus appropriée après un an de pandémie », commente Heidi Ballet, commissaire de cette septième édition en prise avec l’époque. Signés Sammy Baloji, Laure Prouvost, Jimmie Durham, Adrián Villar Rojas ou Marguerite Humeau, les vingt-et-un projets retenus s’inspirent des «récits locaux» et traitent du caractère éphémère de la vie. En prime, une série de représentations données dans chacune des communes participantes d’après une création musicale d’Ari Benjamin Meyers.

« Beaufort 21 », dix communes de la province de Flandres occidentale, www.beaufort21.be, jusqu’au 7 novembre.

Els Dietvors, Windswept, 2021, plage à Trumelet Faberstraat © Beaufort 21

7. Vivre et rêver ensemble de Venise…

« Comment vivrons-nous ensemble ? » Empruntée à Aristote, la question posée par Hashim Sarkis, commissaire de la Biennale de Venise, suggère que la coexistence ne va plus de soi, qu’elle doit être repensée à la lumière des défis politiques, sociaux et environnementaux actuels. Pour lui, la situation, marquée par la faiblesse des modèles politiques, appelle un « contrat spatial », dans lequel le partage et l’occupation de l’espace seraient le résultat d’une négociation et d’une élaboration conjointes associant les architectes aux forces vives de la société. L’enjeu, qui nous renvoie au philosophe grec, ce n’est rien moins que de refonder une cité, en donnant aux modes d’habiter la primauté sur les considérations plus purement architecturales. Dans la grande exposition, partagée entre l’Arsenal et le pavillon central des Giardini, ces problématiques se déclinent à plusieurs échelles, de l’individu au cosmos. Les participations nationales se sont mises au diapason. Côté français, l’architecte Christophe Hutin met en lumière « les communautés à l’œuvre », de Bordeaux à Hanoï, en passant par Détroit et Soweto. Ainsi qu’il l’explique, l’architecture est « comme un work in progress qui s’inscrit dans le temps long de l’histoire des communautés habitantes. Il n’y a pas de page blanche, mais la vie, le mouvement, les gens partout. » Dans les cas présentés ici, les architectes s’appuient sur les expériences et les usages de ces communautés pour « transformer les situations habitées ». Avec pour guide cette formule : « Observer plus, construire moins ».

« Biennale d’architecture 2021», Arsenale et Giardini, Venise, 39 41 5218711, www.labiennale.org, du 22 mai au 21 novembre.

Olalekan Jeyifous and Mpho Matsipa, Liquid Geographies, Liquid Borders, 2020 © Courtesy Olalekan Jeyifous

8. … à Bruges

La Triennale de Bruges, qui se tient au même moment, nous invite, elle, à rêver plus. En effet, les installations temporaires dans l’espace public, conçues par treize artistes et architectes, explorent la perception et l’expérience subjective de l’espace urbain, telles qu’elles sont alimentées par l’actualité et le passé, le rêve et le cauchemar. Car, à Bruges plus qu’ailleurs, derrière la façade élégante et lustrée, affleurent les histoires oubliées, l’étrange et le macabre, des dimensions aussi constitutives de l’habiter que, disons, la qualité de la construction ou l’aménagement urbain.

« Triennale 2021: TraumA», divers lieux, Bruges et Zeebrugge, 32 50 44 80 00, www.triennalebrugge.be, du 8 mai au 24 octobre.

Héctor Zamora, Strangler, 2021 © Héctor Zamora

 

9. Saint-Paul de Vence  : Scène émergente

Tournée vers la jeune création et la diversité de la nouvelle scène artistique, la deuxième édition de la Biennale internationale Saint-Paul de Vence investit les espaces publics du village provençal en présentant les œuvres de dix-huit artistes internationaux émergents.

« Biennale internationale Saint-Paul de Vence », www.bis-art.com, jusqu’au 2 octobre.

Stéphane Guiran, Le rêve des neiges éternelles, 2021, Collection de l’artiste © François Fernandez / Biennale Saint-Paul de Vence

Autun  : Arts sacrés du monde entier

Des artistes de renommée internationale tels que Bahia Shehab, Shirin Neshat, Didier Ben Loulou et Marcko Pogacnik prennent possession de onze lieux emblématiques de la ville pour y exposer une centaine d’œuvres pluridisciplinaires et donner à voir un sacré aux dimensions universelles.

 3e Biennale internationale d’Autun Arts sacrés contemporains, www.biennale-autun.com, du 16 juillet au 1er août.

Didier Ben Loulou, 47, Lettres, 2021, Biennale Arts Sacrés, Autun © Didier Ben Loulou

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