De Picasso à Chagall : l’École de Paris en majesté au musée d’Art moderne de Céret

À peine réaménagé et agrandi, le musée d’Art moderne de Céret reprend sa politique soutenue d’expositions temporaires, voulue par l’inépuisable Nathalie Galissot. Pour ce panorama de l’École de Paris, de Picasso à Soutine, elle a fait appel à Christian Briend, qui a puisé abondamment dans les collections du musée national d’Art moderne. Jusqu’au 13 novembre, l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine & Cie, L’École de Paris (1900-1939) » met en lumière les artistes d’origine étrangère ayant un apport déterminant dans la scène artistique parisienne au cours de la première moitié du XXe siècle qui sont venus travailler à Céret.

De Picasso à Soutine

Sept des artistes de l’École de Paris, représentés dans cette exposition, sont venus travailler à Céret. Cette proposition de montrer les artistes actifs à Paris de 1901 à 1939 s’avère donc pertinente et prouve que le lien entre Paris et cette petite ville catalane, au pied des Pyrénées, est très fort. Picasso, Gris, Chagall, Kikoïne, Kisling, Soutine et Survage sont venus dans cette « Mecque du cubisme » (surnom donné à Céret par André Salmon) sur les conseils d’artistes comme Manolo ou Frank Burty Haviland.

Détail de la Femme au châle polonais (1928) de Kisling, présenté dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 © Guy Boyer.

Un découpage thématique

Pour expliquer la diversité d’origine et de style des artistes présents dans la capitale avant la Seconde Guerre mondiale, le commissaire a découpé le parcours et le catalogue en cinq parties : les maîtres de la couleur, les cubistes étrangers, La Ruche, Montparnasse, les portraits. À ces grands thèmes plastiques ou géographiques, il ajoute une section dédiée à la photographie, placée dans une boîte noire séparée. Dans les vastes espaces des salles d’exposition temporaire de Céret, les grands formats de Kees Van Dongen, Louis Marcoussis et Léopold Survage sont les bienvenus.

La Baronne Hélène d’Oettingen (1917) de Léopold Survage, présentée dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 © Guy Boyer.

Artistes juifs de La Ruche

En abordant le sujet des peintres et sculpteurs juifs de l’École de Paris par l’angle de La Ruche, ce phalanstère d’artistes dans le XVe arrondissement, l’exposition gomme toute aspérité, tout débat. On y retrouve Marc Chagall, bien sûr, mais aussi des artistes moins connus tels que Mané-Katz, Michel Kikoïne et Pinchus Krémègne. Fort heureusement, dans le catalogue, un texte de Pascale Samuel explique le racisme lié à la montée des nationalismes et les difficultés rencontrées par ceux qui voyaient Paris comme une Terre promise.

Extase (1936) de Mané-Katz, présenté dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 © Guy Boyer.

De Montmartre à Montparnasse

En insistant sur la place de Modigliani au cœur de Montparnasse, l’exposition évoque de fait le déplacement de l’activité artistique de Montmartre vers le sud de Paris, au carrefour Vavin, près du Dôme et de La Rotonde. Picasso quitte le Bateau-Lavoir pour la rue Schoelcher et Modigliani s’installe cité Falguière et rue de la Grande-Chaumière. L’exposition aligne une incroyable galerie de portraits dont l’incroyable acteur de cinéma Gaston Modot au long cou de girafe.

Portraits (1915-1918) dont Gaston Modot (le premier à droite) et Tête de femme (1912) d’Amedeo Modigliani, présentés dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 ©Guy Boyer.

Des inconnus bienvenus

Parmi tous ces noms connus, on est heureux de rencontrer quelques artistes moins familiers. Le Portugais Amadeo de Souza-Cardoso, par exemple, avec sa très belle toile des Cavaliers qui tient bien la confrontation avec les Contrastes simultanés de Sonia Delaunay ou les disques de Frantisek Kupka. Plus loin, Le Restaurant Hubin (1913) rappelle l’importance du Hongrois Alfred Reth dans la déclinaison du cubisme. On découvre enfin Eugène Zak, Mela Mutter (présente dans l’exposition « Pionnières » au musée du Luxembourg) ou Georges Kars, qui mériteraient bien des monographies.

Odalisque rouge (1940) de Georges Kars, présentée dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 ©Guy Boyer.

Portraits parisiens

L’exposition se conclue par une seconde galerie de portraits, qu’ils soient amicaux comme celui du sculpteur Oscar Miestchaninoff par Soutine ou mondains comme Jasmy Jacob par Kees Van Dongen. La dernière œuvre est la caricature d’un Français, élaborée par Max Beckmann lors de son retour en Allemagne après un séjour en France. Il évoque déjà la rupture et la guerre entre les deux pays. En 1940, le gouvernement de Vichy promulgue une loi qui supprime la nationalité française aux étrangers naturalisés depuis 1927. Une décision qui stoppe l’intégration dynamique de l’École de Paris et conduit à l’exil ou à la mort.

Au centre : Le peintre Daniel O. Widhopff (1923) de Chana Orloff, présenté dans l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine et Cie. L’École de Paris », musée d’Art moderne de Céret, 2022 ©Guy Boyer.

«  Chagall, Modigliani, Soutine & Cie, L’École de Paris (1900-1939) »
musée d’Art moderne
8, boulevard Maréchal-Joffre, 66400 Céret
Jusqu’au 13 novembre

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