De Paris à Toulouse : La Dame à la Licorne quitte le musée de Cluny pour quelques mois

Le déplacement de La Dame à la Licorne à Toulouse est exceptionnel, et ne devrait pas se reproduire de sitôt. Le 27 juin dernier, le musée de Cluny a annoncé que la célèbre tenture médiévale serait exposée aux Abattoirs de Toulouse entre le 30 octobre 2021 et le 16 janvier 2022, pendant la dernière phase de travaux de l’institution parisienne. Si l’œuvre a déjà voyagé à l’étranger à trois reprises, il s’agit de la première fois que l’ensemble de tapisseries est prêté à un autre musée français. Le choix s’est porté sur Les Abattoirs du fait de ses collections modernes et contemporaines exceptionnelles, qui pourront dialoguer avec cette « Joconde médiévale » et la présenter sous un jour inédit.

Un voyage extraordinaire

Dans les années 1970, La Dame à la Licorne s’envolait vers le Metropolitan Museum de New York. En 2013, elle partait pour le Japon. En 2018, enfin, ce sont les habitants de Sydney qui ont pu profiter de ce chef-d’œuvre de la tapisserie médiévale. Pourtant, aucun musée français, outre le musée de Cluny à Paris où elle est conservée, n’avait eu la chance, et l’honneur, de l’accueillir entre ses murs. C’est maintenant chose faite. Avec cette exposition exceptionnelle aux Abattoirs de Toulouse, la direction du musée a en effet souhaité que la tenture continue d’être visible pendant les travaux de refonte des parcours de visite, qui devraient s’achever au premier trimestre de l’année 2022. « Au sortir de la Covid, la solidarité entre musée national et musée de collectivité devait jouer à plein, et constituer un axe fort de politique culturelle », explique par ailleurs Séverine Lepape, la directrice du musée de Cluny. L’idée, derrière ce prêt, est donc qu’un public différent puisse profiter de ces impressionnantes tapisseries.

« Le Toucher », première tapisserie de la Dame à la Licorne, c. 1500 (détail) © Wikimedia Commons – Thesupermat

Regard contemporain

Il s’agira également de mettre en lien cette œuvre du XVe siècle avec un certain nombre de travaux modernes et contemporains, notamment La dépouille du minotaure en costume d’Arlequin (1936), le rideau de scène réalisé par Pablo Picasso (1881-1973) et donné à la ville de Toulouse en 1965. Le prêt de La Dame à la Licorne est aussi rendu possible par le très bon état de conservation de la tenture, évalué chaque année par les équipes du musée national du Moyen Âge. Celle-ci sera roulée et acheminée à Toulouse grâce à des caisses spécialement conçues pour l’occasion. L’arrivée des tapisseries dans la Ville rose aura d’ailleurs des airs de retrouvailles, puisque le Couvent des Jacobins de Toulouse a accueilli l’œuvre pendant la Première Guerre mondiale. Selon la directrice du musée, il s’agit en outre du dernier prêt avant une longue période de sédentarité. « Après notre réouverture, il y a fort à parier que la Dame à la Licorne ne voyage plus pendant très longtemps », a expliqué Séverine Lepage.

Les Abattoirs de Toulouse, le musée qui accueillera prochainement la Dame à la Licorne © Wikimedia Commons – MOSSOT

Les énigmes de la Dame à la Licorne

Réalisées autour de 1500, les six tapisseries composant la Dame à la Licorne illustrent les cinq sens à l’aide d’allégories animales et d’un personnage féminin faisant office de fil rouge entre les différentes pièces. Si on la qualifie souvent de « Joconde médiévale », ce n’est pas seulement pour son sujet et ses traits, mais aussi pour le lot de mystères qui la nimbe. En effet, l’identité du commanditaire de cette œuvre, tout comme celle de la dame représentée, reste encore inconnue. La signification de la sixième tapisserie, intitulée A mon seul désir, est également un sujet de débat artistico-philosophique depuis deux siècles. Peut-être son exposition à Toulouse permettra-t-elle de stimuler la recherche autour de ce chef-d’œuvre et d’apporter de nouvelles pistes pour résoudre ces mystères.

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