De Paris à Toulouse : 10 expositions à voir avant qu’il ne soit trop tard

La fin de l’hiver signe aussi la fin de certaines expositions. Mais vous avez toujours le temps d’en découvrir quelques-unes, que vous habitiez Caen, Dunkerque, Toulouse ou Besançon. Vous aimez Agnès Varda ? Le Palais idéal du Facteur Cheval propose une exposition consacrée à l’architecture. Vous préférez la peinture ? Le musée Camille Pissarro de Pontoise consacre une exposition sur les paysages intimes du portraitiste de la nature Jean-Francis Auburtin. Sinon, l’art végétal de Marinette Cueco, présenté au Lieu d’art et action contemporaine (Laac) de Dunkerque, pourrait vous séduire. Connaissance des arts a sélectionné pour vous 10 expositions à découvrir d’urgence avant fin mars.

1. Hyères, de la banque au musée

Transformer une banque en musée, ce n’est finalement que substituer un trésor à un autre. Ainsi, à Hyères, dans l’ancienne succursale de la Banque de France, la monnaie a fait place aux tableaux, aux photos et autres objets archéologiques. Alors que la Ville cherchait depuis vingt ans un lieu pour héberger ses collections constituées depuis le XIXe siècle, la fermeture de la banque lui a offert une belle opportunité de faire coup double, en préservant aussi un édifice remarquable de style néoclassique, construit en 1925. D’ailleurs, lors de la rénovation, ont été conservés des éléments patrimoniaux importants, comme la caisse auxiliaire, la salle des coffres-forts, le bureau de l’ancien directeur, la porte d’entrée monumentale et les grilles. Tout le premier étage est dévolu au parcours permanent. Celui-ci raconte, en deux cents œuvres, l’évolution du paysage, en confrontant les collections de beaux-arts, d’archéologie, d’ethnographie et d’histoire naturelle à des œuvres d’art contemporain et des installations créées spécialement pour le musée. La question du paysage est également au cœur de l’exposition inaugurale, « Face au Soleil ». Ou comment les peintres, entre 1850 et1950, découvrent l’espace méditerranéen et en façonnent l’image. Parmi la cinquantaine d’artistes représentés, on retrouve aussi bien les régionaux comme Paul Guigou ou Émile Loubon, que les peintres venus d’ailleurs, de Signac à Bonnard, de Renoir à Dufy. En filigrane, s’écrit parallèlement une histoire de la modernité, où l’exaltation de la couleur et de la lumière prend le pas sur l’approche réaliste.

« Face au soleil. 1850-1950 », La Banque, musée des Cultures et du Paysage, Hyères, www.hyeres.fr, jusqu’au 27 mars

Henri Harpignies, Vue prise de Beaulieu, 1891, Paris, Musée d’Orsay, dépôt au musée des explorations du monde, Cannes, don d’Henri Harpignies © Mairie de Cannes / C. Germain

2. L’architecture en amateur

L’un construit un Palais idéal, l’autre des cabanes, tous deux pratiquent avec talent l’art de la récupération. À Hauterives, le Facteur Cheval et la cinéaste Agnès Varda poursuivent le dialogue entrepris en 2018 autour de l’architecture, une discipline qu’ils exercent en purs amateurs. D’ailleurs, leurs constructions, non destinées à l’habitation, se présentent avant tout comme un geste artistique à partager, geste redoublé par leur travail sur la représentation de l’architecture.

« Agnès Varda. Architextures et perspectives », Palais idéal du Facteur Cheval, Hauterives, facteurcheval.com, jusqu’au 3 avril

Agnès Varda, La Terrasse Le Corbusier,2012, installation, photographie, 1956 ©️Succession Varda

3. Les figures hybrides de Raphaël Barontini

Ancienne cité antique portuaire, le site de Lattara invite régulièrement des artistes contemporains à tisser un dialogue avec les vestiges archéologiques. Avec une série de toiles, collages digitaux mêlant photographie, peinture et sérigraphie, Raphaël Barontini fait émerger des figures hybrides aux références multiples, piochées dans l’espace et le temps pour reconfigurer l’histoire du monde.

« Raphaël Barontini, j’habite un long silence », site archéologique Lattara, musée Henri Prades, Lattes, www.montpellier3m.fr/lattara, jusqu’au 7 mars

Raphaël Barontini, Astro Venus, 2016 ©️Courtesy of Mariane Ibrahim

4. Art et psychiatrie

Le psychiatre catalan François Tosquelles (1912-1994), exilé sous le franquisme, exerça à l’hôpital de Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère, qui grâce à lui devint un foyer d’innovation thérapeutique, intellectuelle et esthétique. Les malades pouvaient pratiquer des activités artistiques et leurs productions étaient considérées pour leurs qualités plastiques et expressives. Tosquelles fut l’un des pionniers de la reconnaissance de l’Art Brut, dont Dubuffet sera le théoricien inspiré.

« La Déconniatrie. Art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles », Les Abattoirs, Toulouse, www.lesabattoirs.org, jusqu’au 6 mars

Romain Vigouroux, François Tosquelles dans un parc pour enfants…, photographie, 5,3 x 7,7 cm ©R. RUIZ.

5. Ad Minoliti enseigne à Tours

L’artiste argentine Ad Minoliti (née en 1980) a investi la nef du CCCOD avec une « exposition colorée, non binaire et accueillante », qui se veut aussi « une agora de l’apprentissage et du partage alternatif ». Dans un environnement où les peintures murales composent joyeusement avec les moquettes colorées au sol, le public est invité à participer à des activités telles que l’École féministe de peinture, fondée par Minoliti, où l’on revisite les genres artistiques sous l’angle des études de genre.

« Ad Minoliti. Play theater », Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCCOD), Tours, www.cccod.fr, jusqu’au 24 mars

Ad Minoliti « Play Theater » vue d’exposition au CCC OD, Tours, France, septembre 2021 ©Aurélien Mole

6. Marinette Cueco ou l’art du végétal

Fibres végétales nouées ou tressées, installations éphémères faites d’éléments naturels, accumulations de plantes séchées ou de minéraux… : le végétal et le minéral sont pour Marinette Cueco la matière d’œuvres plastiques. Le Laac consacre une rétrospective à l’artiste née à Argentat (Corrèze) en 1934, assortie d’une œuvre spécialement créée pour les lieux, installée dans le jardin de sculptures du musée.

« Marinette Cueco, l’ordre naturel des choses », Lieu d’art et action contemporaine (Laac), Dunkerque, www.musees-dunkerque.eu, jusqu’au 6 mars

Marinette Cueco, Magnolia Macrophylla, herbier Herbes de la Saint-Jean, 2007, magnolia à grandes
feuilles, 45 x 90 cm, ©ADAGP, 2021 / David Cueco

7. Eaux fortes de la collection Jacquemin

Cette exposition présente une sélection de deux cent cinquante pièces provenant de la donation Michel et Christiane Jacquemin à la Ville de Besançon : un bel ensemble de gravures à l’eau-forte des XVIIe siècle (dues à Jacques Callot, Antoon Van Dyck…), XVIIIe siècle (François Boucher, Jean-Honoré Fragonard) et XIXe siècles (Paul Huet) accompagné de cartes anciennes et de livres de bibliophilie.

 « En toute discrétion. Estampes, livres et cartes de la collection Michel et Christiane Jacquemin », musée des Beaux-Arts et d’archéologie, Besançon, www.mbaa.besancon.fr, jusqu’au 27 mars

Antoon Van Dyck, Pierre Brueghel le Jeune, v. 1630, eau-forte sur papier vergé, tirage v. 1720, 24 x 15,6 cm, détail, Besançon, MBAA

8. Auburtin, entre mer et montagne

Certains d’entre vous ont peut-être découvert l’artiste lors de l’exposition « Monet-Auburtin », organisée en 2019 au musée des Impressionnismes, à Giverny. Inspiré tour à tour par l’univers de Gustave Moreau et les décors de Pierre Puvis de Chavannes, la touche vive des peintres de plein air et les aplats colorés de l’École de Pont-Aven, Jean-Francis Auburtin (1866-1930) a laissé une œuvre qui oscille entre académisme, impressionnisme et symbolisme teinté de japonisme. Riche d’une centaine d’huiles, de gouaches et d’aquarelles, la rétrospective du musée de Lodève met en lumière ces différentes influences, en articulant le propos autour de deux facettes : le peintre « officiel », qui répond à des commandes publiques (Auburtin concevra des ensembles décoratifs pour le palais Longchamp de Marseille ou le Conseil d’État à Paris), et celui, plus intime, qui prend plaisir à composer ses paysages sur le motif. Dans les deux cas, le peintre apparaît comme un homme épris de nature, qui privilégie les ambiances poétiques d’aubes et de crépuscules. Jean-Francis Auburtin s’attache à traduire par la couleur et la lumière son émerveillement devant la beauté des rivages méditerranéens, des côtes normandes, des îles bretonnes et des montagnes pyrénéennes.

« Jean-Francis Auburtin. Un âge d’or », musée de Lodève, www.museedelodeve.fr, puis au musée Camille Pissarro, Pontoise, jusqu’au 27 mars

Jean-Francis Auburtin, Thalassa, 1896, h/t, 115 x 163 cm, détail, collection privée ©F. Doury

9. Histoires de mémoires

Le musée d’Art contemporain de Sérignan propose deux expositions autour de la mémoire. La première, consacrée à Laurent Le Deunff, a des allures de fable où s’invite un étrange bestiaire, entre passé et présent, archéologies réelle et fictive. La seconde est une plongée, des années 1960 à aujourd’hui, dans l’univers protéiforme d’Anne et Patrick Poirier, qui poursuivent leur réflexion sur le temps et la fragilité du monde.

« My prehistoric past. Laurent Le Deunff » et « La mémoire en filigrane. Anne et Patrick Poirier », Mrac Occitanie, Sérignan, mrac.laregion.fr, jusqu’au 20 mars

Vue de l’exposition My Prehistoric Past, Laurent Le Deunff, Mrac Occitanie Sérignan, 2021 ©️Aurélien Mole

10. À Caen, Chéron sort de l’ombre

Des historiens de l’art peu imaginatifs l’avaient qualifié de « suiveur de Charles Le Brun ». Loin de ce qualificatif peu engageant, Louis Chéron (1655-1725) se révèle au contraire une personnalité singulière, exilée à Londres en 1683. À côté de rares tableaux parvenus jusqu’à nous, il reste une production graphique, faite d’études académiques, de dessins d’invention, de projets d’illustration et de programmes pour de grands décors peints. Celle-ci témoigne non seulement d’une belle maîtrise, toute classique, mais aussi d’une inventivité teintée de fantastique, qui annonce la génération suivante.

« Louis Chéron, l’ambition du dessin parfait », musée des Beaux-Arts, Caen, mba.caen.fr, jusqu’au 6 mars

Louis Chéron, Le Repos pendant la fuite en Égypte, encre, lavis brun, et rehauts de blanc sur papier bleu
Louvre, cabinet des arts graphiques

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