Dans les fabuleux décors des palais disparus de Napoléon au Mobilier national

Napoléon brisé et calciné… Le buste en marbre qui accueille les visiteurs résume parfaitement le propos de l’exposition, à savoir la grandeur passée de trois palais réaménagés pour l’Empereur et partis en fumée dans la guerre de 1870 contre la Prusse ou sous la Commune : les châteaux de Saint-Cloud (1870), de Meudon (1871) et le Palais des Tuileries (1871). Par chance en effet, les meubles, objets d’art, tapis et textiles qui meublaient ces lieux de pouvoir avaient été mis à l’abri avant les incendies, ce qui permet aujourd’hui au Mobilier National de reconstituer des ensembles authentiques et cohérents. Desservie par une scénographie un peu statique (on imagine ce qu’un Jacques Garcia ou un François-Joseph Graf auraient fait de ce somptueux sujet!), l’exposition n’en est pas moins pédagogique et très documentée, bref, passionnante.

Dans les meubles de Louis XVI

Après le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799), le Premier consul Bonaparte s’installa aux Tuileries, le dernier palais de Louis XVI. Le début de l’exposition montre comment on aménagea à la hâte les différents salons, en puisant les réserves du Garde-meuble de la Couronne. Dans un décor Grand Siècle cohabitaient des tapisseries des Gobelins d’après Charles Le Brun et des sièges de Jacob Frères garnis de soieries du XVIIIe siècle.

Vue de l’exposition « Les palais disparus de Napoléon » à la Galerie des Gobelins : le second salon de Bonaparte au palais des Tuileries avec les tapisseries des Gobelins d’après Charles Le Brun et des sièges de Jacob Frères couverts d’une soierie du XVIIIe siècle (ensemble Treilhard). ©Mobilier national/Thibaut Chapotot

Thierry Sarmant, commissaire général de l’exposition, rappelle la formule de Madame de Staël: « Il suffisait de laisser parler les murs pour tout rétablir »… Étape suivante: l’appropriation des lieux par Napoléon et Joséphine et leur décoration dans un style de plus en plus ostentatoire. Dans la grande galerie sont comparés les Tuileries (cimaises jaunes) et Saint-Cloud (cimaises Terre d’Égypte). L’acajou s’impose. Le répertoire mythologique règne en maître, à grand renfort de satyres, lions ailés et griffons, sur fond de tapis d’origine royale vendus à la Révolution puis rachetés à la demande de l’Empereur.

Vue de la grande galerie des Gobelins pour l’exposition « Les palais disparus de Napoléon » ©Mobilier national/Thibaut Chapotot

Les Tuileries comme si vous y étiez

Très riche en expériences numériques, l’exposition est ponctuée d’écrans permettant de se projeter dans les reconstitutions des différents salons des Tuileries. Où l’on comprend mieux la juxtaposition des styles et des époques qui a prévalu sous le Consulat, puis l’apport du style Empire, marqué par des tentures murales et garnitures de sièges aux couleurs fraîches, voire acidulées. Une expérience immersive sera bientôt mise à la disposition des visiteurs qui pourront, comme dans un jeu vidéo, résoudre des énigmes pour pouvoir passer d’un des sept espaces reconstitués à un autre, pour découvrir l’emplacement, les couleurs, les textures de chaque élément du décor.

Sur un écran, visite inédite du Palais des Tuileries modélisé en 3D. ©Céline Lefranc

Le goût de Joséphine

Outil de propagande du nouveau régime, le développement du style Empire a aussi permis à Napoléon de contenter les artisans du Faubourg Saint-Antoine, qui avaient participé activement à la Révolution. Ce regain d’activité a favorisé l’apparition de nouveaux meubles, tels que la jardinière et le somno (table de nuit où était caché le pot de chambre).

Vue de l’exposition « Les palais disparus de Napoléon » à la Galerie des Gobelins : au centre, la console du grand salon de réception de l’impératrice à Saint-Cloud, attribuée à Adam Weisweiler et Martin-Eloi Lignereux (1805) ©Mobilier national/Thibaut Chapotot

Si Napoléon voulait des décors toujours plus riches, toujours plus luxueux, Joséphine avait sans doute un goût plus fin, comme on peut le voir dans son Salon bleu de Saint-Cloud. Cette soierie rehaussée de fils d’argent, initialement commandée à Camille Pernon pour « le grand salon de Madame Bonaparte» à Saint-Cloud, a finalement été utilisée en 1808 dans son second salon des Tuileries.

Détail de la bordure d’une tenture de Camille Pernon commandée pour le grand salon de Joséphine Bonaparte au Palais de Saint-Cloud, 1802-1806, soie, filés argent, Gros de Tours broché, présentée dans l’exposition « Les palais disparus de Napoléon » à la Galerie des Gobelins en 2021. . ©Céline Lefranc

La nouvelle étiquette…

Dans le grand escalier, une mise en scène classe, de bas en haut, les sièges selon la nouvelle étiquette de la cour impériale. Elle commence par les ployants, destinés aux visiteurs, passe par les chaises réservées aux princesses pour aboutir aux trônes de la famille impériale et finir par un trône de Napoléon. Le tout sur fond de tenture sur l’Histoire d’Esther, qui ornait la salle du trône des Tuileries.

Vue du grand escalier, avec les sièges classés dans l’ordre hiérarchique de la nouvelle étiquette, du ployant au trône, présentés dans l’exposition « Les palais disparus de Napoléon » à la Galerie des Gobelins en 2021. ©Céline Lefranc

Point d’orgue de l’exposition, le grand cabinet de l’Empereur aux Tuileries a été reconstitué dans son état de 1814. Grands meubles de Jacob-Desmalter, torchères de Thomire et portières d’après Dubois forment l’un des rares ensembles entièrement créés par Napoléon dans l’une de ses trois résidences. Les quatre portières représentant les quatre parties du monde ayant brûlé, elles sont remplacées par leur carton préparatoire. Mais la cinquième, aux grandes armes de l’Empire français, est conservée. Sur ce détail, on retrouve les emblèmes impériaux: l’aigle et l’abeille, qui a remplacé les fleurs de lys. Ne manque que les « N », positionnés aux quatre coins, dans les bordures.

La « Portière aux grandes armes de l’Empire français » , manufacture des Gobelins d’après Charles Percier, 1811, laine et soie, Mobilier national. ©Mobilier national

 

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