Comment construit-on une exposition immersive ? Entretien avec le directeur artistique de « Venise, la Sérénissime »

Pour le meilleur et pour le pire, le destin de la Sérénissime est inéluctablement lié à la mer. C’est ce que les Bassins des Lumières de Bordeaux a tenté de retranscrire à travers l’exposition immersive « Venise, la Sérénissime ». Visible jusqu’au 2 janvier 2023, elle laissera le temps à tous les curieux de (re)découvrir l’histoire, l’art et l’architecture de Venise en pleine promenade artistique au fil de l’eau. De l’art byzantin au néoréalisme, en passant par les chefs-d’œuvre du Tintoret ou de Canaletto, le spectateur déambule dans le passé exceptionnel de la ville. Nous avons à cette occasion rencontré le directeur artistique de l’exposition, Gianfranco Iannuzzi, qui nous présente les motivations et la préparation de cette excursion artistique.

Vous êtes né à Venise et entretenez avec cette ville un rapport intime. comment avez-vous imaginé cette exposition, et que représente-t-elle pour vous ?

Pendant des années, j’ai photographié ma ville. Ses rues, ses places, ses canaux, ses secrets. J’avais ces images dans la tête, comme une grande mosaïque. J’ai toujours Venise présente à l’esprit, avec sa douceur et le clapotis de l’eau en toile de fond. Cette exposition n’est pas un reportage sur Venise mais un voyage au cœur de ses richesses artistiques, à la découverte de ses plus grands maîtres, Bellini, Giorgione, Véronèse, Canaletto…

Giovanni Bellini, Vierge à l’Enfant entourés de saints, vers 1500, tempera et or sur bois, 97,2 x 153,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York ©️akg-images _ Cameraphoto

Une exposition immersive est toujours une expérience, et celle-ci propose une déambulation entre intérieurs et extérieurs, sacré et profane, en croisant les époques et les styles. Mon objectif est de transmettre des émotions avec les moyens technologiques d’aujourd’hui en m’adaptant aux espaces dont je dispose.

À Venise comme aux Bassins des Lumières, l’eau est un élément très présent. Comment l’avez-vous prise en compte dans la conception de votre projet ?

La première fois que j’ai vu le site, j’ai immédiatement pensé à Venise. Car mon premier souvenir d’enfance, ce sont les reflets sur l’eau, leur lumière, leurs mouvements. À Venise et sur ses canaux, rien n’est statique. Le réel ne l’est pas vraiment, c’est comme un rêve. Pour les Bassins des Lumières, j’avais l’idée de transformer le sombre passé du bâtiment en quelque chose de lumineux.

Le visiteur flotte sur le Grand Canal ©️Culturespaces / Eric Spiller

Venise se déploie autour de son Grand Canal. Au travers de ses vedute, Canaletto l’a regardée comme le ferait aujourd’hui un photographe. Il y a dans ses tableaux un réalisme extraordinaire qui transparaît dans la précision des détails et une observation fine de la vie quotidienne. Je me suis servi de ses visions pour bâtir ma narration et « reconstruire » Venise aux Bassins des Lumières.

Techniquement, comment construit-on un tel spectacle, qui associe images et musique, peinture, sculpture et architecture ?

C’est un travail colossal. La première étape est la sélection des images. J’en ai retenu près de six cents. Il s’agit ensuite de les organiser par thèmes et d’écrire le story-board. Le principe de construction est le même que pour un film, mais avec cent quarante projecteurs et une multitude d’écrans de tailles différentes. Nous retravaillons toutes les images une à une, pour pouvoir ensuite les animer, créer des effets, des transitions.

Montage et musique fabriquent un concert d’histoire et d’architecture féérique ©️Culturespaces / Eric Spiller

Dans le même temps, nous réfléchissons au choix de la musique (Vivaldi, Verdi, mais aussi des contemporains). Dans ce type de création, l’image et le son ne font qu’un, ils dialoguent en permanence. Enfin vient le montage, qui est la phase la plus longue et la plus complexe : tout doit être harmonieux pour que l’immersion soit réussie.

Que souhaiteriez-vous que les visiteurs ressentent au cours de ce voyage au cœur de la Sérénissime ?

J’aimerais que ce soit une exposition radieuse, tout en légèreté, comme les gondoles qui glissent sur l’eau des canaux. Que les visiteurs oublient un temps leur smartphone pour se fondre dans la beauté des images et de la musique. C’est une expérience collective, elle nous fait sortir de notre individualisme pour un moment. Par sa présence, le public participe au spectacle. Il habite le décor, devient un passant dans la ville. Sur la passerelle du Grand Bassin, les gens peuvent s’arrêter, regarder. Leurs silhouettes créent des ombres devant les écrans. La vision n’est jamais la même. La surprise est partout. Comme à Venise.

L’effet recherché est de « se fondre dans la beauté des images et de la musique » ©️Culturespaces / Eric Spiller

Exposition « Venise, la Sérénissime »
Bassins des Lumières
Imp. Brown de Colstoun, 33300 Bordeaux
www.bassins-lumieres.com
Jusqu’au 2 janvier 2023

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