Chaumont-sur-Loire : du parc au château, les belles surprises de la Saison d’art 2022

Comme chaque année, dans le Parc et le Château de Chaumont-sur-Loire, de nouveaux artistes apportent au Domaine la grâce et la subtilité de leur univers. Pour la quinzième édition de sa Saison d’art, le Centre d’arts et de nature de Chaumont-sur-Loire accueille une quinzaine d’artistes de tous âges et de tous horizons, invités à créer des œuvres spécialement conçues pour les espaces du domaine. De Fabienne Verdier à Jaume Plensa, tous célèbrent la nature et suggèrent leurs visions de l’ailleurs. Un voyage à expérimenter jusqu’au 30 octobre 2022.

Faces à faces avec Jaume Plensa

Dès l’entrée du parc, trois grandes sculptures en bronze de Jaume Plensa accueillent le visiteur. Il s’agit de trois visages de femmes, étirés, recueillis, mystiques. « Mon travail n’a rien à voir avec la religion, explique l’artiste espagnol. Je pense plutôt au spirituel. L’âme en relève et la sculpture possède cette grande capacité de révéler les objets qui restent endormis ». Comme des Bouddhas en pleine réflexion, ces trois figures humaines entraînent vers un voyage intérieur.

Sans titre (2019) de Jaume Plensa, présenté dans la Saison d’art 2022, cour de la ferme, château de Chaumont-sur-Loire ©Guy Boyer

Une baignade dangereuse

Un peu plus loin, dans l’Asinerie, Christophe Marchalot et Félicia Fortuna ont placé sur un miroir leur baignoire surréaliste. La coque de cet objet poétique, tout droit sorti d’un conte de fées, est recouvert d’une tapisserie réalisée dans la Creuse. Mi-objet, mi-créature fantastique, il ressemble à une énorme cosse de pois, hérissée de piquants. Il annonce parfaitement le cabinet de curiosités de Lélia Demoisy, installé à l’étage, où une peau animale taillée dans du bois voisine avec d’étranges bouches en noyer cachant de dangereuses épines d’acacias.

Le Bain, installation de Christophe Marchalot et Félicia Fortuna au Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2022 © E. Sander

Du calme à la tempête

De l’autre côté de la cour de la ferme, Chantal Colleu-Dumond, la directrice du Centre d’arts et de nature de Chaumont-sur-Loire, a demandé à Stéphane Guiran, qui avait déjà créé le nid des murmures pour le manège des écuries avec des géodes glanées dans l’Atlas marocain, d’imaginer une autre pièce tout aussi poétique. Dans la galerie basse du fenil, il a donc installé son Chant des ormes dans l’obscurité totale. Il s’agit d’un hommage à ces arbres qui sont en train de disparaître à cause des scolytes. Une mélopée, enregistrée sur place, égraine sa plainte aux tristes accords.

Le chant des Ormes, installation de Stéphane Guiran au Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2022 © E. Sander

Plus bas, dans la galerie de la cour Agnès Varda, Fabienne Verdier a posé devant un parterre de sable de Loire son immense polyptique peuplé de tourbillons. Il s’agit de ceux de la rivière qui coule près de son atelier dans le Vexin. « J’ai l’intuition qu’il existe une commune topographie entre le mouvement interne du corps humain et du corps du monde, la fluidité du sang et celle des eaux des cascades et des fleuves », assure l’artiste. C’est ce mouvement, cette énergie, cette vie qu’elle capte et transfigure à coups de lourds pinceaux chargés de peinture. Sur le chemin vers le château, ne manquez pas la mystérieuse performance de matière et de lumière de l’Allemande Evi Keller !

Jeux d’eau au jardin, installation de Fabienne Verdier au Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2022 © E. Sander

La Nouvelle figuration à l’honneur

Dans le château, de nombreuses œuvres attirent l’attention mais, cette année, hommage à un peintre un peu délaissé. Il s’agit de Jean Le Gac qui raconte ses explorations en pleine nature. Chantal Colleu-Dumond est allé dans son atelier parisien pour en sortir des œuvres pas vues depuis les années 1990 et d’autres beaucoup plus récentes. On y voit une scène énigmatique où une jeune femme endormie dans l’herbe semble ignorer le peintre planté devant son chevalet. Que s’est-il passé ? Tout est à imaginer. Dans une autre pièce de cette rétrospective, on reconnaît l’artiste avec un chapeau de feutre ou bandé, flottant au-dessus des maisons des Buttes-Chaumont. On est également surpris devant la Grande Bibliothèque (2007) où des livres géants de Gaston Leroux et Henry James bloquent une scène de roman fantastique où le héros pointe son révolver face à un serpent géant.

Exposition de Jean Le Gac dans les galeries hautes du château de Chaumont-sur-Loire ©Guy Boyer

L’art numérique haut en couleurs

La nouveauté de ce printemps est la création d’une galerie digitale dans les hauteurs du château. Trois cents mètres carrés ont été récupérés sous la charpente encore visible. Pour cette première année, c’est Davide Quayola, que l’on avait déjà vu à Chaumont en 2017 avec Jardins d’été, qui inaugure les lieux avec sa magistrale installation sonore et visuelle autour des fleurs. L’artiste italien part de photographies de roses, iris et autres hydrangeas qu’il cadre au plus près. Ces détails sont ensuite pixellisés et animés de mouvements lents et fluides qui rappellent le flux de l’eau dans les algues, les recherches impressionnistes de Claude Monet pour ses Nymphéas. Le résultat est captivant, hypnotique.

Effets de soir, installation de Quayola au Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2022 © E. Sander

Saison d’Art 2022
Domaine du Chaumont-sur-Loire
41150 Chaumont-sur-Loire
www.domaine-chaumont.fr/fr/centre-d-arts-et-de-nature/saison-d-art-2022

Jusqu’au 30 octobre

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